Article mis à jour le 16 juillet 2026 à 08:38
En 2026, l’association Médiance 66 fête ses 20 ans dans les Pyrénées-Orientales. Connue pour la médiation sur la précarité énergétique, elle traite bien d’autres problématiques sociales. L’occasion pour les équipes de porter un regard sur l’évolution d’une pauvreté toujours plus inextricable. En deux décennies, de nouveaux publics apparaissent, et les situations se complexifient.
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L’association est née en 2006 du groupe EDF, qui cherchait à mettre en place un intermédiaire auprès de personnes en difficulté vis à vis de l’énergie ou du logement. « Plus les gens travaillaient sur les problématiques liées à l’habitat, plus on s’est aperçu qu’il y avait quelque chose de plus gros » se souvient le président Joan Miro. Dès la première année, l’association élargit les questions sociales et vient à s’occuper de santé, de retraite ou encore de surendettement. « On allait dans un logement mal isolé avec une difficulté de paiement de facture, et on découvrait une autre problématique sociale. »
Des courriers administratifs comme une langue étrangère
Les 17 médiateurs multiplient les permanences comme les rendez-vous à domicile. L’idée est d’orienter et permettre à des personnes en difficulté, cumulant des impayés, de renouer avec un administratif parfois déshumanisant. « On va créer un dialogue plus facilement, explique Christelle Dupouy, directrice de Médiance 66. Il y a des personnes qui ne veulent pas aller voir les services sociaux, par honte, peur d’être jugé ou suite à une mauvaise expérience. Nous sommes un tiers neutre. » Au delà des barrières numériques, il existe aussi la barrière de l’institutionnel, semblable à une autre langue.
« On ne connaît pas tous le langage institutionnel quand on est dans un imbroglio administratif. Notre rôle, c’est de traduire. On lit le courrier à deux, on le comprend ensemble. Il y a un manque d’humain dans les relations. »
Montage de dossiers, accès aux droits… l’association mène un travail de fourmi auprès d’un public qui frôle parfois la catastrophe. Les premières années, le quotidien de l’association concerne beaucoup la pauvreté extrême dans les quartiers populaires, les familles monoparentales, une sorte de gamme classique du social. Mais peu à peu la géographie s’est étendue. « Quand on a commencé, on était surtout sur les quartiers prioritaires de la ville. Aujourd’hui des gens de tous les quartiers viennent nous voir. Des personnes qui ne sont pas à l’écart, mais intégrées. »
Depuis quelques années, les retraités et les étudiants surgissent parmi les bénéficiaires. « C’est un public qui pouvait être à 20 euros près à la fin du mois, mais ça passait. Ils ont tenu bon pendant des années. Aujourd’hui, avec l’inflation, ça ne passe plus. »
La flambée des auto-entrepreneurs désemparés
Plus étonnant encore, ce récent public de salariés précaires qui malgré un salaire, cumule les dettes. Sans compter des auto-entrepreneurs en grande difficulté. Parmi eux, outre des livreurs à vélo, des mandataires immobiliers à qui l’on a parfois vendu du rêve. Parmi les salariés pauvres, de plus en plus vivent dans leur voiture.

Christelle Dupouy évoque des situations qui se complexifient. « Les médiateurs qui sont là depuis le début se souviennent avoir reçu des personnes pour une ou deux problématiques seulement. C’est terminé. » La directrice donne l’exemple de ces requérants qui viennent pour une aide à remplir ses impôts, incapables d’utiliser l’outil informatique. Mais rapidement apparaissent les conséquences d’une série de déclarations manquées. Rupture de certains droits, qui ont impacté les factures d’énergie, provoqué des dettes.
« On reprend tout depuis le départ et là on se rend compte que la personne n’a plus d’adresse valide pour créer ses droits. On recrée tout, mais le code d’authentification arrive sur le portable de la petite fille qui habite à 500 km, et le temps qu’elle le transfère il n’est plus valide… »
Parfois des bénéficiaires reviennent cinq fois pour un même document. Des systèmes d’authentification sécurisés comme France Connect empêchent de confier son administratif à des proches, comme on le pratiquait encore il y a une décennie. « Le gentil voisin qui accompagne la mamie du quartier, c’est terminé. »
Une pelote de difficultés à démêler
Depuis la pandémie, les problématiques de santé mentale et d’addiction sont en hausse et viennent s’ajouter aux difficultés. « Nous avons de plus en plus de personnes qui ne sortent plus de chez eux, en fragilité totale ». Des équipes « Réseau de Confiance » de Médiance 66 travaillent sur la détection de l’isolement social. « Certains seniors ne demandent pas d’aide, ne font pas de bruit, mais sont en mort sociale. Nous sommes la seule association d’Occitanie avec le label Réseau de Confiance. » L’ouverture de droits d’accès à la santé compte parmi les principales demandes.
Ce qui est un aléa pour la plupart devient un drame pour des personnes sur la brèche, qui se retrouvent du jour au lendemain avec le filet d’eau légal minimum au robinet et juste assez d’électricité pour allumer quelques ampoules. Comme il n’y a plus de coupure totale, certains s’en contentent parfois longtemps avant d’être détectés, et continuent d’accumuler des dettes, les crédits à la consommation, les chèques différés pour faire les courses.
Généraliser les visites à domicile pour ne plus oublier les invisibles
Souvent l’association découvre des frais oubliés, comme des mutuelles en doublon, des assurances mensuelles dispensables pour une machine à laver etc. « Après une coupure de droits, le temps de faire les démarches, on peut être sans ressources, rappelle Joan Miro. Si c’est un retraité, il n’existe pas de droit au chômage avant le versement de la retraite. »
Pour maintenir son budget d’environ 700 000 euros et accompagner près de 4000 personnes par an, ou encore maintenir des actions de sensibilisation autour de la sobriété, Médiance 66 doit sans cesse chercher des collectivités et partenaires financeurs. « Il faut courir pour rester sur place. Nous devons beaucoup nous adapter. Nous allons généraliser le porte à porte, nous travaillons avec les bailleurs sociaux… » A l’horizon, un nombre de seniors en croissance et des difficultés croissantes pour l’emploi et le logement. « Aujourd’hui, il y a 20 000 demandes de logement social en attente. » En octobre prochain, pour fêter les 20 ans, Médiance 66 organisera tables rondes et interventions pour croiser les regards sur le vieillissement, le logement ou l’adaptation au climat.
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