Article mis à jour le 1 septembre 2026 à 07:54
Le festival Visa pour l’image s’est ouvert ce lundi 31 août sur l’annonce de la mort de son cofondateur Jean-François Leroy, à l’âge de 69 ans. Alors qu’il souffrait d’un cancer depuis plus d’un an, il avait été absent des derniers rendez-vous du festival. Le grand évènement perpignanais du photojournalisme, qui s’ouvre donc pour la première fois sans son fondateur, a rendu hommage à « un grand défenseur du réel ».
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Un doigt d’honneur sur écran géant. C’est le dernier geste qu’offrira Jean-François Leroy au public du festival Visa pour l’image qu’il a cofondé. Un dernier signe de provocation face aux centaines de spectateurs venus assister à la première projection de la 38ᵉ édition, au Campo Santo, quelques heures après l’annonce de sa mort. C’est Delphine Lelu, codirectrice du festival à ses côtés, qui a inauguré la dernière édition qu’il laisse derrière lui. « Les projections que vous allez voir ce soir ont toutes été validées par ses soins. »
« Toute l’équipe de Visa Pour l’Image, est submergée par l’émotion et se sent orpheline. Mais sachez que nous sommes prêts et soudés pour continuer à faire vivre ce festival dans le respect des valeurs qu’il a toujours défendues. »
Hommage présidentiel
« Passeur d’images », « une grande perte pour la profession », « un monde du journalisme orphelin », sur les réseaux sociaux, les condoléances et hommages pleuvent. De son côté, l’Élysée a publié un communiqué pour exprimer ses condoléances et rendre hommage à un « grand défenseur du réel ». Selon le chef de l’Etat, Jean-François Leroy a construit une « maison » avec Visa Pour l’Image.
« À Perpignan, des générations de photographes trouvèrent un éditeur, une commande, une reconnaissance et, souvent, un défenseur. »
Un hommage dont s’amuse Delphine Lelu. « Il aurait dit qu’il s’en moquait, mais il s’en serait vanté toutes les deux minutes ».
Une vie d’engagement pour les droits des reporters
Né le 3 octobre 1956, Jean-François Leroy a été lui-même reporter après un début d’études de médecine, avant d’être rédacteur en chef de Photo Magazine. Il a toujours défendu le travail des photojournalistes, alors que le métier s’est heurté aux crises successives des supports comme des technologies, notamment avec l’arrivée du numérique puis du smartphone, avant de voir les premières années de l’intelligence artificielle.
Il plaidait entre autres pour une rémunération digne des photoreporters, souvent contraints de se tourner vers les bourses et mécènes pour survivre. Jean-François Leroy crée Visa pour l’Image en 1989 avec le patron de Paris Match Roger Thérond. Il en est ensuite resté le directeur. Au fil des années, le festival devient à la fois un carrefour de rencontres et une fenêtre vers des actualités du monde peu traitées par les médias grand public.
L’exigence de l’image, l’honnêteté du photographe
« Perpignan lui doit beaucoup », a réagi Hermeline Malherbe, présidente du conseil départemental. « Je garderai de Jean-François Leroy le souvenir d’un homme de caractère, exigeant, généreux dans ses convictions, parfois direct et toujours animé par une même passion : faire vivre le photojournalisme et rappeler la force d’une image lorsqu’elle témoigne du réel. »
Sa défense des photojournalistes n’empêchait pas Jean-François Leroy d’être exigeant et intransigeant sur ses sélections. « Le monde se divise en deux groupes, les bons et les mauvais photographes », avait-il déclaré. Il se révoltait aussi contre la désinformation sur les réseaux sociaux ou « les conneries de la téléréalité ». Sans oublier la passivité des uns et des autres face à l’état du monde. L’honnêteté du photojournaliste était l’un de ses premiers critères pour le choix des reportages.
Le maire de Perpignan, Louis Aliot, a salué son engagement pour la photo dans un communiqué. « Jean-François Leroy a fait de Perpignan la capitale mondiale du photoreportage. Il a offert à la ville un rayonnement culturel et international incomparable, révélant au grand public le travail de générations de photojournalistes venus témoigner des grands événements et des grandes causes de notre époque. » L’élu RN y salue un « grand défenseur de la liberté de la presse. » Il avait toutefois concédé des « divergences » avec le fondateur du festival lors d’une conférence de presse en mai dernier. Jean-François Leroy affichait en effet son aversion pour l’extrême droite.
« Place au journalisme, place au réel »
Ouragan Melissa en Jamaïque, manifestation de la Gen Z, conséquences de l’industrie du charbon… Les expositions qui ont suivi l’hommage à Jean-François Leroy sont restées à l’image de son engagement. « Place à la photo, place à l’actualité, place au journalisme, place au réel », clame Delphine Lelu au public.
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