Article mis à jour le 15 avril 2026 à 20:13
Le Comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF) a dressé son bilan 2025. Les différents partenaires, dont la gendarmerie, la police, les douanes, France Travail, la CAF, l’URSSAF et bien d’autres travaillent en réseau autour des fraudes sociales et fiscales. Le point sur les spécificités locales et les idées reçues. Photo de une © Unsplash
Quand on parle fraude sociale, on imagine d’abord la fraude aux aides sociales avec les habituels discours sur l’assistanat. Selon le Haut Conseil du financement de la protection sociale, cela ne représente au niveau national que 34 % des fraudes sociales.
Bien plus de fraudes aux cotisations que de fraudes aux prestations sociales
La fraude majoritaire concerne les cotisations sociales et atteint 52 %. En clair, il s’agit avant tout des professionnels et employeurs, par exemple quand ils ne déclarent pas tous les salariés. Enfin la fraude des professionnels de santé représente 12 %.
En 2025 dans les Pyrénées-Orientales, 62 opérations de contrôle ont été réalisées, concernant 236 entreprises. Le montant des redressements atteint plus de 15,7 millions d’euros, dont 2,2 millions directement grâce aux échanges d’information entre les partenaires.
C’est largement supérieur aux 11 millions détectés en 2024. Cette augmentation n’est pas due à une explosion des faits mais à une nouvelle dimension des contrôles de l’URSSAF. Ils représentent à eux seuls environ 6,5 millions d’euros de redressements en 2025, soit la moitié des montants de la fraude sociale sur le département, alors qu’ils ne s’élevaient qu’à 1,6 million en 2024.
De gros moyens contre le travail dissimulé
Elidie Mentrel est la directrice de l’URSSAF des Pyrénées-Orientales mais aussi la directrice du Contrôle Travail Illégal en Occitanie. Elle explique : « nous sommes passés d’un à trois inspecteurs spécialistes de la lutte contre le travail illégal. Nous avons mis beaucoup de moyens. » Le montant redressé en 2025 est tout simplement un record historique.
« On n’a jamais fait autant. On s’outille énormément avec du data mining, c’est à dire des algorithmes automatiques qui nous sortent les entreprises les plus à risque. »
En revanche, selon Elidie Mentrel, la délation entre particuliers n’est pas prise en compte. Les lettres de personnes dénonçant leurs voisins sont fréquentes. « On n’y prête pas attention, tous les signalements anonymes finissent à la poubelle. » Le travail dissimulé est la principale source de fraude, suivie par les déclarations partielles, appelées la « fraude grise », puis enfin les problèmes de territorialité avec des travailleurs détachés qui ne déclarent pas forcément ce qu’ils gagnent en France.
Sécurité et BTP concentrent le plus de fraudes
Aussi pauvre soit-il, notre département est dans une moyenne nationale et régionale en matière de fraude sociale. « Il n’y a pas d’atypie pour les Pyrénées-Orientales, aucune logique géographique. » Le faible taux d’emploi local et le grand nombre de bénéficiaires du RSA n’est pas corrélé à une plus forte fraude sociale, brisant l’idée reçue de l’assisté qui fraude. Les secteurs les plus touchés par la fraude sociale dans le département en 2025 sont la sécurité (surveillance et gardiennage) et le BTP, suivis du commerce puis du transport.
Le grand public oublie parfois que l’URSSAF est l’organisme financeur de la Sécurité sociale, et que le recouvrement des montants redressés va directement à ce budget. Pour autant, ce recouvrement reste faible.
« On recouvre à peu près 10 %. » Le projet de loi sur les fraudes en cours de vote devrait durcir cette lutte et permettre de récupérer davantage des sommes fraudées.
L’idée est de pouvoir récupérer l’argent plus rapidement, avant que le fraudeur n’organise sa propre insolvabilité et vide ses comptes. La nouvelle loi pourrait par ailleurs généraliser la suspension de prestation sur simple suspicion de fraude.
Au national, la fraude fiscale coûte bien plus cher que la fraude sociale
Le bilan du CODAF mentionne aussi les fraudes fiscales, souvent mises dos à dos avec le social. En 2025, dans les Pyrénées-orientales, le préjudice fiscal découvert a été de 14 millions d’euros en droits et 5 millions d’euros de pénalités. Pour Elidie Mentrel « finalement, on contrôle beaucoup moins que le fisc si l’on considère le montant du budget associé. Le fisc recouvre pour le budget de l’Etat. L’URSSAF recouvre pour le budget de la sécurité sociale, qui est beaucoup plus élevé, il est à peu près de 600 à 700 milliards d’euros. On nous met en concurrence mais on ne travaille pas sur la même dimension. »
Pour autant, au niveau national, les fraudes fiscales sont estimées entre 60 et 100 milliards d’euros par an, soit six à dix fois la fraude sociale qui tournerait autour de 13 milliards. Plusieurs propositions de loi et d’amendements visant à durcir la lutte contre les fraudes fiscales, ou simplement à mieux les chiffrer, n’ont pas abouti ou ont été adoucies. De quoi renforcer un sentiment de déséquilibre des priorités.
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