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« Grand remplacement, histoire d’une idée mortifère », le documentaire de Nicolas Lebourg sur LCP

Le grand remplacement, histoire d’une idée mortifère - Documentaire LCP par Nicolas Lebourg-20

Alors que des milliers de drapeaux bleu blanc rouge flottaient ce dimanche 29 mars sur la place de Trocadéro, la théorie du grand remplacement de Renaud Camus était devenue une stratégie politique et avait déjà empli l’espace médiatique. L’historien des extrêmes droites, Nicolas Lebourg, s’est plongé pour La Chaîne Parlementaire sur la réalité de cette théorie. « Le grand remplacement, histoire d’une idée mortifère » documentaire, suivi d’un débat sur LCP le 4 avril ; pour comprendre l’idée du grand remplacement et sa genèse. Documentaire complet à voir sur LCP et en fin d’article.

♦ 67% des Français seraient inquiets du « Grand remplacement » ?

Dans l’enquête réalisée en octobre 2021 par Harris-Interactive pour le magazine Challenge, ce chiffre particulièrement élevé interpelle. Les sondés seraient 6 sur 10 à connaître la théorie de l’essayiste Renaud Camus et 67% à s’en inquiéter. Autre interrogation : la reprise par les sondeurs dans la formulation de la question des présupposés de Renaud Camus. « Certaines personnes parlent du grand remplacement : « les populations européennes, blanches et chrétiennes étant menacées d’extinction suite à l’immigration musulmane, provenant du Maghreb et d’Afrique noire ». Pensez-vous qu’un tel phénomène va se produire en France? ». Ce sondage à lui seul justifie que « le grand remplacement » devienne un sujet majeur traité dans les médias. Les commentateurs et acteurs politiques sont tous interrogés, sommés de se positionner sur ce sujet.

Fin 2021, « le grand remplacement » devient viral sur les réseaux sociaux. Cet espace est devenu la caisse de résonance d’une société encore sonnée par le Covid et qui n’a pas oublié le traumatisme des attentats de 2015. « En quelques phrases, une idée basée sur des mensonges statistiques devient légitime » ; la méthode du sondage même interroge le politologue Alexandre Dézé. « Le choix qui a été fait de ne pas annoncer l’origine politique de la théorie ni ses auteurs » influence les réponses. Le politologue de rajouter que la tournure même de la phrase tend à faire croire qu’il s’agit d’un « phénomène avéré ».
Nicolas Lebourg et Thomas Zribi ont fait le choix d’aller plus loin que ce simple chiffre. Que veut dire « le grand remplacement » ? D’où vient cette idée ? Et surtout quelles sont les implications de son utilisation ?

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♦ « Je suis non-violent mais pas du tout pacifiste, je n’élimine pas la guerre si c’est pour sauver sa patrie »

L’équipe du film a interviewé Renaud Camus. Et même s’il condamne les attentats, et les actes de violence individuelle, il déclare « être non-violent, mais pas du tout pacifiste ». En clair, l’essayiste se dit contre la violence, mais non contre la guerre. Et pour répondre à doctrine, Éric Zemmour s’affiche désormais en chef de guerre. Allant même jusqu’à se fondre dans l’imaginaire du Général de Gaulle, quand il annonce sa candidature en forme d’appel du 18 juin.

Mais si la guerre en France n’a pas encore commencé, l’idée même du « grand remplacement », reprise à l’international, est déjà avancée pour justifier des attentats et des tueries. Le premier à s’inspirer de cette tendance est Anders Behring Breivik. En 2010, en Norvège, il orchestre plusieurs attentats qui feront 77 victimes. Peter Hessen, survivant de l’attaque sur l’île d’Utoya témoigne dans le documentaire. Pour justifier son geste, Anders Behring Breivik a rédigé un texte dans lequel il explique qu’en 2083, les musulmans seront majoritaires en Europe.

« Il y déroule son obsession de l’invasion de l’islam et de la disparition des valeurs européennes ».

Selon Nicolas Lebourg, si tout le monde est horrifié par les actes de Breivik, il ne fait pas d’émules ; car quand il frappe en 2010, ni la crise des réfugiés de 2015, ni les attentats en France, n’ont encore eu lieu. « Par contre, aujourd’hui dans les milieux d’extrême droite il est considéré comme un saint, comme un héros, comme celui qui a ouvert la voie ». Dans les 5 années qui suivent les attentats en Norvège, les violences de l’ultra droite augmentent de 320%. Et le documentaire de se lancer dans une liste macabre des attentats perpétrés pour « lutter » contre le « grand remplacement ». Pour Nicolas Lebourg, « le thème du « grand remplacement » est en train d’obséder les blancs dans le monde entier ».

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♦ « Mathématiquement le grand remplacement est impossible »

Pour le théoricien du « grand remplacement », la simple observation suffirait à démontrer son concept. Mais selon le démographe Hervé le Bras, « pour comprendre qui sont les 67 millions de Français, il faut des statistiques ». Le démographe de poursuivre de manière pragmatique. « Sur la dernière année disponible, il y a eu 109.000 immigrés de plus. Sur une population de 67 millions d’habitants, comment voulez-vous que 109.000 personnes arrivant chaque année remplacent 67 millions de population française ?

C’est absolument impossible ! De plus pour qu’il y ait « grand remplacement », il faudrait qu’il y ait d’un côté, une population homogène, celle qui va être remplacée, et de l’autre, une autre population homogène qui remplace. Or dans les deux cas, on n’a pas cette population homogène. Il y a une très grande mixité. La moitié des descendants d’immigrés naissent d’union mixte ». Selon le démographe, « après 2 ou 3 générations, l’ascendance est extrêmement variée ».

Grand remplacement : histoire d'une idée mortifère

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♦ Mais alors pourquoi l’idée du « grand remplacement » est aussi présente dans cette campagne électorale ?

Selon Nicolas Lebourg, « sans les identitaires et leur savoir-faire pour faire voyager leurs idées sur les réseaux sociaux, la théorie de Renaud Camus serait restée totalement dans les ténèbres ». Le spécialiste des extrêmes droites européennes revient sur l’expression même du grand remplacement.
« Historiquement,  Jean-Marie Le Pen parlait déjà en 2002, « du risque de submersion migratoire »,

mais l’expression « grand remplacement » est à la fois plus neutre et plus littéraire. En fait, le grand remplacement, n’est ni un constat, ni une théorie, c’est juste un slogan politique que tout un chacun peut reprendre à sa guise« . Et c’est ce qu’à fait Éric Zemmour ? « Oui, il a construit toute une offre politique, en matière de santé, de sécurité et même d’économie, pour lutter contre le grand remplacement ». 

♦ Pourtant certains Français disent se sentir dépossédés de la France de leur enfance ?

Nicolas Lebourg de répondre : « Ah mais cette question du ressenti est centrale ! Les gens passent leur temps à dire qu’ils ne reconnaissent plus le pays de leur enfance. Mais c’est normal, car eux-même ont vieilli. Et en même temps que leur enfance disparaissait, la société française devenait plus cosmopolite. Et oui, il y a plus de gens d’origine africaine en France qu’avant. Mais la question n’est pas de nier cela, mais de savoir si cette réalité conduit au remplacement ? Ou s’il s’agit d’un phénomène classique de mouvement migratoire ? »

Pour illustrer son propos, Nicolas Lebourg avance le chiffre des mouvements de populations intervenus entre 1840 à 1940. « En un siècle, 180 millions personnes se sont déplacés dans le monde. La question des grands mouvements migratoires est absolument constante. Bien évidemment, elle est plus rapide à l’heure de l’avion low cost, mais vouloir l’arrêter, c’est comme vouloir figer le temps. Même s’il est illusoire de vouloir convaincre quelqu’un qui est dans ce ressenti-là ».

♦ Synopsis – Le grand remplacement, Histoire d’une idée mortifère

L’expression s’est imposée dans le paysage politique ces derniers mois. Éric Zemmour fait de la lutte contre le « grand remplacement » la base de son programme, les candidats Les Républicains débattent du niveau de priorité qu’il représente, les journalistes en font un objet d’interview, les instituts de sondage interrogent leurs panels représentatifs sur le sujet… Mais que veut dire « le grand remplacement » ? D’où vient cette idée ? Et surtout quelles sont les implications de son utilisation ?

Le documentaire donne des clés de compréhension historique et politique de ce concept en France et dans le monde occidental : la naissance de la peur d’un remplacement ethnique à l’époque coloniale, la création de théories complotistes pendant et après la Seconde Guerre Mondiale, la version américaine traduite en « white genocide », le génocide blanc. Le film raconte également comment la « fachosphère » constituée de petits groupes d’extrême droite très actifs sur Internet, a tout fait pour mettre en avant l’expression « grand remplacement » inventée par l’écrivain sulfureux Renaud Camus il y a une dizaine d’années.

Avant que le néo politicien Eric Zemmour finisse de la rendre incontournable. Enfin un chapitre est consacré à la violence inhérente à l’idée d’un « grand remplacement ». Ces dernières années, une vague d’attentats d’extrême droite a frappé l’Occident, nourrie par l’idée d’une menace contre « l’identité blanche ». Cela a commencé en 2010 avec le massacre commis par Anders Breivik en Norvège. Puis, ce terrorisme a déferlé aux Etats-Unis, au Canada, en Nouvelle Zélande. Plusieurs attentats ont été également été déjoués en France.

– Un documentaire de Thomas Zribi et Nicolas Lebourg,
– Produit par Caroline du Saint,
– Image de Joseph Haley,
– Montage de Manuel Guillon,
– Nova Production.

*Images d’illustration fournies par la production du documentaire « Grand remplacement : histoire d’une idée mortifère ».

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