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#JesuisCharlie et #JesuisMila même combat ? Charlie Hebdo interroge les Français

LECTURE

Pourquoi une telle “affaire” autour de la jeune Mila ? Qu’en pensent vraiment les Français ? L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a commandé à l’Ifop une enquête pour sonder l’opinion des Français sur cette polémique. Car les propos tenus par Mila posent plus largement la question du blasphème et de la liberté d’expression en France. D’un point de vue juridique, Ibrahim Shalabi et Jocelyn Ziegler vous ont apporté hier leur éclairage. Depuis l’éclatement de cette polémique, deux hashtags sont apparus sur les réseaux sociaux comme Twitter : #JesuisMila #JesuispasMila

♦ Charlie Hebdo sur le front de la liberté d’expression

Réalisée auprès d’un échantillon national, cette enquête montre que l’opinion soutient majoritairement la jeune fille. Tout en désavouant Nicole Belloubet et le parquet qui a lancé une information judiciaire à l’encontre de l’adolescente. Cependant, le droit au blasphème, acquis depuis la loi de juillet 1881 sur la liberté de la presse, est loin de faire l’unanimité. L’opinion se partageant en deux parties strictement égales sur le sujet.

Pour Gérard Biard, rédacteur-en-chef de Charlie Hebdo, “cette enquête révèle une énorme confusion entre l’injure contre une religion et ses symboles – qui est légale – et l’appel à la haine contre les croyants – qui est puni par la loi. Encore plus grave, elle montre aussi que la moitié des Français, majoritairement les plus jeunes, pensent que la France est toujours la fille aînée de l’Église – ou, pour certains, qu’ils voudraient quelle devienne la petite soeur de la mosquée.”

Si vous souhaitez lire l’analyse de l’étude dans Charlie Hebdo.

♦ Mila soutenue par une petite majorité de Français

Le 18 janvier dernier, Mila, lycéenne de 16 ans de l’Isère, discute en direct avec ses abonnés sur Instagram. Une activité somme toute assez banale pour une adolescente en 2020. Draguée lourdement, Mila repousse certaines des avances, notamment du fait de son homosexualité. S’en suit un déluge d’insultes telles que “sale française”, “sale pute”, “sale gouine”. En rage, la lycéenne publie une vidéo aujourd’hui polémique où elle critique ouvertement la religion musulmane.

La vidéo devient virale ; une vague d’insultes, de harcèlements et surtout de menaces en provenance des réseaux sociaux. Sa vie privée circule sur Internet : identité, celle de son lycée, son adresse personnelle. Le 23 janvier, le parquet ouvre deux enquêtes et “impose une déscolarisation temporaire et une prise en charge de l’adolescente”. La première, depuis fermée, contre la jeune fille “ouverte du chef de provocation à la haine raciale”. La seconde “du chef de menaces de mort, menace de commettre un crime, harcèlement et usage de l’identité ou de données d’identification d’autrui en vue de porter atteinte à la tranquillité et à l’honneur fait l’objet d’investigation de spécialistes en cybercriminalité”.

Depuis l’éclatement de cette polémique, deux hashtags sont apparus sur les réseaux sociaux comme Twitter. #JesuisMila pour exprimer son soutien à la jeune fille et #JesuispasMila pour lui exprimer sa désapprobation. S’ils étaient obligés de choisir, une petite majorité de Français (53%) répondent qu’ils se positionneraient sur le hashtag #JesuisMila. Sachant que ce soutien à la jeune fille tend à croître avec leur niveau social, culturel et économique.

♦ Un positionnement étroitement lié à son degré d’affranchissement de la religion

“Mais la variable qui joue le plus dans la position des Français sur le sujet est leur appartenance religieuse. Et plus précisément leur degré de pratique religieuse. Seule une minorité des catholiques pratiquants soutiennent Mila alors que c’est le cas de la majorité des catholiques non pratiquants (56%) et des athées (58%). Les musulmans se positionnent en revanche massivement (à 82%) sur le hashtag #JesuispasMila, tout comme une majorité de jeune (52%) et de sympathisants macronistes (53%).”

Proportion de Français se positionnant sur le hashtag #JesuisMila en fonction de leur religion

♦ La ministre Nicole Belloubet désavouée sur ses propos

Une nette majorité de Français (56%) expriment leur désaccord à l’égard de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Cette dernière avait affirmé que les insultes de la jeune fille à l’encontre des religions constituaient « une atteinte à la liberté de conscience ».

⊕ Des propos qui ne sont pas perçus comme racistes dans l’opinion publique

De même, le motif pour lesquels les services de son ministère avaient, via le parquet de Vienne, lancé une information judiciaire à l’encontre de l’adolescente apparaît infondé aux yeux d’une large majorité de l’opinion. 58% des Français estiment que les propos tenus par Mila ne relèvent pas de la « provocation à la haine à l’égard d’un groupe de personnes, à raison de leur appartenance à une race ou une religion déterminée ».

♦ Des Français néanmoins très partagés sur le droit au blasphème

Cette affaire, qui a soulevé la question du droit au blasphème posée depuis plusieurs années par Charlie Hebdo, montre en revanche que l’opinion publique est très clivée sur ce droit. Un droit pourtant acquis depuis la loi de juillet 1881 sur la liberté de la presse. 50% des Français se disent favorables à ce droit de critiquer, même de manière outrageante, une croyance, un symbole ou un dogme religieux, contre 50% qui y sont opposés.

Dans le détail des résultats, il est intéressant de noter que les Français les moins favorables au droit au blasphème sont, après les musulmans (34%) et les protestants (32%), les jeunes de moins de 25 ans (41%), les personnes ayant un faible capital social et culturel ainsi que les sympathisants des Républicains (39%).

Enquête menée auprès d’un échantillon de 2.005 personnes. Échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Représentativité de l’échantillon assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée). Et ce, après stratification par régions et catégories d’agglomérations. Interviews réalisées par questionnaire autoadministré en ligne du 1er au 3 février 2020.

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