Article mis à jour le 9 janvier 2026 à 08:27
C’est une tradition des campagnes électorales pour gagner en notoriété. Depuis plusieurs semaines déjà, des escadrons de colleurs, armés de leurs seaux et de leurs brosses, s’efforcent d’afficher leurs candidats à Perpignan, quitte à en masquer d’autres. Entre coups bas, codes éthiques tacites et soupçons sur le manque de panneaux, plongée dans une bataille de papier.
Sur les réseaux sociaux, il y a les arguments de fond, et… les mesquineries. Les Perpignanistes, mouvement d’Agnès Langevine et Annabelle Brunet affrontent Changez d’air, la liste LFI et Ecologistes de Mickaël Idrac. Les colleurs de cette dernière reprochent aux Perpignanistes de les invisibiliser en barrant leurs affiches, quitte à coller en travers, voire d’arracher en laissant des déchets au sol. Fake News ! s’insurge-t-on côté Langevine, assurant qu’on veut les discréditer.
Charlelie Causse, militant écologiste sur la liste de Mickaël Idrac, nous précise le fonctionnement dans son mouvement. « Ce sont des militants et des colistiers qui collent les affichent. Chacun s’organise avec son propre matériel. » A savoir un seau d’eau, une brosse et de la colle à papier peint.
Tempête dans un seau de colle
L’affichage militant n’est autorisé que sur les 35 panneaux d’expression libre disséminés à travers la ville. Pas de condition sur le format ou le recouvrement des uns par les autres. À chacun sa déontologie. « On veut que notre candidat soit identifié, avec les logos des partis » explique Charlelie Causse.
« D’autres vont faire plus de marketing. Ils vont par exemple faire de petites affiches pour barrer les nôtres… Il y a parfois des militants très motivés qui font ça la nuit. Depuis une dizaine de jours ça n’arrête pas, j’ai rarement vu ça. On colle le soir et le lendemain c’est déjà recouvert. Va-t-on devoir faire ça pendant deux mois ? Ça n’a ni queue ni tête. Maintenant nous aussi on colle au milieu. »
Le militant assure avoir obtenu de Mathias Blanc, à la tête de la liste Perpignan Autrement, un accord pour un minimum d’éthique. Avec assez de place pour quatre affiches sur chaque panneau, il s’agit d’éviter les recouvrements inutiles. Mais fin de non recevoir côté Perpignanistes. Contactée, Agnès Langevine évoque les panneaux comme « un élément important de la campagne » mais ajoute « je ne vais pas m’exprimer sur la stratégie. »
Chez Perpignan Autrement, le militant Xavier Florimond s’amuse de ces conflits et évoque des collages plutôt conviviaux et festifs. Il s’agit là aussi de faire connaître Mathias Blanc. « Il faut que les gens commencent à connaître son visage et son nom. On avait aussi fait une affiche pour Noël, un peu décalée. Si des affiches trainent par terre, on les ramasse et on les jette. On fait aussi attention à la colle, parce que c’est glissant. Et on ne recouvre que le RN. »
Les colleurs se réunissent en journée avant de faire la tournée des panneaux plusieurs fois par semaine. Certains le font à vélo. Xavier regrette que les services d’entretien aient décapé les panneaux de libre expression la veille de la parade de Noël, alors que selon lui l’épaisseur ne le justifiait pas. Les panneaux de grand passage, sur les boulevards notamment, ou au Polygone Nord, sont parmi les plus prisés.
Des panneaux qui partent un jour… sans retour
Laurence Jamin, militante sur la liste de Bruno Nougayrède, insiste aussi sur les codes éthiques. « On ne colle jamais en plein milieu d’un panneau, ce qui gâcherait tout le monde. » Certaines guerres de collage sont allées encore plus loin à l’occasion de précédentes campagnes. Pour Laurence Jamin, des militants auraient utilisé des colles spéciales qui empêchent d’afficher par-dessus. Pire, il revient cette rumeur de verre pilé mélangé à la colle pour blesser les suivants.
« Le problème c’est qu’à Perpignan il y a de moins en moins de panneaux d’expression libre » remarque Xavier Florimond. « Il y en avait deux qui étaient bien, derrière l’université, car les étudiants les voyaient. »
Laurence Jamin, fait le même constat. « Il y a un certain nombre d’endroits où des travaux ont été faits et les panneaux n’ont pas été remplacés » assure-t-elle. Les deux mouvements citent des panneaux côté avenue Brutus ou encore avenue Dalbiez qui auraient ainsi mystérieusement disparu, et un espace d’expression qui se réduit. Laurence Jamin déplore à son tour des coups de karcher sur les panneaux. « C’est normal d’enlever une épaisseur de temps en temps, mais quand c’est systématiquement après que vous ayez collé, c’est intéressant du point de vue de l’expression démocratique. »
Contactés, les services de la ville précisent les modalités concernant ces 35 panneaux mis à disposition sur le territoire communal. « Ces panneaux de libre expression relèvent du contrat de mobilier publicitaire conclu entre la ville et la société JCDecaux. Si certains panneaux sont actuellement manquants, cela s’explique par le fait qu’ils n’ont pas encore été reposés par JCDecaux à la suite de déposes effectuées pour des travaux. » La ville assure qu’une vérification des emplacements est en cours.
En attendant, alors que les stratégies de campagne s’intensifient et que les cinq listes pressenties s’efforcent de gagner en visibilité, les panneaux d’expression libre devraient continuer à être pris d’assaut.
Quelles règles pour les panneaux d’expression libre ?
Selon le code de l’environnement, les communes n’ont pas un nombre minimum de panneaux d’expression libre à installer, mais une surface totale minimale que l’on peut très bien diviser en panneaux de 4 m2 ou de 8 m2.
Pour les communes de plus de 10 000 habitants comme Perpignan, il faut une base de 12 m2 et ensuite 5 m2 par tranche de 10 000 habitants supplémentaires. L’emplacement doit être « raisonnable », de sorte que depuis tout point de l’agglomération on puisse atteindre un panneau en moins d’un kilomètre. Cette expression libre est à distinguer des panneaux électoraux officiels, bien plus normés, mis à disposition pour les candidats avant le scrutin.
- Municipales à Perpignan : querelles de colleurs sur les panneaux d’expression libre - 9 janvier 2026
- Sécurité, emploi, gestion de l’eau… les priorités du préfet des Pyrénées-Orientales pour 2026 - 6 janvier 2026
- Ils fabriquent des forêts : dans les Pyrénées-Orientales, des petites mains reboisent les friches - 6 janvier 2026
