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Hyrox : Comment le sport star d’Instagram a transformé la salle de fitness en business mondial

[ Série. « Esprit sain, portefeuille plein » ]. En un temps record, l’Hyrox est devenu omniprésent sur les réseaux sociaux et attire des pratiquants toujours plus nombreux. À Perpignan, des salles se spécialisent pour répondre à la demande. Derrière cette compétition accessible à tous, une entreprise mondiale pilote une poule aux œufs d’or. 

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Les muscles sont saillants. Au front, la goutte de sueur perle avant de s’écouler sur des joues rougies. Les souffles sont courts, l’effort intense. Au Studio, salle de sport installée secteur Panchot à Perpignan, ils sont une quinzaine ce soir-là à souffrir ensemble, sous les directives de deux coachs. 

Dans la salle et sur le parking, ils enchaînent les ateliers. Le concept de l’Hyrox consiste à enchaîner de la course à pied et des exercices physiques. Le menu est copieux : 8 km de course au total. Et entre chaque kilomètre, une « station ». D’abord, 1 km de « skierg », une machine qui reproduit les mouvements du planté de bâton en ski de fond, uniquement avec les bras. Puis place au sled push, une sorte de traîneau chargé de 142 kg à pousser sur 50 m. Le sled pull, un autre traîneau lesté de 103 kg auquel est attaché une corde, et qu’il faut tirer sur 50m. Des burpees, ensuite, qui consistent en un saut avec enchaînement de postures spécifiques à enchaîner sur 80m. Le farmer carry, qui oblige à porter deux kettlebell (sorte d’haltère) de 24 kg sur 200m. Des fentes, en portant un sac de 20 kg pour faire 80 m. Et pour finir : 100 wall ball, qui ordonnent de lancer un gros ballon de 6 kg sur une cible fixée à 3m de haut et à faire un squat au moment de la réception de chaque lancer… La tachycardie n’est pas loin.

Certains y prennent goût. Ils sont de plus en plus nombreux à pratiquer cette discipline née en 2017 seulement. Entre-temps, l’Hyrox est devenu viral, propulsé par Instagram et TikTok, des réseaux sociaux adeptes de la promotion des corps. 

Algorithme en sueur 

« L’Hyrox je l’ai découvert quand ma soeur m’en a parlé durant un repas de famille, explique Cédric Lopez, trentenaire conquis par la discipline. Puis j’ai commencé à chercher sur instagram et quand tu commences à regarder des vidéos, l’algorithme t’en montre d’autres et encore d’autres. Et à la fin, tu ne vois plus que ça ! » 

Même constat chez Claire Discours Codina, coach et fondatrice du Studio à Perpignan. Elle décrit une discipline portée par une communication très travaillée. « Il y a énormément d’influenceurs qui font de l’Hyrox. Au Grand Palais à Paris (un Hyrox qui a réuni plus de 18 000 athlètes), il y avait tout le gratin des influenceurs. » Le format, très visuel, se prête particulièrement bien aux réseaux. Les exercices sont immédiatement identifiables. Les vidéos montrent les charges, la fatigue, les encouragements, le chrono et le passage sous l’arche d’arrivée. Chaque participant peut ensuite publier sa préparation, son résultat et ses progrès. Admirer ses biscottos, aussi. 

Quelques mois après, Cédric et sa sœur sautent le pas et s’inscrivent pour leur premier Hyrox en compétition. Ils choisissent Bordeaux et se donnent le temps de faire six mois de préparation. « De mai à novembre, on avait le temps de s’entraîner. Et une fois que tu es inscrit, tu as une deadline et tu as un objectif, ça motive ! ». 

Une discipline facile à reproduire

Lors des compétitions, la distance et l’ordre des exercices restent identiques pour tous les participants, dans toutes les compétitions. Seules les charges varient selon les catégories (open ou pro). Et il est possible de participer seul, en double ou en relais. Les formats sont donc connus d’avance, faciles à assimiler et à reproduire à l’entraînement. 

Car la difficulté de l’Hyrox ne vient pas de la complexité des mouvements. Elle naît de leur répétition et de leur enchaînement avec la course. « La discipline est vraiment adaptée au grand public, assure Claire Discours Codina. Alors que le CrossFit, par exemple, est très technique. Il y a de l’haltérophilie, de la gymnastique, ça s’apprend. En Hyrox, marcher avec des kettlebells, tout le monde peut le faire, même si c’est dur. Ce sont des exercices qui sont accessibles ». L’une des recettes de la démocratisation de la discipline. « La réalité c’est qu’il y a des gens plus ou moins vieux, plus ou moins minces, plus ou moins sportifs. Tout le monde peut le faire, certains en deux heures, d’autres en une heure, peu importe. Et c’est ça qui est génial », poursuit Claire. Cette accessibilité constitue l’un des principaux ressorts du phénomène. 

Elle permet aussi de sortir de la monotonie et de la répétition en permettant à des habitués des salles de sport de porter un dossard, de franchir une ligne d’arrivée et d’obtenir un classement. Une révolution à l’ère de Strava, le réseau social des sportifs.

« Je me sens vraiment affûté » 

A l’entraînement, les portions de course s’enchaînent avec des exercices de poussée, de tirage ou de renforcement. Gauthier Andillac, coach au Studio, observe les mouvements, corrige les postures et adapte les exercices. « Il faut vraiment déceler les profils. C’est ça qui est important, pour savoir quoi spécifier comme travail ». Les pratiquants viennent de la course à pied, de la musculation, du rugby, du handball ou du CrossFit. Certains préparent une compétition. D’autres viennent simplement chercher une séance plus intense que leur entraînement habituel. 

Cédric Lopez a trouvé dans l’Hyrox ce que la musculation ne lui apportait plus. « Sportivement, je trouve ça exceptionnel. J’ai vraiment le sentiment de faire du sport et d’être sportif. Aujourd’hui, je pense que je suis au top de ma forme. Je suis capable de courir, de pousser, de porter. Je me sens vraiment affûté ». Ce qu’il apprécie également, c’est le défi contre soi-même

« C’est vraiment une course contre toi seul. Quand tu arrives, tu regardes ton chrono. Tu regardes combien tu as fait. Tu pousses ton corps au maximum ». 

A Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales, les salles prennent le virage et tentent de répondre à la demande. Le Studio va même s’agrandir et doubler la surface consacrée à la discipline. Ailleurs aussi les professionnels s’adaptent et investissent pour suivre le rythme. Des salles officiellement affiliées sont installées à Céret, Perpignan, Pia et Sainte-Marie-la-Mer. D’autres structures, de Rivesaltes à Argelès-sur-Mer, ont ajouté des cours, des espaces ou des programmes de préparation Hyrox à leur offre. 

Gainage et pompes (à fric)  

Car c’est là le point clé de ce qu’est l’Hyrox. Son ADN repose avant tout sur un système économique. Derrière le sport accessible à tous, des barrières financières se révèlent à tous les étages. Les salles ne peuvent ainsi se revendiquer Hyrox que si elles sont officiellement affiliées. Et Hyrox n’est pas une fédération mais… une marque. Claire Discours Codina indique ainsi que le Studio verse environ 2 000 euros par an pour utiliser la marque Hyrox et faire partie de son réseau officiel. 

Fondée en Allemagne en 2017 par Christian Toetzke, un entrepreneur et Moritz Fürste, ancien joueur professionnel de hockey sur gazon, l’entreprise est aujourd’hui détenue majoritairement par Infront Sports & Media, un groupe international spécialisé dans le marketing et les événements sportifs. Un autre mastodonte a flairé le bon filon : Puma, qui accompagne Hyrox depuis la première compétition organisée à Hambourg. L’équipementier fournit les chaussures et les vêtements officiels, donne son nom aux championnats du monde et commercialise des collections spécifiques. 

« CrossFit a lancé ça depuis des années avec Reebok, rappelle Claire Discours Codina. Hyrox a juste adapté le système. Ils s’associent à une belle marque qui investit de l’argent et il y a tout un écosystème qui se crée derrière ».

Les concurrents arrivent déjà. Le Studio vient de rejoindre ATHX, une autre compétition de fitness hybride, davantage orientée vers la force et soutenue par Adidas. « Hyrox s’est associé à Puma, ATHX à Adidas. Chaque marque sort sa compétition, poursuit la gérante. Ce n’est pas un copier-coller, mais c’est la même démarche. Il y a une nouvelle ère en termes de compétitions de fitness. Je pense que ce n’est que le début ! »

Courir, pousser, sauter et payer

En bout de chaîne, c’est le pratiquant qui règle l’addition. Pour s’entraîner dans une salle spécialisée, il faut compter autour de 80 euros par mois. Et pour ceux qui décident de tester une compétition, le budget peut vite exploser. 

Cédric a déboursé 127 euros pour participer à l’Hyrox de Barcelone en double. « Je pense que c’est le gros défaut de ce sport. Il est excellent en soi. Mais si tu veux participer à des Hyrox, ça coûte quand même de l’argent. En plus de l’inscription, il faut compter le transport et le logement sur place ». De quoi limiter le nombre de compétitions. « Vu le budget requis, je ne peux pas en faire trois ou quatre par an. Pour moi, ce n’est pas possible. À la limite, deux maximum, et encore », confie le trentenaire. Si les mouvements sont accessibles au plus grand nombre, les compétitions le sont nettement moins.

L’Hyrox finira-t-il par lasser ? Le parcours immuable constitue à la fois la force et la faiblesse du format. « Ce sont peut-être les mêmes salles qui faisaient du CrossFit avant, qui font de l’Hyrox aujourd’hui et qui feront un autre truc dans dix ans », estime Cédric. 

Car les exercices existaient bien avant la marque. Hyrox a réussi le coup de force de les placer sous les projecteurs, dans un ordre fixe, avec un dossard et un chrono. Ou comment transformer l’entraînement de salle en produit sportif mondial. En attendant la nouvelle mode ? 

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Sébastien Leurquin