Article mis à jour le 7 avril 2026 à 19:55
Dans les Pyrénées-Orientales, 27 fermetures de classe sont prévues par la nouvelle carte scolaire. Elle vient d’être rejetée en l’état par les représentants du personnel. Selon le plan provisoire, le département perdrait des postes d’enseignants pour la première fois. Un désastre pour les syndicats, qui dénoncent un abandon des élèves et un renoncement à l’égalité des chances.
Alors que les enseignants et parents d’élèves s’y opposaient depuis une semaine, la nouvelle carte scolaire vient d’être rejetée unanimement par les syndicats ce mardi 7 avril. À l’issue du comité social d’administration départemental qui s’est tenu dans l’après-midi. Un CSA de repli aura lieu le mercredi 15 avril pour un nouveau vote.
Des postes en moins pour la première fois dans les Pyrénées-Orientales
Le plan provisoire transmis aux syndicats la semaine précédente annonçait 27 fermetures et 9 ouvertures. Pour la première fois, les Pyrénées-Orientales perdraient des enseignants. Alors la suppression de 13 postes est prévue à la rentrée prochaine, les syndicats accusent le coup. « Cela correspond à une baisse de la démographie qu’on ne nie pas, mais pour nous, il était justement nécessaire d’en profiter pour alléger les effectifs des classes. On ne pouvait pas voter une carte scolaire avec une dotation négative », explique Audrey Corrège, co-secrétaire de la FSU-SNUipp 66.
D’après le syndicat, 7 classes perpignanaises sont menacées mais aussi des classes de Toulouges, Le Soler, Prades ou encore Maury. Avec une particularité dans les petites écoles rurales : les classes à plusieurs niveaux augmentent à mesure que des postes d’enseignants sont supprimés. A cela s’ajouterait la suppression d’un poste du dispositif ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire), d’un enseignant spécialisé itinérant et d’un poste de coordinateur des pôles localisés pour l’inclusion scolaire.
« On est dans le deuxième département le plus pauvre de France, avec les trois quartiers les plus pauvres du pays à Perpignan. On devrait avoir des moyens bien plus importants. Un plan d’urgence est indispensable dans les Pyrénées-Orientales », revendique Nicolas Ribo, secrétaire académique de la CGT éducation.
La DASEN est revenue sur une poignée de fermetures : insuffisant pour les syndicats
Les syndicats regrettent également le peu de classes ouvertes, alors même que des établissements auraient besoin d’un poste supplémentaire. « A Pollestres, les effectifs de maternelle vont grimper jusqu’à 27-28 élèves à la rentrée », regrette Audrey Corrège. Des débordements qui sont souvent absorbés à la dernière minute grâce à une « dotation provisoire », c’est-à-dire un ou une professeure contractuelle embauchée pour une année scolaire. « C’est le cas depuis plusieurs années à Ponteilla. Mais on ne sait jamais si ce poste sera reconduit d’une année sur l’autre. On demande une création de poste pérenne pour ces écoles surchargées. » Si la directrice académique des services de l’éducation nationale, Anne-Laure Arino a ouvert la porte au maintien de quelques classes, cela n’a pas suffi à faire voter le projet.
« On dirait que l’Éducation nationale se contente de ce qu’elle a », fustige Rémy Landri, président de la FCPE 66, fédération de parents d’élèves. Il dénonce une école « en recul ». « Avec 28 élèves, il y a forcément des difficultés à enseigner. En maternelle on devrait avoir des effectifs réduits. » Selon lui, ces conditions de travail et d’apprentissage dégradées sont directement liées aux chiffres du décrochage scolaire qui stagnent depuis quelques années. « L’école renonce à l’inclusion et à l’égalité des chances. »
Pôle d’appui à la scolarité : les syndicats dénoncent une dégradation de l’accompagnement des élèves en difficulté
La carte scolaire provisoire prévoit aussi la création de sept pôles d’appui à la Scolarité (PAS). Ils sont mis en place en remplacement des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL) pour couvrir des zones plus larges et centraliser les dispositifs d’accompagnement des élèves en difficulté ou en situation de handicap. Avec une conséquence majeure sur les effectifs enseignants : les PAS sont coordonnés par un instituteur à temps plein. En plus des treize postes supprimés, sept enseignants seront donc redirigés sur ces postes sans dotation supplémentaire pour le département.
Selon Enora Yaouanc de la fédération FO de l’enseignement, les PAS auront aussi des conséquences directes sur les conditions de travail et la qualité de l’accompagnement des AESH, accompagnants des élèves en situation de handicap. « Les heures d’accompagnement des enfants seront mutualisées. C’est un changement de paradigme énorme. » En somme, un ou une AESH pourrait être affectée à plusieurs enfants en même temps dans la même classe, alors qu’ils sont censés être dévolus à une enfant à la fois. À cela s’ajoutent des zones d’affectation plus larges et donc probablement plus de déplacements pour ces travailleurs.
Le rejet de la carte scolaire ce mardi 7 avril repousse le débat. Après plusieurs heures de négociations, le sort des écoles dont les salles ne cessent de se remplir ne sera finalement fixé que dans une semaine.
- Fermetures de classes : La nouvelle carte scolaire des Pyrénées-Orientales rejetée, le verdict repoussé - 7 avril 2026
- Dans les coulisses de la procession, les artisans de la Sanch à Perpignan - 3 avril 2026
- La Grande Lessive remue les Pyrénées-Orientales pour fédérer les arts de la rue - 1 avril 2026
