Podcast. Quel héritage laisse l’exclusion ? À Perpignan, la communauté gitane vit majoritairement dans des quartiers définis avec un accès défavorisé à l’éducation, au logement ou encore au système de santé. La discrimination laisse alors des traces, difficiles à estomper. Les enfants grandissent dans son giron, mesurant et retenant leurs gestes en fonction d’elle. Troisième et dernier épisode de notre série sur l’antitsiganisme.
« Silences de l’antitsiganisme » est un podcast de Made in Perpignan, réalisé avec le soutien de la Dilcrah, Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+. C’est le fruit d’un travail avec les membres de la communauté gitane à Perpignan pour qu’ils prennent la parole, à la première personne, au sujet des discriminations qu’ils subissent. Ce podcast a été enregistré à la Maison de la catalanité grâce à l’aide de l’association Au fil des femmes.
Aaron, 11 ans, est né à Perpignan. Il a grandi dans un quartier précis avec une école dédiée aux enfants gitans. « J’habite dans le quartier Saint-Jacques. Il y a toute ma famille. On est ensemble, souvent tous en groupe. Moi, j’ai la place du grand frère, celui qui s’occupe du petit, celui qui tente de montrer le modèle. »
« On est français, ça fait partie de nous »
Aaron a été élevé avec l’idée claire qu’il était français, malgré ce qui lui a parfois été renvoyé. « Toute ma famille est née en France. La République française nous prend pour des étrangers, mais on est tous nés en France, on en fait partie. » Un sentiment inculqué par sa mère Deborah, qui veut faire coexister l’appartenance à la communauté gitane et à la population française. « On sait qu’on est français, qu’on a des droits. Ça fait partie de nous », précise-t-elle.
À 11 ans, Aaron est très conscient d’être mis à l’écart et prend énormément de recul sur la situation. Le racisme est une donnée que sa mère, Déborah, semble lui expliquer avec pédagogie, comme un sujet de conversation inévitable. « La vie de tous les jours, c’est par exemple, on nous met dehors, on nous regarde avec un mauvais œil. Comme si on était des voleurs, comme si on était des bandits. » Grandir avec le racisme pour Aaron, c’est grandir avec un sentiment d’injustice écrasant.
« C’est pas parce qu’on est gitans qu’on est des voleurs, qu’on est méchants et qu’on est arrogants. Non, moi, je suis gentil. Et je sais parler français comme vous. »
Tout promettre aux enfants
Le parcours scolaire d’Aaron a été éprouvant. Il est en ce moment même en train de recommencer un suivi scolaire. « Il y a des métiers qui me plaisent déjà. Mais je sais que peut-être, je ne pourrai pas les faire. Parce que j’ai arrêté l’école, parce que je suis un gitan. J’ai l’impression que ça peut bloquer. Par exemple, moi, j’aimerais bien être chef d’entreprise. Ce serait mon rêve. Mais je ne peux pas, parce que je suis gitan. » Deborah voit dans le discours de son fils les marques d’une discrimination prégnante.
« Il voit déjà qu’on nous met à part. Qu’on est gitan, qu’on est français, mais que ce n’est pas vu par tout le monde de la même manière. Moi, j’espère et j’aimerais que ça change. Probablement que pour nous, ça a été comme ça, parce que c’était des temps où il y avait des préjugés. Mais là, franchement, à l’époque où on vit, il serait temps d’enlever tout ce racisme, et de voir les choses autrement. »
La mère de famille regarde avec fierté son fils, portant l’espoir d’un avenir moins ségrégué. Car l’enfant reste loin d’être défaitiste. « La confiance en soi, c’est important. Si tu n’as pas confiance en toi, tu ne peux pas réussir dans la vie. Mon rêve, c’est de réussir ma vie et de vivre bien avec mon travail. » Aaron bâtit cette confiance, mot après mot, avec la petite idée que la partie contre le racisme se joue à plus grande échelle et en collectif.
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