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Face au mal-être des jeunes, les lycéens des Pyrénées-Orientales créent Lumea, une application dédiée à la santé mentale

Un outil d’orientation, de suivi et d’écoute créé pour et par les jeunes étudiants. Depuis deux ans, une quarantaine de lycéens des Pyrénées-Orientales confectionne une application dédiée à leur propre santé mentale. Cette collaboration entre plusieurs établissements devrait voir le jour à la rentrée prochaine. Photos © Virginie Demorget

D’un côté, des jeunes qu’on accuse de passer trop de temps sur les écrans, de l’autre un risque suicidaire qui augmente chez les moins de 25 ans. Dans les Pyrénées-Orientales, des lycéens ont pris en main le sujet de la santé mentale des jeunes. Et depuis deux ans, ils construisent une application dédiée aux personnes de leur âge : Lumea. Ce jeudi 28 mai, c’est la dernière séance de travail pour les élèves. L’interface devrait être en place dès la rentrée de septembre.

« La santé mentale est tout autour de nous. On considère que c’est une priorité, parce que ça nous touche personnellement, mais aussi nos amis, et même les professeurs, parce que l’application est aussi destinée au personnel éducatif », explique Mickaël, en terminale au lycée Jean Lurçat.

Par le biais de leurs conseils de vie lycéenne respectifs, les lycées Jean-Lurçat, à Perpignan, et Rosa-Luxembourg, à Canet-en-Roussilon, se sont alliés sur le projet. Le lycée François Arago y a également participé sur la première année scolaire. « C’était essentiel pour nous de se pencher sur la santé mentale. On a décidé d’y consacrer nos budgets », explique Elodie Provo, CPE. L’application est en ce moment en phase de financement pour la dernière ligne droite et le développement de l’interface.

Lumea concentre un journal de suivi de l’humeur et des ressources médicales

En cours de développement, l’application s’ouvrira sur un onglet « Journal ». L’utilisateur pourra y renseigner son état, son humeur, des conseils. L’interface l’encourage à répondre à des questionnaires sur sa santé mentale. Ces données permettent ensuite de visualiser la progression de l’humeur et de suivre son état mental. « L’idée c’est que la personne puisse se rendre compte de l’avancée et des progrès, en bien comme en mal, depuis qu’elle a commencé à utiliser l’application. Elle a un suivi pour peut-être observer ce qui pourrait améliorer et identifier son état, et toujours en utilisant les ressources qui sont à sa disposition. »

C’est là qu’intervient l’autre section, sur laquelle travaille la quinzaine de lycéens et lycéennes présents aujourd’hui : des onglets propres à chaque problématique. « Mon alimentation », « mon corps mon choix », « mes études », « ma famille », etc. Chaque groupe de 2 ou 3 élèves planche sur un thème. « Ça s’est fait assez naturellement pour nous, on se sent directement concernées par le sujet », glissent trois lycéennes devant leurs fiches. Angelina Roé, infirmière scolaire, a pu observer l’expertise de certains des participants. “Ils ont déjà beaucoup d’éléments. Certains ont baigné dedans.”

« La santé mentale prend de plus en plus de place dans l’infirmerie scolaire, poursuit la soignante. J’ai encore plus de traitements antidépresseurs et anxiolytiques cette année que la précédente. On voit de la phobie scolaire, de l’absentéisme, des problématiques d’addictions. Comme il y a de plus en plus de mal à trouver des rendez-vous chez un psychologue, on fait tampon. »

Pour elle, une application pourrait participer à désengorger la file d’attente devant l’infirmerie. Même si, comme l’explique Emilie, en terminale au lycée Rosa Luxembourg, « chaque fois qu’un quiz apportera une réponse négative, la personne sera redirigée vers un professionnel de santé. » Les élèves ont effectué tout un travail de référencement des solutions pour chaque situation, en portant un œil attentif aux dispositifs gratuits. « On a découvert l’ampleur de la question de la santé mentale. Que ce n’est pas à la marge. Ça touche beaucoup de monde avec un impact sur la vie des étudiants. »

« Je vois de plus en plus de monde se tourner vers l’IA pour parler de leur santé mentale »

Lumea rassemble les ressources et les fait communiquer tout en s’appropriant les codes du numérique. L’application va sur le terrain des ressources plus confuses, voire parfois de la désinformation sur les réseaux sociaux. « Je vois de plus en plus de monde se tourner vers l’IA pour parler de sa santé mentale. Le but de Lumea, c’est aussi d’éviter le recours à l’IA et d’apporter des réponses », explique Mickaël.

S’il est pour l’instant surtout pensé au niveau académique, Lumea pourra être téléchargée partout en France par tout le monde. « Elle va vivre avec les contributions qui lui seront apportées », se projette Marie. Si une grande partie des 40 participants aura quitté le lycée à la rentrée, ils espèrent qu’elle continuera à vivre à travers les prochains élèves.

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