“Le deuil n’est pas un sommet à atteindre, c’est une traversée” – Le tabou de la perte d’un enfant mis en lumière

Plus d’une centaine de personnes ont répondu présent à l’appel de la caisse d’allocations familiales pour la projection du film “Et je choisis de vivre”. Le réseau d’accompagnement des familles, Parents 66, a tenu à mettre en place la seule projection dans les Pyrénées-Orientales du film qui aborde le deuil avec justesse et tendresse. Un film qui retrace le cheminement d’Amande qui peine à se reconstruire après la perte de son petit Gaspar avant son premier anniversaire. Elle entreprend alors un parcours initiatique dans la Drôme, accompagnée de son ami réalisateur, Nans Thomassey. Aussi connu pour “Nus et Culottés” sur France 5.

♦ Une situation “sans nom”

Au XVIII siècle, près d’un nouveau-né sur trois mourrait avant d’avoir atteint son 1er anniversaire. En 2015, on dénombre 3,5 décès pour 1.000 naissances. 3,5 décès de trop, 3,5 décès qui engendrent chaos et séisme dans une famille. Un événement tellement innommable qu’il n’a d’ailleurs pas de nom dans la langue française. Martine, et Catherine, les prénoms ont été modifiés, ont choisi. Elles seront à tout jamais des Mamanges, des mamans d’un ange. Car oui, pour elles comme pour les papas, ces petits bouts sont devenus des anges à tout jamais.

Au-delà du décès d’un enfant à naître ou nouveau-né, la perte d’un enfant, quel que soit son âge, est quelque chose de difficilement concevable. Chacun anticipe sa réaction à la perte d’un parent. Mais comment imaginer, qu’en tant que parent, on puisse subir la perte d’un enfant, un si petit être né pour nous survivre. “Et je choisis de vivre” est une parenthèse, une parenthèse dans la vie d’une “mamange” qui a décidé de vivre malgré la perte de son enfant. Et pour cela, elle choisit d’aller à la rencontre de ceux qui, comme elle, ont vécu l’indicible. Et qui malgré tout, vivent, rient, et même font des enfants.

♦ Le silence autour du deuil aggrave la douleur

Dans la diversité des témoignages qui ont suivi la projection, une constante apparaît … le silence. Le silence embarrassé des proches qui ne savent pas comment réagir, le silence lié à l’absence des pleurs d’un enfant. Le silence du quotidien qui reprend le dessus et qui pousse à l’oubli. Une seconde mort pour Martine qui se remémore, le retour à la maison sans son petit, décédé in-utéro. “Ce moment où mon mari partait travailler et où mon ainée rejoignait l’école… Cette maison vide sans les pleurs d’un enfant, un moment très difficile à surmonter. Et puis j’ai décidé de survivre pour arrêter de souffrir”

Parmi les témoignages, nombreux sont ceux qui évoquent le tabou, les regards gênés, la maladresse des proches, des moins proches. Mais aussi l’absence de soutien pour accomplir les premiers actes après le décès. L’absence de lien, de référent, d’une personne à qui parler, et qui pourrait simplement offrir une oreille attentive.

♦ Créer du lien pour briser la solitude

Alors que de nombreuses associations existent, des procédures, des accompagnants. Malgré cela, les témoignages expriment tous la solitude ressentie. D’où les initiatives dont celle d’Amande et de son film, de Lydia et de son association NéoNins, ou encore des Hirondelles, en cours de constitution qui ont vocation à aider, soutenir, créer le lien.

Également en projet, un recueil des numéros utiles, des référents, des associations, des personnes à contacter ou des démarches à accomplir.

 Paroles d’Amande : “L’expression faire son deuil n’a aucun sens, car elle suppose qu’on devrait le terminer un jour. Mais toutes ces rencontres m’ont enseigné une chose, le deuil n’est pas un sommet à atteindre, c’est une traversée. Et dans ce voyage au cœur de la vie, chaque pas, même petit est à célébrer. Ce rituel n’est pas une fin, il marque le long chemin d’apprivoisement avec l’absence de Gaspar, pour, je le souhaite, installer sa présence en moi à tout jamais ».

♦ “Et je choisis de vivre” pour que le deuil ne soit plus un tabou 

À la rencontre de ceux qui ont survécu. Amande, marche pour gravir le pic des 3 becs, une ascension ponctuée par l’échange avec Armelle, Laurence, ou Meena.

“Je me sentais comme une naufragée qui a besoin d’une bouée pour reprendre son souffle. Je voulais rencontrer des personnes qui allaient bien. J’avais besoin de croire que la douleur allait s’estomper, que la vie retrouverait sa saveur. Lorsque nous avons commencé l’écriture du film, Nans m’a proposé de partir en stop et d’aller rencontrer au hasard des personnes ayant connu le deuil. Je n’en ai pas eu envie. J’avais peur de l’intensité de la peine des autres. Nous avons alors contacté nos réseaux pour trouver des personnes qui avaient traversé le deuil et en étaient ressorties grandies. Nous leur avons demandé de venir à notre rencontre, car j’avais vraiment envie que ce film soit une marche.”

♦ Des rencontres saisissantes

Armelle, suite au décès de son fils en avril 2001, et face à la surprise et l’intensité de l’événement et du vide rencontré, une brèche s’ouvre en elle. S’ensuit alors un grand bouleversement, une toute nouvelle direction et 15 années de profond cheminement intérieur pour reconnaître celle qu’elle est aujourd’hui, et celle qu’elle a toujours été. Elle est née comme ça, elle l’était petite fille, puis elle l’a oublié… Son fils lui a rappelé !

La famille Clermont a perdu le plus petit de la fratrie, Gaspard, atteint de la maladie neurodégénérative de Sandhoff, maladie lysosomiale incurable. Ils ont dû apprendre à s’endeuiller jour après jour. Tant les parents que les enfants ont désir de témoigner et d’aider le plus grand nombre. On ne peut qu’être touché et amusé par cette jolie fratrie qui parle de la mort et de la vie.

À l’âge de 30 ans, la vie de Meena bascule suite à un drame passionnel où elle perdra ses enfants et leur père dans l’incendie de leur maison. Des années plus tard, elle partage son long parcours initiatique et développe des outils de résilience et de prise de conscience de la responsabilité de l’humanité à créer son malheur et son bonheur. Meena nous livre une grande leçon sur le pardon et la résilience.

♦ Où voir “Et j’ai choisis de vivre” ?

Le film sorti depuis le 5 juin n’est projeté que dans peu de cinémas. Il est néanmoins possible d’organiser une projection. Pour cela, la production a prévu un formulaire en ligne (cliquer sur le lien).

Au-delà des projections cinéma, le film en partenariat avec France 5 devrait bénéficier d’un passage sur cette même chaine.

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