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À Perpignan, entre précarité et maladie, Nourredine entame la dernière partie de sa vie

ACCUEIL DE JOUR PERPIGNAN PRECARITE

Séparé, malade et sous tutelle à Perpignan, il raconte une vieillesse marquée par la débrouille et les regrets. Nourredine a 77 ans. Arrivé en France en 1998, cet ancien travailleur algérien perçoit aujourd’hui une petite retraite d’environ 930 euros par mois. Logé dans une chambre chez son épouse, sous tutelle et en attente du renouvellement de ses papiers, il fréquente un centre d’accueil perpignanais pour rompre l’isolement et économiser quelques euros.

Le portrait de Nourredine s’inscrit dans une série réalisée avec le soutien du ministère chargé de la ville. Made In Perpignan a voulu montrer les « visages de la précarité en pays catalan », la réalité humaine qui se cache derrière les statistiques de la pauvreté ; des trajectoires de vie, des accidents de parcours, des héritages sociaux et des luttes silencieuses… 

Tous les matins, Nourredine est parmi les premiers au centre. Il s’installe, saisit un gobelet et se prépare un café au lait. Entre ses mains blanchies par le froid, il touille son café le regard dans le vide. Parfois, il mange une douceur offerte par les bénévoles. Puis il observe l’agitation autour de lui. Dans ce lieu se mêlent tous les profils de la précarité invisible. Certains prennent le temps d’un petit-déjeuner, ou de manger un fruit frais. D’autres lavent leur linge ou rechargent leur portable. Ici, tout le monde prend le temps de souffler tout en cherchant une écoute bienveillante, un regard chaleureux. Nourredine n’est pas sans domicile, mais le quotidien n’est pas simple pour ce grand-père fatigué par la vie.

Un lieu pour discuter, manger parfois, et ne pas rester seul

Le septuagénaire vit dans une cité perpignanaise, dans l’appartement de son épouse. Officiellement séparés depuis huit ans, ils partagent le même toit, mais pas la même vie. « Elle m’a donné une chambre. Je mange à midi et je ressors. Je ne reste pas longtemps à la maison », explique-t-il. Chaque mois, sur les 930 euros de retraite qu’il perçoit, Nourredine en reverse la moitié à sa femme. Le reste sert aux dépenses courantes : cigarettes, pain, lait, café, courses du quotidien. Une fois ces frais assumés, il lui reste peu de marge.

Dans le centre d’accueil, Nourredine vient surtout « passer le temps ». « On discute, on se fait des amis. » Parfois, il y récupère un sandwich. D’autres jours, il mange sur un banc ou rentre chez lui. « Des fois, je mange là-bas, des fois ici. » Ces lieux sont devenus des repères dans un quotidien désorganisé par la maladie et les démarches administratives. Nourredine explique que la mesure de tutelle a été prise pour le protéger. « C’est le procureur qui m’a mis sous tutelle, pour éviter que je dorme dehors. »

Un parcours de travail brisé par la maladie

Avant la précarité, Nourredine a pourtant travaillé. En Algérie, pendant trente ans, dans un laboratoire de mécanique des sols, sur des chantiers de ponts et d’autoroutes. « Je gagnais très bien ma vie », se souvient-il. En arrivant en France, il espérait poursuivre dans le même domaine, mais la reconnaissance de son diplôme d’assistant géologue lui est refusée. Il enchaîne alors les emplois précaires, notamment dans l’industrie de la plasturgie. « À force de respirer les produits chimiques, je suis tombé malade. » Reconnu invalide, il obtient une carte d’adulte handicapé. En 2018, il prend officiellement sa retraite.

Si Nourredine est venu en France, ce n’était pas pour lui, dit-il, mais pour ses enfants. « On est venus pour qu’ils fassent des études, des formations. » Mais le projet familial échoue. Puis les tensions s’accumulent, jusqu’à la séparation avec son épouse. Aujourd’hui, Nourredine regrette. « Si j’avais su, je ne serais pas venu en France. » À 77 ans, il doit encore renouveler sa carte de séjour, après un vol de papiers à Barcelone et plusieurs passages à l’hôpital. « Ils me font courir », lâche-t-il, lassé par la situation.

Atteint de troubles de la mémoire, Nourredine évoque des oublis fréquents. « J’ai Alzheimer », dit-il simplement. Il passe parfois la matinée entière dans le centre, jusqu’à 11 heures, avant de repartir chez lui ou ailleurs….

Dans les Pyrénées-Orientales, la part de retraités vivant sous ou proche du seuil de pauvreté est plus élevée que dans le reste du pays. La solitude et la maladie des seniors viennent accentuer les problématiques de précarité. Dans un département déjà marqué par un taux de pauvreté parmi les plus élevés de France, la question des petites retraites, de l’accès aux services, à l’alimentation et aux soins constitue un enjeu social central, appelé à s’accentuer dans les années à venir.

Dans la série « les visages de la précarité »

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