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Mixité dans le surf : Nadia Ghali défend une pratique joyeuse et collective

Mixité dans le surf : Nadia Ghali défend une pratique joyeuse et collective

Article mis à jour le 13 novembre 2023 à 16:19

Le surf, ce n’est pas qu’à l’océan ! En Méditerranée, les adeptes de glisse sont nombreux à sortir leur planche dès que la houle se lève. Avec une présence de plus en plus féminine à l’eau… même si la parité est loin d’être atteinte.

En France, la fédération de surf compte près de 15.000 licenciés, dont 36% de femmes. L’ABSC, Association des Bodysurfeurs et Surfeurs Canétois, fait office d’exception, puisque plus de la moitié de ses quelque 200 adhérents sont des femmes. Et parmi elle, Nadia Ghali, surfeuse en Méditerranée depuis dix ans et vice-présidente de la Fédération française de surf, en charge des commissions mixité et violences et discriminations. Elle œuvre chaque jour pour que les femmes osent se lancer dans les vagues, et prennent leur place au pic (là où les vagues déferlent – ndlr). Photos © ABSC.

Quelles sont les missions de la commission mixité au sein de la Fédération française de surf ?

Déjà ça part d’obligations ministérielles, avec des obligations de parité dans les instances nationales à horizon 2024 et dans les instances régionales d’ici 2028. Donc il faut prendre le sujet en main pour donner de la visibilité aux femmes, le sport a été créé par les hommes pour les hommes. La mixité est un aboutissement, et ça passe par des actions 100% féminines ou de féminisation. Le but est qu’on soit ensemble avec les hommes, en complémentarité des compétences.

Quelles sont les problématiques d’inégalités de genre propre au milieu du surf ?

C’est souvent la peur de l’engagement dans un milieu qui reste individualiste et masculin, avec une image de performance assez forte. Un exemple concret : les mamans qui regardent leurs enfants depuis la plage pendant le cours de surf. Je leur dis « venez à l’eau ! » Elles me disent souvent « non c’est pas pour moi… » j’insiste toujours en leur disant qu’elles vont prendre du plaisir… et finalement elles y trouvent un instant de lâcher-prise.

Ça va être aussi difficile parfois pour les filles d’aller prendre l’ascendant à l’eau face à un homme, d’aller prendre la priorité pour aussi pratiquer à leur niveau… À l’eau, c’est souvent le plus fort qui prend sa vague, on va avoir du mal à s’imposer.

Quel est votre angle d’approche pour encourager les femmes à se jeter à l’eau ?

L’angle qu’on a choisi à la fédération c’est : remettre du collectif dans une pratique plutôt individuelle, et donner l’accès aux pratiquantes et aux femmes qui désirent s’engager dans les instances, dans les clubs. On est dans un élan d’accompagnement, dire « oui vous pouvez le faire, vous pouvez aller à l’eau sans forcément vouloir performer. »

Ça va être aussi de créer, pour les filles, un environnement propice à la pratique. Je reviens aux mamans sur la plage qui regardent leurs enfants. J’en ai les frissons rien que d’en parler… mais je leur dis souvent « oublie ton mec, oublie ton gosse, prends une planche, je te montre le minimum, lâche ton cerveau et tu vas te lever »… Et bien chaque fois, quand elles arrivent à prendre une vague et qu’elles se lèvent, elles me pleurent dans les bras. Le surf peut aussi être une thérapie, un exutoire. Une pratique qui permet à celles qui ont une grosse charge mentale d’avoir un moment pour elle. Mais pour se lancer, il y a besoin de créer ce cocon propice à cet engagement.

Et puis ça donne de la visibilité. J’aime beaucoup l’adage de la présidente de la fédération de hockey « You can be what you can see » (Vous pouvez être ce que vous pouvez voir). Si tu ne vois pas des femmes dans les instances de gouvernance, si tu ne vois pas des mamans à l’eau…tu n’as pas de modèle. C’est tout un élan qu’on met en place, on plante des graines pour qu’à tous les niveaux les femmes prennent leur place et que cet équilibre se fasse naturellement.

Quelles sont les actions concrètes que vous mettez en place?

D’abord on a fait des appels à candidature pour avoir des référentes bénévoles en région, pour avoir un ancrage local. On a créé glisse collective, une campagne de communication a été lancée notamment autour de la journée du 8 mars. Ce que je voulais aussi ce sont des actions sur le terrain, de parrainage. En avril on a organisé la journée « viens surfer avec une copine », qu’on va refaire en septembre, avec des partenaires et une rétribution au club pour toute nouvelle licenciée. On organise des stages, des échanges entre club…

Ça passe aussi par des temps 100 % entre femmes. C’est parfois mal compris par certains hommes, mais il faut ces moments d’échanges privilégiés au départ pour la prise de confiance et qu’on puisse s’émanciper de notre syndrome de l’imposteur. Ce sont des temps durant lesquels on n’est pas jugées, on est en sécurité et on se rend compte qu’on vit toutes les mêmes choses. Ces événements 100% féminins sont souvent pris en main de façon autonome de la commission.

Après on ne voulait pas entrer frontalement dans le sujet de la féminisation et risquer de braquer les opinions. On a préféré parler de plaisir, sortir du tout performance, replacer la convivialité au centre de la pratique.

Autant de valeurs dont les hommes pourraient aussi bénéficier…

Mais oui tout à fait ! Il y en a qui adhèrent à fond. Il ne faut pas chercher à convaincre les gens qui ne sont pas d’accord avec toi, mais à emmener les indécis. Ceux qui seront réceptifs suivront, c’est à voir sur du long terme. Pour moi, c’est une transformation globale de la société à laquelle on assiste, ça ne concerne pas que le sport.

Il y a aussi certaines traditions ou défis qui font que certains vont avoir une pratique très individualiste du surf, consumériste même, un peu à l’image de notre société. Je pense qu’il faut remettre du collectif là-dedans. Ça passe par les associations. Un élu au handball disait qu’on s’était trop concentré sur les performances compétitives, au détriment de la « performance sociale » de ces activités. Il faut repenser toute une vision du sport et de la vie associative au regard de l’évolution de la société.

Qu’en est-il des remarques sexistes et des violences et discriminations dont les surfeuses peuvent être victimes ?

On a tout un processus de signalement. Si un fait de ce genre ce produit, la surfeuse peut appeler ou envoyer un mail à la commission violences et discrimination. Selon la gravité des faits, on la guide vers des associations de référence, et on lui transmet les informations nécessaires. Elle peut aussi faire un signalement à Signal Sport. Ensuite la commission soumet éventuellement le signalement au bureau exécutif qui décidera ou pas de lancer une procédure disciplinaire. On a aussi des obligations de formation sur le sujet sur comment réagir, comment traiter et comment prévenir aussi. On encourage la libération de la parole, on ne veut plus rien laisser passer, ce sont des engagements prioritaires.

Après on a une multiplicité de sujets auxquels il faut encore qu’on s’attelle, ça va du racisme à la grossophobie, en passant par le handicap… Ça passera aussi beaucoup par de la communication, par remettre en avant des sujets qui sont tus, avec un engagement collectif de ne pas laisser passer quand on entend ou voit quelque chose de problématique.

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Alice Fabre