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Des seaux contre un incendie hors norme : ces sinistrés d’Ille-sur-Têt luttent avec les pompiers pour sauver ce qui reste

Article mis à jour le 6 juillet 2026 à 21:31

Ce lundi 6 juillet, le constat est amer pour ces citoyens. Tandis que la ville d’Ille-sur-Têt est désertée, ces habitants qui de la rive gauche du fleuve, passée sous les flammes, s’éreintent dans les cendres et le charbon. Pendant ce temps les sapeurs-pompiers mènent un combat tout aussi épuisant.

A la mi-journée, si le front de cette guerre déclarée aux flammes s’est déplacé vers Bouleternère, le secteur d’Ille-sur-Têt n’en a pas fini avec les brasiers. Des reprises se multiplient, et les dégâts sont lourds. Côté village, le feu a sauté la rivière, brûlé voitures, jardins de loisirs, cabanons. Sur l’autre rive, une poignée de maisons le long de la route de Montalba. Toutes n’ont pas résisté.

Les quelques curieux qui ont eu le malheur de franchir le pont par-dessus la voie rapide et le fleuve le regrettent amèrement. Deux gendarmes interdisent la traversée en sens inverse, même à pied. Ordre de la préfecture. On peut quitter Ille-sur-Têt, on ne peut plus y rentrer, ne serait-ce que pour rejoindre son véhicule. Juste après le pont, Paolo s’échine avec un seau, face à sa maison. Son terrain n’est plus que suie mais le bâtiment a été miraculeusement épargné. « Il n’y a pas d’électricité. Les flammes se sont arrêtées à deux mètres de la maison. » Il reprend son souffle. Repart à la rivière porter dix litres à bout de bras pour éteindre une souche.

« J’ai retrouvé mes tortues vivantes. Elles se sont enterrées. »

Une vingtaine de mètres plus loin, une autre habitation surnage dans un paysage calciné. Ses volets en PVC ont fondu, ses murs sont couverts de suie, mais elle tient. Pierre*, le propriétaire, est épuisé. Lui aussi utilise un seau et puise dans sa piscine pour essayer de mouiller les braises partout autour. « Il n’y a plus de pompe pour faire fonctionner un tuyau, car il n’y a plus d’électricité. » Il attend avec impatience un ami pouvant amener un groupe électrogène, à condition qu’il puisse franchir les barrages. En attendant, il porte et se cisaille les mains, en plein soleil.

« Ma femme est partie avec mes enfants et des amis, dans la nuit de samedi à dimanche. Je suis resté, j’ai un système de protection incendie sur le toit de la maison. J’ai voulu le lancer quand les flammes sont arrivées, mais c’est à ce moment que l’électricité a coupé. Les pompiers m’ont dit qu’ils n’avaient pas les moyens de protéger toutes les maisons. Alors je suis parti. »

Pierre ignorait ce qu’il allait retrouver à son retour. Les dépendances sont parties en fumée. L’olivier a l’air intact mais se consume de l’intérieur. « J’ai retrouvé mes tortues vivantes. Elles se sont enterrées pour se protéger. » Il repart à son labeur. Sa femme et sa fille offrent de l’eau et des viennoiseries aux pompiers qui empruntent la route vers Montalba.

« Les pompiers ont tapé à la fenêtre. Ils criaient qu’il fallait partir »

Encore quelques mètres. Une maison en contrebas semble épargnée. Mais quand on fait le tour, tout est dévasté. Alexandre et Camille proposent une sombre visite tout en racontant leur nuit. « J’avais le chien, les valises, le chat dans une boîte. Les flammes venaient, il fallait y aller » raconte Alexandre. Camille se désole « j’aurais dû emporter d’autres choses. C’est après qu’on y pense. » Elle se souvient des jeunes pompiers dans la soirée. « Ils étaient autant inquiets que nous. Ils ont tapé à la fenêtre. Ils criaient qu’il fallait partir. »

Une partie du rez-de-chaussée a été visitée par les flammes. Les chambres des enfants, au-dessus, ne sont heureusement pas touchées. Le poulailler est détruit, jonché de cadavres de poules. Des canards sont également morts. Terrorisées, les oies sont entrées et ne veulent plus sortir du salon. Plus loin sur le terrain noirci, ânes, moutons, cochons et chèvres sont en vie. Un paon se promène entre les carcasses de voitures ravagées. Alexandre est artisan maçon. Le hangar avec son matériel, bétonnières, lève-plaques, batteries, et tant d’autres outils, est détruit.

« Rien que le matériel, il y en a au moins pour 30 000 euros. Les murs ont bougé, il faut repartir de la dalle. La Mercedes a brûlé. Le C15 aussi. »

Le couple imagine déjà toutes les démarches avec les assurances, le déblaiement. « Il y aura un avant et un après » soupire Camille.

Des habitants « cabanisés » échappent à tout recensement

Ils montrent des terrains au loin. Des baraques en tôle se devinent dans les cendres. « Les gendarmes ne sont pas venus dans les jardins comme ça, ils ne sont venus que là où il y avait des adresses. Mais c’était habité, c’est beaucoup cabanisé par là. » Des logements de fortunes dévastés. Heureusement, leurs occupants seraient partis à temps.

éQuand on progresse encore, vers le croisement entre la route des Orgues d’Ille et celle de Montalba et Bélesta. C’est la désolation. Villas dont il ne reste que des murs. Hangars et véhicules changés en tôle déformée. Tout fume encore. Ici et là, des flammes. En direction de Bélesta et du col de la Bataille, les pompiers circulent inlassablement. Epuisés, portant un lourd équipement sous un soleil de plomb. Les collines sont chapeautées de dômes noirs, et la végétation qui n’a pas brûlé témoigne de la sécheresse, ce n’est que paille jaunie et garrigue craquante. Les hélicoptères bombardiers d’eaux enchaînent les rotations et puisent dans la rivière. Au loin, côté Aspres et Bouleternère, le panache, les canadairs, les Dash. L’enfer.

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