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« Trouver un job quand on est mineur, c’est galère » : à Reynès, le dispositif « argent de poche » cartonne

Article mis à jour le 27 août 2026 à 08:16

15 à 25 euros pour trois heures de travail. Le dispositif dit « argent de poche » permet aux collectivités de rémunérer des mineurs pour des petites missions. Lancé dans les années 1980 sur des quartiers urbains précis, il a fallu des années pour que la possibilité se généralise à toutes les communes, y compris rurales, pour les 14-17 ans. A Reynès, Made in Perpignan a rencontré des jeunes dans leur première approche du travail.

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Ce mardi 25 août 2026, six adolescents, smartphone en main, attendent devant l’école de Reynès, point de rendez-vous. Il est huit heures et il a fallu se lever, en pleines vacances d’été. Certains reviennent pour leur deuxième mission. D’autres n’ont encore jamais travaillé. Ils ne se connaissent pas entre eux. Ces jeunes de Reynès fréquentent davantage Céret que leur propre village, mais pourraient désormais tisser de nouveaux liens, former un noyau avant les départs pour les études.

Le maire et sa première adjointe, avec les agents techniques, entament un petit briefing de bienvenue pour balayer le léger stress perceptible. Après une première opération de nettoyage du mobilier pour la fête du village, il s’agit cette fois de préparer l’école avant son ouverture ou encore de ramasser les déchets sur la voie verte.

Un succès dès le lancement

La commune a mis en place le dispositif « argent de poche » depuis le début du mois, et compte le déployer pour toutes les vacances scolaires. « Nous avons entendu parler de ce dispositif et nous nous sommes dit que c’était super pour les enfants » explique le maire Guy Gatounes. Pour lui, il s’agit avant tout de les sensibiliser à l’implication dans une commune, voire un premier pas pour aller plus tard dans l’associatif, ou encore, pourquoi pas, créer un conseil municipal des enfants.

« Ce sont des dispositifs qui existent depuis quelques années mais qui hélas sont assez peu utilisés. » Pour le maire, l’aide est bienvenue mais n’est pas destinée à remplacer les agents qui encadrent. « C’est vraiment pour occuper les ados, les sensibiliser. »

Les demandes affluent, avec déjà une vingtaine de jeunes de moins de 18 ans. Reynès a opté pour le maximum de la rémunération possible, soit 25 euros pour une demi-journée de trois heures. « C’est réservé aux enfants de Reynès mais des familles attendent que ce soit mis en place dans d’autres communes » explique Florence Carlier-Ruiz, première adjointe. « Un jeune peut faire deux missions dans la semaine, et donc obtenir 50 euros. Pour certains ça compte, plusieurs nous ont dit être disponibles tout le temps. Il faut juste qu’on arrive à les joindre parce qu’ils ont tous un portable mais ne répondent pas ! »

Un BAFA trop cher, et des emplois rarissimes pour les moins de 18 ans

Léo a 17 ans, et passe les petites chaises de la maternelle au jet pour aider les ATSEM* qui préparent la rentrée. « C’est ma mère qui a trouvé le dispositif sur internet » explique-t-il. Pour lui, c’est un soulagement. « Trouver un job quand on a 16 ou 17 ans, c’est galère. » Certains passent le BAFA pour être animateur. « Mais le BAFA ça coûte cher, c’est environ 800 euros ! Alors je suis venu ici, je me suis dit que je pouvais rendre service plutôt que de rester à la maison, et c’est toujours 25 euros de pris. » Son objectif, commencer des économies pour un jour s’offrir un véhicule.

Pour Estelle et Angélique, ATSEM sur le groupe scolaire, c’est une excellente initiative. « Il y a toujours de quoi faire, on désinfecte tous les jouets, les petits lits… Avoir ces jeunes nous permet de faire davantage, d’autant qu’on est moins d’agents que d’habitude. »

Maya a 16 ans et c’est par son beau-père qu’elle a eu vent de cette possibilité de travailler. Elle dépoussière les meubles de la petite bibliothèque de l’école. Hormis les stages du collège, c’est sa première expérience. « 25 euros ça motive. » Une somme qui servira pour sortir et manger avec des amis sur Céret.

« Je ne savais pas qu’il y avait autant de jeunes à Reynès, reconnaît Maya. J’ai vu des gens que je ne connaissais pas du tout alors que je suis là depuis cinq ans. Et ça occupe aussi. Il y a une heure j’étais encore dans mon lit ! »

Ramasser les déchets avant l’entrée à l’université

Victoria, 15 ans, est chargée de repeindre un meuble de classe. Si elle a déjà vu faire son père, elle n’avait encore jamais tenu un rouleau à peinture. « Ça fait une expérience, et ça nous fait sortir pendant les vacances. C’est comme un travail, il faut se lever, y aller… » Victoria et sa sœur espèrent multiplier les missions.

A quelques centaines de mètres, Mathéo, 17 ans, ramasse les déchets au bord de la voie verte. Pour cette première expérience avant son entrée en fac de droit, il n’a pas été poussé par ses parents et a lui-même approché la mairie. « J’ai fait les démarches. C’était l’occasion de s’engager pour la mairie et de se faire un peu d’argent. Si je reviens demain, ça fera 50 euros. » Quatre sacs de canettes et autres détritus ont déjà été ramassés, et donnent un autre regard sur les incivilités.

« On n’y fait pas forcément attention en passant, et là on se rend compte qu’il y a du boulot. »

Lui aussi aimerait plus de facilités pour travailler. Certains de ses camarades mineurs sont arrivés à se faire embaucher au parking du lac de Saint-Jean-Pla-de-Corts, mais globalement cela reste un parcours du combattant. L’exemple de Reynès et des quelques collectivités qui pratiquent « argent de poche » fera peut-être boule de neige.

*ATSEM : Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles

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