Simple solitude, pathologies, phobie de sortir… Tout le monde n’a pas les mêmes armes pour maintenir un lien social, et la souffrance des personnes isolées demeure souvent invisible. À Perpignan, Mathilde Georges a créé « Juste à côté de toi ». Et au-delà des appels, ateliers et rencontres, elle remet au goût du jour un fil oublié entre les gens, la lettre manuscrite. Photo de une © Polina Lavor – Unsplash
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C’est après une expérience avec un proche souffrant d’isolement que Mathilde a créé le dispositif. « Cette personne était suivie par des SAVS, les services d’accompagnement à la vie sociale. Mais ces spécialistes ont trop de personnes dont ils doivent s’occuper, ils se concentrent sur le plus urgent. » Mathilde se sent impuissante, et réalise que de nombreux aidants se retrouvent avec les mêmes problématiques. Elle lance alors l’association au printemps 2026.
Bien plus rapidement qu’espéré, « Juste à côté de toi » trouve quantité de bénévoles, et devient également partenaire du centre d’addictologie CSAPA de Perpignan, afin d’élargir son public de bénéficiaires. Un mois après sa création, 25 bénévoles proposent déjà leur aide. « J’ai été très étonnée de voir à quel point ça touche les gens. »
La solitude n’est pas exclusive au rural ou aux seniors
Selon une étude de la Fondation de France réalisée en 2024, 12 % de la population française souffre de solitude. Un isolement qui, sans surprise, touche davantage les plus précaires, en particulier les personnes sans emploi. De quoi s’interroger dans les Pyrénées-Orientales, département le plus pauvre de métropole. « Pour l’avoir vécu, je comprends totalement qu’on se sente isolé quand on est au chômage. »
Mathilde commence à entendre parler de profils inattendus dans la solitude, notamment des personnes jeunes, en milieu urbain et en dépit d’un certain entourage. Cela n’arrive pas qu’aux personnes âgées dans le rural. « Le problème est que plus on est entouré, moins ose dire qu’on se sent malgré tout seul. »
L’association Juste à côté de toi met en place des missions pour ses bénévoles. Il s’agit parfois de prendre des nouvelles d’un bénéficiaire, ou de lui rendre visite à domicile. « Les personnes vont jouer à des jeux, promener le chien. Deux femmes vont à la friperie. C’est souvent un prétexte pour discuter. » Une boucle WhatsApp permet à tous de discuter via smartphone. Les actions devraient bientôt prendre de l’ampleur. Un psychologue fait partie des bénévoles et forme les intervenants. Divers ateliers et sorties vont être organisés, sans jamais se substituer au médical. Mathilde songe aussi à élaborer un petit magazine collectif.
Ce temps pour l’autre qu’implique la lettre manuscrite
L’action la plus remarquable de l’association est sans doute la remise au goût du jour de la lettre manuscrite. Cela permet d’être bénévole sans contrainte d’horaire ou de déplacement, il suffit d’écrire. L’idée est de maintenir une relation épistolaire avec le bénéficiaire, parfois en assortissant le courrier de dessins ou petites créations artistiques.

La lettre manuscrite détermine un temps long et une attention perdus depuis l’avènement du numérique. À l’écriture comme à la réception, elle crée une attente, un rituel, loin du SMS dont on se débarrasse. « C’est aussi une certaine présence, mais à l’écrit. Certaines personnes ont besoin d’un rythme beaucoup plus lent, n’aiment pas les contacts directs. C’est important de s’adapter à chaque profil. »
Carine, 51 ans, bipolaire : « Quand j’imagine sortir, je suis déjà en panique »
À 51 ans, Carine est suivie par l’association. Bipolaire, elle a développé une phobie de l’extérieur. « Cela a été progressif. J’ai d’abord arrêté de prendre le bus car une fois il m’a arrêté à un endroit que je ne connaissais pas et je me suis sentie perdue. J’ai eu trop peur de renouveler l’expérience. Je me suis repliée sur moi-même. » Puis, suite à une chute et une fracture sur un parking, elle se refuse à sortir par peur de tomber à nouveau. « À cause de mes angoisses, quand je vais dehors, je vois le sol bouger. » Pour éviter l’attaque de panique, elle reste à la maison, seule entre les suivis médicaux ou les visites de proches. « Quand j’imagine sortir, je suis déjà en panique. »
Même à l’intérieur, son espace se réduit bientôt à une place de canapé. « L’endroit où je m’assois me sécurise. Mais le temps est long. On se sent prisonnière de soi-même. »
« Juste à côté de toi » la met en contact avec des bénévoles. « Ils m’ont vite mis à l’aise. Ils m’appellent et une bénévole vient à la maison le mardi après-midi. On fait des jeux de société. Je me sens entourée. Je pense qu’on est pas mal de gens dans mon cas… » Carine envisage à nouveau de sortir.
L’association continue de chercher des bénéficiaires, mais aussi des bénévoles. Les personnes disposées à donner un peu de temps peuvent joindre « Juste à côté de toi » sur la page Facebook dédiée ou sur justeacotedetoi@gmail.com
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