Aller au contenu

Bénévoles, donateurs et organisation fine : solidarité à Millas pour nourrir les pompiers

Article mis à jour le 8 juillet 2026 à 18:09

Alors que les colonnes de pompiers continuent d’œuvrer sur l’incendie, l’altruisme est en marche dans le point de repli qu’est devenu le collège de Millas. Photos Virginie Demorget

Un établissement récent avec un réfectoire climatisé et une chaîne pour préparer les repas, on ne pouvait espérer mieux pour les pompiers venus de toute la France. Mais il faut tenir cette logistique sur la durée, qui se compte en milliers de repas et litres d’eau à fournir sur la période.

Cyril Lapene est le principal du collège de Millas. « Dimanche au début de l’après-midi on m’a demandé de me mettre en pré-alerte. Ils commençaient à deviner qu’ils allaient être en difficulté pour loger tous les pompiers engagés. Je leur ai dit qu’on avait l’endroit idéal. » Le principal libère deux des trois chambres froides pour stocker des denrées.

« J’ai remis en service les douches du vestiaire sportif, qu’on n’avait pas allumées depuis dix ans car on ne les utilise pas. J’ai ouvert la salle polyvalente pour leur faire un point de repos au frais, car dans le gymnase il fait un peu chaud pour dormir. »

Dans un premier temps, c’est le food-truck des pompiers qui se charge des repas. Basé au collège, ce camion cuisine se rend aux points de transit pour apporter les repas. Joachim, aux fourneaux, est l’un des pompiers retraités détachés au service logistique. « On est là depuis samedi. On doit être à plus de 2000 et quelques repas depuis le début » explique-t-il. Sandwichs, pâtes mais aussi plats plus élaborés sont possibles. « On peut même faire des confits de canard. On a des carottes râpées, de la salade, des crêmes… » Mais le personnel fatigue et décide de passer la main au self du collège. « Mes collègues sont arrivés à 8h ce matin, ils sont encore en train de faire des sandwichs pour 700 personnes ce midi. Tout ça prend énormément de temps. »

« C’est notre région, il faut la protéger »

Si le personnel enseignant est parti en vacances, une dizaine d’agents était encore sur place pour une semaine. De bonne volonté, ils donnent tous un coup main pour la préparation des repas. Le principal s’inquiète néanmoins de leur épuisement et espère un relais de la part des pompiers ou du Conseil départemental. « Ils sont généreux mais il faut ménager les équipes. »

Laurent Génot est le chef de cuisine du collège. « On était sur place pour le nettoyage après l’année scolaire, on a été réquisitionnés automatiquement. Nous faisons de 6h du matin à 16h. Même si j’étais en vacances je serais venu. C’est notre région, il faut la protéger. » Il observe les pompiers qui reviennent du feu les uns après les autres.

« C’est un roulement, il y en a 200 qui arrivent, 200 qui partent, toute la journée. Certains pompiers restent sur site quatre ou cinq heures. Ils tiennent mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps, ils vont être fatigués. »

« Hier on a servi des repas chauds livrés par l’UDSIS. » La cantine départementale se trouve précisément à Millas, ce qui rend les livraisons pratiques. Mais ce qui impressionne Laurent Génot, ce sont les dons. Sur le sol du réfectoire, des sacs de courses pleins, par dizaines, apportés par des habitants. D’autres arrivent encore juste avant le midi. Les donateurs sont si nombreux qu’ils forment une file ou passent les aliments par la fenêtre des cuisines. « On m’appelle tout le temps pour savoir ce dont on a besoin. Les gens viennent d’eux-mêmes, donnent des repas, des paquets de chips, des céréales, des bouteilles d’eau… Beaucoup de magasins nous ont aussi aidé, comme les Intermarché de Millas et de Canohès, les Super U de Thuir et Ille-sur-Têt… »

« À moi de redonner un peu de tout ce que j’ai reçu des Catalans »

Laurence habite Millas. Elle vient donner pour la seconde fois, chargée de pain, de jambon et de mayonnaise, après une première livraison d’eau, de chips et de sucre. « J’ai su qu’on pouvait donner par les réseaux sociaux. Toutes les communes se mobilisent. Cela ne fait pas longtemps que j’habite Millas et les Pyrénées-Orientales, mais j’ai été adoptée. À moi maintenant de redonner un petit peu de cet accueil et de tout ce que j’ai reçu des Catalans. »

Quelques instants plus tard, c’est une famille encombrée de victuailles qui arrive, accompagnée d’amis évacués qui logent chez elle. Ces derniers gardaient une maison à Ille-sur-Têt et sont partis en laissant les animaux. « Je suis de Millas, et agent immobilier sur le secteur qui a brûlé » confie Nathalie. « J’ai des clients qui ont vécu des choses affreuses, des amis qui ont perdu leurs exploitations agricoles. »

Tous veulent aider et apportent gâteaux et boissons. « Avec tout ce que font les pompiers, c’est normal. » La petite Lily-Rose, venue avec ses parents, tend un dessin représentant un pompier et des animaux. Sa manière de manifester son soutien.

Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances