À la rentrée, élèves, parents et enseignants du collège de Céret ont découvert que trois grands pins de la cour avaient été abattus. Une coupe qui aggrave les problèmes de chaleur dans un établissement où les températures atteignent déjà des sommets. Le Conseil départemental justifie l’opération par des raisons de sécurité et annonce des aménagements pour 2027.
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L’alerte émane des enfants. « Maman, tu sais quoi ? Un truc de fou ! ». Lorsqu’il rentre de son premier jour au collège, le fils de Lize Corbin ne lui parle pas de ses cours, mais d’autre chose. Les grands arbres de la cour ont disparu. « Il est rentré à la maison et il était vraiment indigné », raconte-t-elle. « Il m’a dit : ‘On avait trois grands arbres dans la cour qui nous donnaient de l’ombre et ils ont tous été abattus. Du coup, on n’a plus d’ombre du tout ! ». Dans cette partie de la cour, jusque-là plus calme et végétalisée, les tables de pique-nique et de ping-pong sont désormais en plein soleil. Inutilisables.

Les élèves comme leurs parents ont découvert l’abattage à la rentrée, sans information préalable. Les enseignants n’ont pas davantage été associés. Ils ont découvert la coupe le 31 août, à leur retour de vacances. Ce manque d’information et de concertation ulcère les différents acteurs avec lesquels Made in Perpignan a pu échanger.
Contactée, la direction de l’établissement n’a pas souhaité réagir et a renvoyé vers le rectorat de Montpellier. Celui-ci rappelle que les collèges relèvent du Conseil départemental. Il reconnaît toutefois que l’information sur les coupes « n’a peut-être pas été faite » auprès des familles. Le rectorat souligne aussi que la cheffe d’établissement vient de prendre ses fonctions et n’avait pas l’antériorité de ce dossier. Il dit avoir fait remonter la nécessité d’informer les parents pour « expliquer cette démarche ».
Abattus pour raisons de sécurité
De son côté, le Conseil départemental invoque des raisons de sécurité. Après les tempêtes Nils, Oriana et Pedro, la collectivité dit avoir fait réaliser « un diagnostic des végétaux dans l’ensemble » de ses collèges, qui a conduit à plusieurs abattages préventifs. À Céret, quatre arbres ont été coupés : un figuier, jugé « très mal placé » à proximité d’un bâtiment, et donc les trois pins de la cour. Ces derniers présentaient, selon le Département, des « problématiques sanitaires » et/ou avaient été fragilisés par l’enchaînement des trois tempêtes. Le collège conserve désormais 22 arbres sur les 26 recensés. Tous ne font évidemment pas la même taille et ne produisent donc pas la même surface ombragée que les grands pins disparus.
La nécessité de couper n’est pas réellement contestée par les enseignants interrogés. C’est davantage l’absence d’anticipation qui interroge, dans un établissement déjà confronté à d’importants problèmes de surchauffe.
« Pas sûr que les adultes supporteraient ça »
À la rentrée, une enseignante a relevé 34 °C dans sa salle. Une autre, 35 °C. Malgré des ventilateurs et l’ouverture de certaines fenêtres. « C’est une maltraitance », lâche cette dernière. Elle raconte avoir assuré ses cours en dégoulinant de sueur, face à des élèves eux aussi écrasés par la chaleur et incapables de se concentrer. Une collègue pose les enjeux différemment : « Je ne suis pas certaine que trente adultes supporteraient de rester plusieurs heures dans une salle non climatisée à 34 ou 35 degrés. Pourtant, c’est ce qu’on demande aux enfants. »
Les alertes ne datent pourtant pas de septembre. Une professeure dit avoir rempli dès la fin mai une fiche RSST, registre de santé et de sécurité au travail, pour signaler la chaleur dans sa salle. Elle a recommencé à la rentrée, puis le lendemain, alors que son thermomètre affichait toujours 35 °C.
Les réponses sont pour l’instant limitées. Il est recommandé aux enseignants d’ouvrir davantage les fenêtres lorsque c’est possible, de les ouvrir tôt le matin, d’utiliser des ventilateurs ou de déplacer ponctuellement certains cours vers des salles moins chaudes.
L’absence de fontaines à eau dans les bâtiments pointée par des enseignants
À la chaleur s’ajoute la difficulté de l’accès à l’eau. Hors cantine, les élèves remplissent essentiellement leurs gourdes aux lavabos des toilettes. L’eau fraîche est disponible uniquement au réfectoire entre midi et deux. L’installation de fontaines a été suggérée. Mais une enseignante évoque l’objection formulée par l’institution, justifiée par la crainte que les élèves ne « mettent de l’eau partout » et que cela crée des perturbations. « Des fontaines à eau fraîches, ce n’est pourtant pas un truc fou en France en 2026 », souffle-t-elle.
Et qui interpelle d’autant plus que, d’après une autre enseignante, l’infirmière de l’établissement est passée dans les classes pour alerter sur les risques liés à la chaleur et à la déshydratation. Une collègue rapporte qu’elle a vu beaucoup d’élèves se plaindre de maux de tête au point de redouter des malaises.
Des investissements prévus l’année prochaine
Le Département assure que les arbres coupés seront compensés. La règle retenue est de quatre nouveaux végétaux pour un arbre abattu. Soit, à Céret, au moins seize nouvelles plantations. Cela ne signifie pas seize grands arbres, tout de suite. La collectivité privilégie des sujets d’environ deux mètres, une mesure destinée à faciliter leur enracinement. Les arbres ne produiront pleinement leur effet d’ombrage qu’après plusieurs années.
Une rencontre avec la direction du collège doit avoir lieu en septembre afin de présenter les premières esquisses d’un projet plus large de revégétalisation. Le Département évoque également des îlots de fraîcheur, des haies végétales et une réflexion sur la désimperméabilisation de la cour. Le calendrier actuel prévoit de premières plantations à l’automne… 2027.
La végétalisation ne suffira pas
La cour n’est toutefois qu’une partie du problème. La rénovation doit aussi concerner les bâtiments. À Céret, le collège s’étend sur deux bâtiments. Et c’est paradoxalement le plus récent qui concentre les critiques les plus vives. Très vitré et doté d’une importante structure métallique, le bâtiment B accumule fortement la chaleur. Ses fenêtres ne s’ouvrent que sur une dizaine de centimètres. « Il fait moins chaud dans le vieux bâtiment que dans le nouveau », résume une enseignante. Une isolation par l’extérieur est évoquée depuis plusieurs années pour le bâtiment A. Mais ce type de travaux ne réglerait pas, en l’état, les difficultés spécifiques du bâtiment B.
L’urgence n’est pourtant plus théorique. Vendredi 4 septembre, quelques jours seulement après la rentrée, Météo-France a relevé 40,2 °C à Céret. Dans les Pyrénées-Orientales, les vagues de chaleur se multiplient désormais dès le printemps et ressurgissent en septembre. Malgré tout, l’adaptation aux risques engendrés reste lente à se déployer.

C’est aussi ce qui frappe les enseignants : l’établissement sait comment réagir à de nombreux problèmes, mais beaucoup moins à celui-là. « On sait ce qu’on doit faire en cas d’incendie, d’intrusion ou d’inondation, relève l’un d’entre eux. Mais face aux vagues de chaleur, on n’a pas d’outils ni de plan d’action concret ».
Le rectorat répond que les fortes chaleurs font désormais partie du plan ministériel et assure qu’une « attention très particulière » est portée à ce risque. Il souligne également que le collège conserve d’autres zones d’ombre, sous les préaux, où les élèves peuvent se rendre lors des épisodes de fortes températures.
Deux collèges bioclimatiques neufs… et les autres ?
À l’échelle départementale, les investissements sont conséquents. Une enveloppe de 132,4 millions d’euros est prévue dans le plan pluriannuel d’investissement (PPI) 2024-2031 pour 26 des 31 collèges publics. Près de la moitié de cette enveloppe concerne deux établissements neufs : 35 millions d’euros pour le collège de Claira et 23,2 millions pour celui du Boulou.
Le chantier de Claira est déjà engagé pour une ouverture prévue à la rentrée 2027. Au Boulou, les travaux doivent débuter en 2027, pour une ouverture en 2029. Ces deux collèges sont présentés comme bioclimatiques. Avec isolation renforcée, brise-soleil, végétalisation, désimperméabilisation des cours et îlots de fraîcheur.
Le PPI prévoit aussi des restructurations de collèges existants. Reste la question du rythme : comment adapter assez vite le bâti déjà en service aux chaleurs de plus en plus intenses ?
40 millions d’euros retirés au plan national
La question dépasse les Pyrénées-Orientales. Fin juin, le gouvernement promettait près de 60 millions d’euros pour aider les établissements scolaires à s’adapter. Mais, comme l’a révélé Le Monde début septembre, le gouvernement a finalement retiré 40 millions d’euros à cette enveloppe durant l’été. Le dispositif a été ramené à 16 millions d’euros, essentiellement destinés aux diagnostics des établissements les plus vulnérables.
À Céret, plusieurs interlocuteurs sollicités se rassurent comment ils peuvent en se projetant sur l’automne et la baisse des températures. Un court répit… avant les prochaines vagues de chaleur de mai et juin prochain.
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