Quelques mois après les élections municipales, la sénatrice Les Républicains des Pyrénées-Orientales, Lauriane Josende, observe une transformation du paysage politique local, où les étiquettes partisanes s’effacent progressivement. Progression du Rassemblement national, rôle de Louis Aliot, place de la droite traditionnelle, soutien à Bruno Retailleau pour 2027… Elle livre son analyse à Made in Perpignan.
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Depuis les municipales de mars dernier, Lauriane Josende multiplie les rencontres avec les maires du département. Une manière, pour la sénatrice, de prendre le pouls dans un territoire marqué par des équilibres politiques en pleine mutation. Pour elle, le scrutin confirme l’affaiblissement des étiquettes politiques au niveau local. Une évolution qui n’empêche pas le Rassemblement national de poursuivre son implantation dans le département, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Depuis les municipales, vous avez rencontré beaucoup de nouveaux élus. Qu’est-ce que ce scrutin a changé dans la carte politique des Pyrénées-Orientales ? Peut-on parler d’une recomposition durable ?
C’est difficile de parler de recomposition parce qu’on continue de raisonner avec un ancien logiciel politique, structuré autour des partis et des familles politiques. Ce logiciel reste utile, mais les électeurs nous montrent depuis plusieurs années qu’ils ne raisonnent plus tellement en termes de partis. Ils raisonnent davantage en fonction d’un territoire et surtout des personnes qui se présentent à eux. L’étiquette compte encore, mais beaucoup de maires refusent aujourd’hui d’être enfermés dans une case. Non pas parce qu’ils n’assument pas leurs convictions personnelles, mais parce qu’ils vous disent : « Je suis là d’abord pour servir ma commune et mon territoire ».
Le militantisme à l’ancienne a aussi beaucoup de mal à perdurer. On dit qu’il n’y a plus de maires Les Républicains (LR) ou Parti Socialiste (PS) comme auparavant, mais les maires ne sont pas pour autant massivement encartés au Rassemblement national (RN) ou à La France Insoumise (LFI). Ils composent aussi leurs listes avec des personnes de différents horizons politiques.
Il y a une transformation profonde de la façon de faire de la politique. Et je pense que les électeurs l’appellent de leurs vœux : ils veulent surtout que les élus puissent s’entendre et travailler dans leur intérêt.
Dans le même temps, le Rassemblement national continue de progresser dans les Pyrénées-Orientales. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce d’abord un vote national qui s’enracine localement ?
La progression du RN ici, à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales, est d’abord le fait d’une situation sociale et économique catastrophique. Les gens sont en colère et manifestent cette colère par ce type de vote. Mais la politique, c’est aussi de l’incarnation. Et la situation du RN ici est liée essentiellement à la personnalité de Louis Aliot. Il a énormément fait pour assurer la banalisation et la normalisation du RN, par rapport à l’image qu’avait auparavant le Front national, notamment avec Jean-Marie Le Pen, qui était un repoussoir. Il faut mettre cela en parallèle avec la démonétisation de la droite républicaine.
Et localement, Louis Aliot a beaucoup fait, par son image et sa personnalité, pour permettre au RN de progresser. Certains élus qui se sont rapprochés de lui vous disent d’ailleurs qu’ils ne se sont pas ralliés au RN mais à Louis Aliot. Et, dans leur esprit, ils en sont convaincus.
Vous avez récemment rencontré Steve Fortel à Elne, un maire issu de l’ultradroite. Quelle impression cette rencontre vous a-t-elle laissée ?
Ça s’est bien passé. J’ai été bien reçue et il a été très correct. J’ai aussi découvert une équipe assez éclectique. Lui m’a expliqué qu’il ne revendiquait aucune étiquette politique et qu’il était là pour Elne. Il regrettait d’être systématiquement ramené à son passé politique.
Dans cette nouvelle carte politique, où se situe aujourd’hui la droite traditionnelle ? Est-ce qu’elle conserve un espace propre face à l’extrême droite ?
Oui. Les Républicains ont leur identité propre. Il y a une doctrine derrière chaque famille politique et, sur le plan social et économique notamment, nous n’avons pas du tout la même approche des solutions. La droite républicaine est d’abord gaulliste. C’est un libéralisme économique mâtiné de social. Nous voulons un État qui protège les plus faibles et les plus vulnérables. Mais nous le disons clairement : pour assurer cette protection et financer les prestations sociales, il faut produire de la richesse.
Or aujourd’hui, nous avons oublié d’alimenter une économie de production. Si on veut sauver notre système de santé et notre système de retraite, on va devoir faire des choix. On ne peut pas continuer à dépenser de l’argent public que l’on n’a pas. Il faut produire à nouveau, consommer davantage localement, recréer de l’industrie et de l’emploi.
Vous avez apporté votre soutien à Bruno Retailleau pour 2027. Sur l’immigration, l’ordre ou la sécurité, il défend parfois des positions proches de celles mises en avant par le RN. N’y a-t-il pas un risque que la différence devienne difficile à percevoir ?
Non, parce que Bruno Retailleau assume ses positions. Quand il était au ministère de l’Intérieur, il a démontré à quel point il était attaché à l’ordre et à la sécurité. Il ne faut pas renier cela au prétexte qu’il ne faudrait surtout pas dire les mêmes choses que le RN pour exister. Le RN n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie politique.
Soyons nous-mêmes. L’ordre, la sécurité et la liberté ont toujours été au cœur de la droite républicaine. On ne va pas s’excuser d’exister. Mais à côté de cela, nous assumons aussi une politique du travail et de la création de richesse. Par exemple, sur la loi qui a instauré les quinze heures d’activité obligatoire pour les bénéficiaires du RSA, la droite a voté pour. Alors que le RN a voté contre. Ils veulent également revenir sur l’âge de départ à la retraite alors que, pour nous, économiquement, cela ne tient pas. C’est notamment là que se situent les différences.
Vous pensez donc que Bruno Retailleau peut encore convaincre des électeurs aujourd’hui tentés par le RN ?
Bruno Retailleau va aller au bout. Je pense que les gens vont se rendre compte qu’il y a un besoin de vérité et de sincérité dans le monde politique. Pour moi, c’est celui qui incarne le mieux cela, quelqu’un qui fera ce qu’il dit et qui ne fait pas uniquement de la communication pour être élu.
Aujourd’hui, les gens sont dans la colère. Quand on les interroge dans les sondages, ils répondent aussi avec cette colère. Mais les Français s’intéressent souvent réellement aux élections au dernier moment. Je pense qu’en décembre ou janvier, on sera véritablement dans la campagne et que les choses pourront évoluer. Les dynamiques actuelles vont encore bouger.
Vous allez vous-même vous engager pleinement dans sa campagne ?
Oui, parce que, pour moi, c’est lui. Bruno Retailleau a placé sa rentrée sous le signe de la jeunesse et présente 2027 comme « l’élection de la dernière chance » pour reconstruire le pays. Il y a eu quarante ans de politiques menées par la droite comme par la gauche, avec une dépense publique qui a augmenté sans suffisamment se demander comment produire les richesses nécessaires.
Tout cela, on le doit aux générations futures. Pouvoir travailler dignement, acheter une maison, fonder une famille, voyager un peu, conserver notre système de santé et bénéficier d’une retraite décente : c’est cela qu’il faut être capable de transmettre.
Dans ce contexte, quelle responsabilité particulière ont les élus locaux, notamment à l’approche d’un scrutin national ?
Nos territoires sont déjà fragilisés. Ils demandent que nous fassions l’effort, en tant que responsables publics et politiques, de garantir une forme de paix sociale. On n’est pas là pour jeter de l’huile sur le feu sur tous les sujets. Il faut privilégier le dialogue, le vivre-ensemble et une logique de compromis.
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