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La pépinière départementale explore un futur sec : quels arbres après la fin des platanes, lauriers ou cyprès dans les Pyrénées-Orientales ?

Il n’en existe que trois ou quatre en France sur ce modèle public. Discrètement installée à Saint-Féliu d’Amont, la pépinière départementale fournit gratuitement des plants et conseils à plus d’une centaine de communes par an. Sans cesse, elle expérimente pour anticiper la sécheresse et les parasites.

Entre les rangées de plants, toujours plus petits car il est désormais préconisé d’enraciner les végétaux plus jeunes, circulent tracteurs et autres engins. La douzaine de salariés de la pépinière s’active sur plus de six hectares, fabrique le substrat, bouture, sème, met en godet avec une machine dédiée, teste et s’autorise le tâtonnement. Passionnés, ils savent qu’ils travaillent aux paysages futurs de nos communes et de nos axes de circulation.

La pépinière existe depuis les années 1950. A l’époque gérée par les services de l’État, elle produisait des plants forestiers pour retenir les terrains qui s’érodaient. Plusieurs pinèdes tirées au cordeau en sont issues. Dans les années 1980, l’outil est transféré au Département mais il faudra encore attendre quelques décennies avant que la question climatique et la biodiversité ne viennent au cœur des préoccupations.

« Beaucoup d’essences ne seront malheureusement plus adaptées »

« On est confronté à cette problématique de changement climatique, peut-être plus encore que dans d’autres territoires » explique Cédric Costa, directeur adjoint. « Beaucoup d’essences ne seront malheureusement plus adaptées. » Les grandes monocultures avec des alignements d’une seule variété ne sont plus préconisées. Au-delà des communes qui en font la demande, la pépinière travaille avec plusieurs associations comme Arbres et Paysages ou le Civam Bio, pour fournir des haies qui hébergent des insectes auxiliaires, travailler sur l’impact du vent ou du stress hydrique.

Dans tous les cas, il faut planter. Le jardin sec et les graviers prisés par quelques communes sont la fausse bonne idée. Certes cela économise un arrosage, mais la pratique assèche les sols et réduit l’infiltration.

« Souvent sous le paillage minéral il y a un textile qui limite la pousse de l’herbe et l’entretien » explique Carol Succardi, agent de culture en charge de la prospective. « C’est à éviter. Mieux vaut végétaliser, occuper l’espace. On peut proposer des plantes qui restent basses. »

Cette année, la pépinière a distribué 38 000 plants, avec un catalogue de 140 essences. Quelles stratégies pour éviter le spectre du paysage désolé avec quelques cactus ?

Concilier ornement et manque d’eau

Le fleurissement est l’un des premiers axes qui a été repensé. Pas de rosiers ou de géraniums, moins de fleurs annuelles sur les ronds-points. Mais des déclinaisons de sauges ornementales ou autres buissons fleuris qui tiennent le choc des canicules.

« Il faut accepter que des plantes adaptées chez nous poussent beaucoup moins vite. C’est le cas de la myrte, qui a moins besoin d’eau. »

Accepter aussi quelques buissons épineux, comme le berberis. Le tout en limitant l’engrais pour éviter des plantes qui se développent trop par rapport à l’eau disponible.

Souvent les responsables d’espaces verts communaux tournent autour des mêmes essences connues, comme le laurier, la lavande ou le romarin. « Ce n’est pas tant qu’ils trouvent ça joli, mais ils connaissent. C’est frustrant car il y a des alternatives bien plus intéressantes. » Le laurier fleur résiste assez bien à la chaleur mais n’est pas terrible pour la biodiversité. Les alignements de cyprès, sensibles aux maladies et au feu, sont aussi abandonnés. Le palmier est attaqué par le papillon. « Nous avons arrêté d’en produire. » Mais par-dessus tout, l’emblématique platane touche à sa fin.

Des platanes creux qui avaient l’air en bonne santé

« Le platane est contraint au niveau climatique, et a le problème parasitaire du chancre coloré, explique Cédric Costa. C’est une essence qui va décliner dans les années à venir. Il y a beaucoup de villages où on le pense en bon état mais on s’est aperçu que les énormes troncs étaient creux, et qu’ils étaient dangereux. » Parasites et maladies sont directement liés au réchauffement.

Le micocoulier serait un beau remplaçant du platane, car il peut atteindre des hauteurs comparables. « Il est adapté climatiquement et n’a pas de sujet parasitaire. » Cette fois, il s’agit de le planter un peu plus loin des routes afin de ne pas commettre à nouveau l’erreur des racines qui déforment la chaussée, et qu’on fragilisait à chaque réfection de la voirie.

Le caroubier serait aussi très prometteur sur notre territoire. Adapté aux Pyrénées-Orientales, il se prête à l’ornemental et fournit de l’ombre. « C’est un petit arbre tortueux assez résistant. On le met pas mal en avant. » Le savonnier a aussi été ajouté à la gamme depuis trois ans. L’arbousier, typique du département, est une bonne option qui pousse sans eau. Tout comme le ciste et toutes les plantes de garrigue. Le tecoma capensis tient le chaud lui aussi et ses floraisons aux couleurs vives sont parfaites pour l’ornement. Notons encore le poirier à feuilles d’amandiers, qui n’a pas d’intérêt pour son fruit mais favorise la biodiversité.

« C’est la combinaison de plantes basses et hautes qui va renforcer la stabilité de l’espace vert. »

En buisson, le gattilier remplacera aisément le buddleia malheureusement invasif. Son fruit était appelé « poivre des moines » car il aurait été utilisé dans les monastères pour freiner la libido de ces messieurs. Avis aux amateurs…

Le chêne du Mexique, piste contre le changement climatique

La pépinière travaille enfin sur des arbres qu’on pensait solides, comme le pin ou le chêne, mais qui souffrent eux aussi. Le site comprend une pinède expérimentale ainsi que le projet « graines d’avenir » où l’on teste de nouvelles essences.

« Si on arrive à proposer un milieu plus équilibré, on pourra éviter une steppe. »

Comme l’explique Thierry Voisin, élu au Département en charge de l’aménagement foncier et des milieux agricoles, la pépinière bénéficie du label Végétal Local depuis 2022, avec l’idée d’utiliser au maximum la génétique locale plutôt que d’acheter une graine. Cela n’interdit pas de regarder ailleurs, en particulier outre-Atlantique. Le chêne vert de la vallée de l’Agly, fatigué par 12 ans de sécheresse, pourrait avoir un remplaçant avec des chênes de Californie et du Mexique.

« Les conditions climatiques peuvent se rapprocher des nôtres, rappelle Cédric Costa. Il y a plus de 500 espèces de chênes dans le monde, dont 200 au Mexique. » Le pin des Canaries aurait de son côté d’intéressantes propriétés de repousse après incendies.

Thierry Voisin rêve d’une pépinière qui continue à travailler sur le long terme et propose un appui technique, histoire d’éviter ces arbres à moitié morts sur les parkings, ou encore pour stabiliser les cordons dunaires. Le seul travail sur le chêne peut durer une vingtaine d’années. On est loin des agendas politiques à l’échelle d’un mandat. « Je crois en l’intelligence humaine, qui saura penser à l’avenir du territoire. »

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