Après des années de baisse, le VIH, virus à l’origine du sida, regagne du terrain, en particulier chez les plus jeunes. Dans les Pyrénées-Orientales, soignants et associations se désolent d’une prévention en perte de vitesse. Ils s’allient pour informer sur le dépistage comme pour accompagner les personnes contaminées. Le 6 juin, la fête du SLIP, à Latour-de-France, espère relancer la dynamique de prévention, sans alimenter la peur du virus.
Prep, Trod, Tasp, TPE… ces acronymes obscurs pourraient faire baisser les contaminations au VIH en France et dans le monde… sous réserve d’être mieux connus. Nombreux et efficaces, les traitements de prévention développés après l’épidémie de Sida manquent encore de renommée. Et en parallèle, la séropositivité augmente. En 2024, le nombre de personnes testées positives au VIH a augmenté de 10% par rapport à 2021 selon Santé publique France. Un chiffre également dû à une augmentation du nombre de sérologies réalisées. Mais sur le plus long terme, c’est l’exposition des plus jeunes qui inquiète. Entre 2014 et 2023, les découvertes de séropositivité chez les 15-24 ans ont augmenté de 41 %, alors qu’elles ont baissé de 15 % chez les 25-49 ans. À l’hôpital de Perpignan, la statistique étonne peu.
« Le VIH et le sida, je peux vous assurer qu’il y a plein de jeunes qui ne savent pas ce que c’est », se désole Amélie Justine, infirmière du Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD)
Après des années de prévention basée sur la crainte de la contamination au moment de l’épidémie, l’attention se relâcherait. Chez les plus jeunes aussi, l’infirmière constate une difficulté à officialiser des relations amoureuses, et donc à des prises de risques. « Si des jeunes n’utilisent pas de préservatif avec un partenaire, tout en ne sachant pas s’il en voit d’autres, c’est une prise de risque. »
Trod, Tpe, PrEP… l’éventail solide de la prévention
Elle regrette une méconnaissance de l’ensemble des moyens de prévention. À commencer par le préservatif dont elle constate un usage moins systématique. Mais aussi le dépistage : le test par prise de sang gratuit au Cegidd, le test rapide d’orientation diagnostique (Trod) qui permet un résultat en quelques minutes, aujourd’hui réalisé par des associations tel que les Fées Militantes sur le département, ou encore l’autotest en vente en pharmacie.
À cet arsenal s’ajoutent les traitements en cas de comportements à risques. D’abord ponctuels, avec le Traitement postexposition (TPE) disponible aux urgences. « C’est un traitement qu’on peut débuter dans les 48 heures après avoir eu un rapport à risque, explique l’infirmière. Le plus tôt possible. Ensuite, on le prend tous les jours pendant 28 jours. Il annule la transmission du VIH si toutefois elle avait eu lieu. » Pour les personnes exposées au virus fréquemment, c’est-à-dire qui ont plusieurs partenaires, sont originaires d’un pays où le VIH circule particulièrement ou encore n’utilisent pas systématiquement de préservatifs, la PrEP, prophylaxie pré-exposition, évite les contaminations. Prise correctement, la PrEP réduit de 99% le risque de contamination.
Après le départ des mastodontes associatifs, un tissu à reconstruire
La batterie de tests existe, mais elle est toujours trop difficile à déployer sur le territoire. Pour cela, des associations comme les Fées Militantes, formées au Trod, maillent le territoire. Au Cegidd, chaque semaine, sur certains marchés en période estivale, à Perpignan deux fois par mois, les Fées informent, dépistent, accompagnent. « On adapte nos actions aux forces vives, en sachant que beaucoup de Fées vivent elles-mêmes avec des pathologies », explique Patricia, membre de l’association.
D’après elle, le tissu associatif accuse toujours le coup du désengagement de l’association nationale Aides à Perpignan. « C’était eux qui assuraient la permanence hospitalière. Aujourd’hui, ce sont les mêmes personnes qui participent aux Fées Militantes, mais voir l’asso partir ne fait pas plaisir. Surtout quand on voit ce qu’elle engrange comme argent public. » Cinq membres des Fées Militantes sont formés au Trod. « On reste très mobilisés et motivés. Justement, parce qu’on a connu les années où il y avait une forte mobilisation des grosses associations sur le terrain. »
La lutte contre le VIH indissociable de l’accompagnement des malades
Au-delà de la prévention, l’association, tout comme le Cegidd, accompagne les personnes contaminées au VIH. « Notre objectif est déjà de les sortir de l’isolement, explique Patricia. On pratique la pair-aidance. On est des patients malades, devenus experts de ce qu’on a vécu. » De son côté, Amélie Justine veut dédiaboliser la contamination.
« J’aimerais qu’on comprenne qu’on peut vivre simplement avec le VIH. Oui, ça fait chier, mais quand même, on peut avoir une vie normale. Il faut aussi qu’on apporte une philosophie positive de la sexualité. Avoir recours à la sexualité en ayant peur des infections sexuellement transmissibles, c’est dommage. Le sexe, c’est du bien-être. »
Aujourd’hui, un test de sérologie positif enclenche la prise de la PrEP. Pourtant d’abord destinée à prévenir la contamination. « On s’est rendu compte qu’un traitement antirétroviral contrôlait le virus. Donc, maintenant, si vous êtes contaminé, on vous traite d’office parce qu’en fait, on diminue la probabilité de transmettre ce virus. Une fois qu’on a eu le traitement, on a endormi le virus, sa charge est quasiment indétectable. » Pour l’infirmière, informer de l’existence d’un tel traitement permettrait de réduire la discrimination que subissent les personnes infectées. La peur constante du VIH induit la sérophobie. »
La prévention contre le SIDA souffre toujours de représentations assignant la maladie à la communauté LGBT+. Ainsi selon Santé publique France, les femmes et hommes hétéros sont moins vite diagnostiqués que les personnes transsexuelles ou les hommes homosexuels. En 2024, si 31 % des diagnostics étaient précoces, 41 % étaient tardifs. Au total, un quart des diagnostics était fait à un stade avancé, c’est-à-dire au moment du développement du Sida.
Informer plutôt qu’effrayer, la prévention mise sur un nouveau style
Soignante et militante s’accordent : la prévention doit aller de plus en plus vers les populations les moins sensibilisées et miser sur une approche positive plutôt que sur la crainte. Pour cela, un événement se consolide dans les Pyrénées-Orientales. Depuis trois ans, les Fées Militantes organisent la fête du SLIP, pour « Sexualité, Liberté, Information, Prévention », à l’occasion de la semaine de la santé sexuelle.
Cette année, le rendez-vous est donné à Latour-de-France le 6 juin, de 15 h à 23h. Au dépistage et aux stands d’informations se mêleront concerts, initiation au krav-maga, cabaret et défilé de mannequins. « On sait très bien que la santé seule ne mobilise pas les foules. C’est à la fois un événement militant et festif. L’objectif, c’est de parler de santé sexuelle dans un désert médical, le Fenouillèdes, mais aussi de construire un réseau et de lancer une dynamique. Et déjà on voit que ça bouge », se réjouit Patricia.
Le programme complet est à retrouver sur la page des Fées militantes.
Pour des dépistages gratuits, le Cegidd est ouvert sur RDV du lundi au vendredi de 8h à 18h à l’hôpital de Perpignan, ainsi que les mercredis et jeudis de 9h30 à 13h et de 14h à 17h en centre-ville (25, rue Petite la monnaie).
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