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Infestation de poux rouges dans des maisons du Barcarès : « Ils rentrent dans le nez, les yeux, les parties intimes… »

C’est du jamais vu au Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales. Des poux rouges, parasites jusque-là connus pour piquer les volailles dans les poulaillers, ont envahi un bloc de maisons dans un secteur résidentiel. Ils ont résisté à un premier traitement et s’attaquent à l’Homme et aux animaux domestiques. Une locataire contrainte de quitter son logement raconte son cauchemar. Photo de Une © Gilles San Martin – Wikimedia commons.

« Inhabitable en l’état. Danger biologique. » C’est la mention d’un rapport d’intervention antiparasitaire sur l’une des huit maisons du bloc touché, aux « Jardins du Rivage », près de la marina du Barcarès. C’est au mois d’avril 2026 que l’invasion commence à être remarquée dans ces logements de vacances, habités par certains à l’année. Sur huit maisons rattachées entre elles sous forme de copropriété, avec des toitures communes, cinq seraient déjà impactées. Sylvie Hoguet est locataire de l’une d’elles. « Je suis désespérée, personne ne fait rien. »

Les agréables petites maisons balnéaires se sont transformées en enfer infesté

Deux espèces de poux rouges ont infesté ces maisons. La première, de la taille d’une tête d’épingle, est aperçue sur les murs, les cuvettes de WC et un peu partout dans les maisons touchées. Elle est hématophage, c’est-à-dire qu’elle pique et suce le sang des oiseaux, ou de tout être vivant. Mais quand les oiseaux sont morts, une deuxième espèce d’acarien proche du poux rouge, l’ornithonyssus sylvarium, s’attaque au cadavre de l’animal. Ceux-là sont minuscules, peu visibles à l’oeil nu, et ne se contentent pas de piquer. Ils rentrent dans le corps. Plutôt rares dans une habitation humaine, ils ont pourtant eux aussi envahi les résidences. Cet acarien pourrait se reproduire très rapidement une fois installé.

« J’ai appelé ma propriétaire en pleurant »

« Ils rentrent dans le nez, dans les yeux, dans les parties intimes » raconte avec angoisse Sylvie Hoguet, locataire. « Ça a commencé par me gratter la tête, la nuit. Le lendemain je me réveille avec des boutons sur le visage. La troisième nuit, ils sont entrés dans mon nez. J’ai dormi sur le canapé, puis dans la véranda, mais ça a continué. J’ai appelé ma propriétaire en pleurant. » Le chien de Sylvie est à son tour attaqué. Les poux entrent par ses oreilles.

Sylviane Smit, propriétaire de la maison, paie une intervention antiparasitaire, et suspend l’encaissement des loyers. Mais les poux reviennent après le traitement. L’entreprise spécialisée suspecte des nids et cadavres d’oiseaux quelque part sous les tuiles.

« Cela fait 35 ans que j’ai cette maison, j’habitais dedans, explique la propriétaire. C’est d’abord une autre maison du bloc qui a été attaquée. On n’a jamais vu ça. »

Elle se désole pour sa locataire. « On ne peut rien lui reprocher, tout était propre. Je lui ai proposé de venir habiter chez moi, mais je ne sais pas quoi faire d’autre. Elle est allée à la mairie, elle a écrit à l’ARS, a fait une pétition… Personne ne veut l’écouter. Elle ne mérite pas ça. »

Danse avec les poux

« J’ai des boutons partout » explique Sylvie Hoguet. « Tant qu’ils ont du sang à manger, ils restent chez vous. Le technicien m’a dit que toutes mes affaires, tous mes meubles sont contaminés. » Elle ne peut pas dormir, passe ses vêtements à la machine sans cesse, se couvre de produits, mais le fléau dure.

« Je les sens voyager sur mon corps, remonter sur mon visage. »

Elle se déplace à la mairie pour signaler le problème, mais ne se sent pas entendue. « Cela dérange, Le Barcarès est hypertouristique, ils n’ont pas envie d’avoir ce fléau. » Contactée par Made in Perpignan, la mairie nuance. « J’ai moi même échangé par mail avec elle » assure Pascal Filliol, directeur de cabinet. Il indique avoir eu de nouveaux signalements d’autres copropriétaires. « Effectivement ça a l’air de se propager dans cette copropriété. On a saisi ce matin (NDLR : jeudi 21 mai) directement l’ARS pour qu’elle fasse le nécessaire et les constatations qui s’imposent. » Ce n’est qu’après décision des services préfectoraux que la mairie aura ensuite compétence pour prendre des mesures. « La commune interviendra bien évidemment si cela est nécessaire. »

Sylviane Smit craint une propagation à davantage d’habitations, alors que la saison touristique est sur le point de commencer. « Ça va dans les chemins, on peut le porter sur soi… cela pourrait venir partout. »

La locataire finit par partir un temps à l’hôtel, puis se fait prêter un studio. Elle craint de ramener des poux avec elle. Des voisins ont fui de leur côté dans un camping. « On est à la rue et tout le monde s’en fout. » Jean-Roch Domenech est directeur d’agence à Orpi, syndic de copropriété de la résidence en question. Il reconnaît des difficultés à solutionner le problème. « En vingt ans c’est la première fois qu’on a ce genre de problématique. » Il évoque d’autres logements abandonnés sur la commune, avec vitres cassées, pigeons et autres oiseaux, mais qui n’ont pour autant jamais connu cette problématique de poux rouges. « Cela vient peut-être du défaut d’entretien d’une des maisons. Le problème c’est qu’il faut démonter la toiture. » Il espère une intervention de société spécialisée avant la fin du mois.

« On ne peut pas laisser une situation perdurer comme ça. Surtout avant la saison touristique. »

En attendant, les locataires du bloc résidentiel s’efforcent de prendre leur mal en patience. Hors proximité de poulaillers, la situation serait exceptionnelle en France.

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