CPAM Perpignan renoncement aux soins PFIDASS

Le renoncement aux soins est-il une fatalité ? Quand se soigner devient trop cher, trop compliqué dans les Pyrénées-Orientales

LECTURE

Selon une enquête menée en 2015, 36% des Catalans ont renoncé à au moins un soin pour des raisons financières. L’organisation et la répartition de l’offre de soins sont aussi invoquées par ceux qui ont abdiqué face à la maladie. Le renoncement aux soins serait-il un paradoxe en France ? Celui d’un pays qui revendique un des plus hauts niveaux de couverture médiale au monde. Depuis 2018, afin de pallier ce phénomène, les caisses d’assurance maladie ont généralisé les Plates-Formes d’Interventions Départementales pour l’Accès aux Soins et à la Santé. Rencontre avec la PFIDASS des Pyrénées-Orientales.

♦ La PFIDASS, 2.372 personnes accompagnées dans les Pyrénées-Orientales

Depuis janvier 2019, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie des Pyrénées-Orientales (CPAM) a permis à 800 personnes d’accéder aux soins grâce à l’accompagnement des 4 agents qui composent la PFIDASS 66. Depuis mai 2016, et le déploiement du dispositif dans les Pyrénées-Orientales, 2.372 assurés ont été accompagnés pour 2.874 renoncements aux soins.

Sans surprise, ce sont les soins les moins bien pris en charge qui sont abandonné par les Catalans. Plus d’un tiers des renoncements concernent des prothèses dentaires ou des actes de chirurgie dentaire. Les lunettes (6%) ou l’appareillage auditif (2%) sont aussi source de renoncement. 17% des soins déclarés renoncés sont liés aux spécialistes, ophtalmologistes, psychologues, dermatologues…. Dans ce cas, c’est plus les délais ou la difficulté de prise rendez-vous qui sont invoqués.

8% des usagers indiquent avoir déjà renoncé à une consultation chez le généraliste. La cause ? Dans ce cas précis, peut être l’absence pure et simple de médecin traitant, compte tenu de la raréfaction des médecins traitant dans le maillage territorial. Lire ou relire notre article sur le maillage de la médecine de ville dans le département.

♦ Quelles personnes renoncent aux soins dans les Pyrénées-Orientales selon la PFIDASS ?

Au lancement du dispositif, les départements pilotes choisissaient de cibler les publics ou des secteurs géographiques spécifiques. De son côté, la CPAM 66 a choisi de mener l’action sur tous les publics et tous les secteurs géographiques. Aujourd’hui, l’analyse des assurés accompagnés par la PFIDASS montre, entre autres, que 40% des personnes accompagnées n’ont pas de mutuelle.

Dernièrement, la CPAM66 a réuni un groupe de personnes accompagnées pour un échange. Ensemble, ils ont abordé les causes de leur renoncement aux soins, mais aussi l’accompagnement prodigué par la PFIDASS. Et l’inattendu est venu des mots les plus utilisés : “Respect”, “Dignité”, “Écoute”, “Humain”. Quand les difficultés financières furent certes évoquées, mais bien après ces mots chargés de sens et de pudeur.

Ce panel représentatif des personnes ayant renoncé aux soins était composé de :

  • 10 femmes pour 7 hommes,
  • 3 personnes de moins de 40 ans, 10 entre 40 et 60 ans, et 4 personnes de plus 60 ans,
  • 5 personnes vivent seules, 2 en couple. 7 sont seules avec des enfants et 3 sont en couple avec des enfants,
  • Seules 4 personnes sur les 17 du groupe sont sans emploi. 6 personnes sont salariées, 1 autoentrepreneur, 3 retraités, 3 sont en accident du travail ou en invalidité.

♦ Renoncer aux soins pour des raisons financières, mais pas que …

Malgré un système de santé performant qui prend en charge 77,4 % des dépenses de santé, 13,8 % de la facture sont assurés par les complémentaires. Mais 8,8 % des frais de soins restent à la charge du patient. Une somme parfois trop importante pour certains.

Une enquête réalisée en septembre 2018 par un acteur du crédit en France montre que “près d’1 Français sur 5 (18%) a eu des difficultés pour payer ses frais de santé au cours des 12 derniers mois. […] Les Français déclarent renoncer aux soins pour des raisons essentiellement financières (davantage que pour des raisons pratiques ou territoriales)”.

Mais le volet financier n’est pas la seule raison du renoncement. Une deuxième enquête réalisée par l’Odenore* met en lumière “qu’une partie des assurés est en attente d’explications voire d’orientation dans un système de protection maladie et de soins perçu comme complexe”.

♦ Comment détecter le renoncement aux soins ?

Aujourd’hui, l’enjeu est la détection de ces publics éloignés des soins et fragilisés par l’absence d’accompagnement. Malgré une sensibilisation des acteurs de la santé, le grand public reste encore mal informé. Il s’agit de faire face à une problématique de santé publique et de prévention. Que les soins ne soient plus la variable d’ajustement dans le budget. Que ces soins repoussés ne dégénèrent pas en pathologie plus lourde pour le patient. Mais aussi pour la collectivité…

Aujourd’hui, la détection se fait essentiellement via les professionnels de santé, la CPAM, les auxiliaires de santé, les dentistes ou les médecins. L’objectif est de faire connaître l’existence de cet accompagnement auprès de tous. Pour que le renoncement aux soins ne soit pas tabou. Pour que s’ouvre un dialogue avec son voisin, son collègue de travail ou ses proches.

Ce dispositif induit aussi une nouvelle approche pour l’Assurance Maladie. Approche qui va, de fait, au-delà de la délivrance des droits ou des prestations dans une logique de « guichet ». Peu à peu, les agents sont formés à détecter, lors de leurs échanges avec les assurés, leurs éventuelles difficultés de santé.

Ce fut le cas récemment, de cet agent de Perpignan chargé du traitement des feuilles maladies. Dans un flux de 500 à 600 documents quotidiens, un post-it collé sur l’une de ces feuilles de soins. “Je vis sous le seuil de pauvreté”. Un élément qui a immédiatement déclenché une information au service de la PFIDASS qui s’est chargé de rentrer en contact avec la personne.

♦ Le renoncement aux soins et l’autonomie

La tendance est à plus d’autonomie du public, à un “do it yourself**”. De nos jours, nombre d’opérations peuvent être réalisées sans aucun accompagnement, et notamment en ligne via le site Ameli.fr. Cette modernisation des services est allée de pair avec une baisse des moyens humains au contact du public. Si cela a été positif pour la grande majorité des assurés, a contrario, certains ont été de fait éloignés de l’assurance maladie. Des usagers incapables de se débrouiller avec un service vocal, ou dans l’impossibilité de naviguer avec aisance sur un site internet.

Autre difficulté que reconnaît l’Assurance Maladie, une trop grande tendance à adresser des courriers types, emprunts de formalismes, mais difficilement compréhensibles par l’assuré.

La Directrice CPAM de Cergy Pontoise confiait : « avec une production qui s’industrialise et donc qui consomme moins de moyens, il faut qu’on reconvertisse une partie des moyens vers l’accompagnement ». Des propos confirmés par le Directeur CPAM de Marseille : « En rendant autonomes certains usagers, on dégage du temps pour accompagner ceux qui ne peuvent pas l’être ».

♦ Comment fonctionne la PFIDASS ?

Concrètement, lorsqu’une difficulté d’accès aux soins est repérée, la réponse de l’Assurance Maladie se fait au cas par cas avec une personnalisation des interlocuteurs. La personne accompagnée a un accès direct par téléphone à son interlocuteur.

Dans un premier temps, l’un de ces 4 agents de la PFIDASS de Perpignan fait un bilan exhaustif des droits aux prestations de l’assuré. Si besoin, il accompagne ce dernier dans l’ouverture ou la réactivation de ses droits. Ensuite, l’agent met en place une orientation dans le système de soins. Par exemple, pour trouver un gynécologue ou un lieu pour effectuer un bilan de santé. N’hésitant pas à faire appel à son réseau de partenaires pour décrocher un rendez-vous. Mais aussi, si nécessaire un soutien financier.

“Nous organisons ensuite un suivi jusqu’à la réalisation des soins. L’objectif est de remettre l’assuré sur les rails et non de faire de l’accompagnement social de long terme”.

À la date de cet article, sur 893 dossiers ouverts dans les Pyrénées-Orientales depuis janvier 2019, plus de la moitié a été clotûrée. 400 sont en attente de la réalisation des soins.

* Odenore : Observatoire des non-recours aux droits et aux services
** Do it yourself : fais le toi-même

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