Quand l’initiative d’un festival naît d’un territoire, en direction de ce même territoire, c’est l’assurance d’un ancrage à long terme. À Estagel, au cœur du Fenouillèdes, Jours de Théâtre se tient depuis plus de quarante ans. Un rendez-vous qui s’est imposé comme un évènement culturel incontournable, avec une programmation ambitieuse pensée pour les habitants. Du 29 juillet au 2 août 2026, divers lieux emblématiques du village accueilleront des pièces classiques, des productions contemporaines comme du cirque ou des poèmes en musique.
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Pour moitié le public vient des villages alentour, le reste se déplace depuis les quatre coins du département et au-delà. Une programmation exigeante, pensée aussi bien pour les néophytes que pour les initiés. Pierre Habet en a repris la direction depuis 6 ans par un virage moderne. Il fidélise un public qui augmente de 10 à 20% chaque année. Pourtant, son ambition reste ailleurs.
« Je rêverais d’un public composé à 80% de locaux. Il y a des gens qui ne vont qu’une fois par an au théâtre, et c’est ici qu’ils y vont. »
Quand on lui demande de définir la ligne éditoriale du festival, Pierre répète qu’il cherche à créer de l’émerveillement. Réveiller celui de l’enfant, questionner l’amour, la mort, la joie, la guerre, etc., au-delà des évidences. L’idée n’est pas de s’adresser à un public averti, mais de donner envie à chacun de pousser la porte d’un spectacle.

Pour cela, il sélectionne des spectacles « identifiés » comme Tartuffe, par exemple. « Le prétexte de la pièce classique permet au public de prendre le risque d’aller voir un spectacle sans avoir la sensation d’être largué. « La plupart des gens ne connaissent pas le metteur en scène Guillaume Séverac. Les stars du théâtre, ça ne parle qu’aux théâtreux. » En effet, sa Compagnie [EUDAIMONIA] d’envergure nationale a été accueillie à l’Archipel cette année pour un Roméo et Juliette audacieux et applaudi. L’ambition de cette interprétation du Tartuffe est ici l’occasion de questionner le patriarcat et la religion.
Fidéliser le public
Selon Pierre Habet, c’est important qu’il n’y ait pas de ligne « qui mette tout le monde d’accord et que les gens prennent le temps d’en parler ». Ainsi, les pauses entre les spectacles sont l’occasion de rencontrer et d’échanger avec les compagnies autour des représentations. « Parfois, le courant passe tellement bien que le rendez-vous est pris pour l’année suivante », . Aussi, le village accueillera cette année encore les compagnies La Chaudière intime, ou À bout de souffle, ce qui permettra d’entendre la suite des aventures d’Albertine Sarazin, ou encore la vie du pianiste Eric Satie.
Pierre Habet précise aussi que par l’apport de la danse et du cirque contemporain, il a favorisé l’élargissement du public visé. « Avant, on était entre copains. On était dans la bricole et on a eu envie de donner envie aux gens de rester au festival, de se laisser porter par d’autres évènements que ceux pour lesquels ils étaient venus. » Des impromptus sont dorénavant proposés entre les représentations sur scène, par des compagnies locales comme la Compagnie Marie est de la Nuit. « Il fallait créer une dynamique au-delà des spectacles, que le festival rayonne à travers le village en dehors des représentations. »
À chaque nouvelle édition du festival, son lot de nouveautés. Cette année, « les matins de la Libambulle », la librairie de Prades, proposeront trois rendez-vous découvertes. Des lectures, des contes en langues des signes ou encore des extraits en musique en lien avec les spectacles programmés.
S’adapter à l’économie locale
Si le public revient, c’est aussi parce que le festival reste accessible. À vingt euros le pass pour quatre représentations en soirée, ou dix euros l’une, et tous les autres spectacles offerts, le public peut venir prendre le risque d’assister à des pièces dont il ignore tout a priori. Une politique tarifaire qui permet de découvrir des formes artistiques auxquelles beaucoup n’auraient sans doute jamais assisté. Quant aux habitants qui ne viennent pas, ils n’hésitent pas à encourager les organisateurs à continuer, car ils apprécient la vie que le festival génère.

Des contraintes techniques réduisent les représentations à l’essentiel, ce que les compagnies apprécient. Les performances reposent davantage sur les acteurs. Anna Alvaro, par exemple, revient pour la troisième fois.
La renommée du festival booste aussi l’activité économique du village pendant une semaine. Les restaurants font le plein, et le festival joue le jeu en ne faisant pas appel à des food-trucks pour favoriser les commerces locaux.
Une petite mairie qui participe énormément au financement
Un budget soutenu par une mairie qui croit au projet. Le festival est créé dans un premier temps par le maire du village Antoine Sarda en 1983, « bourru, prof d’histoire, et fan d’opéra », en association avec son collègue Roger Payrot. Le maire actuel Roger Ferrer en fera un argument de campagne pour redémarrer le festival après un mandat de pause. En dix ans, l’aide apportée par la mairie d’Estagel a doublé. Elle couvre aujourd’hui 80% des dépenses. Un soutien indéfectible qui a permis au festival de s’implanter durablement dans le territoire.
Cette sécurité garantit aux équipes et aux dizaines de bénévoles de voir leur engagement récompensé d’année en année par un public fidélisé. Pierre fait profiter le village de son réseau des acteurs culturels du département. Ainsi, des projets liés au théâtre sont proposés aux collégiens tout au long de l’année, des partenariats avec le théâtre de l’Archipel font venir les compagnies, et le festival dépasse ainsi largement les quelques jours de programmation estivale.
Si on reproche parfois à la culture d’être accessoire, à Estagel, les retombées sont bien réelles. Elles profitent aux commerces, aux habitants, aux scolaires, aux artistes, et surtout à un public qui, sans ce type d’évènement, n’aurait peut-être jamais accès à cette culture.
Pour accéder au programme, c’est ici !
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