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Perpignan : Un an pour éradiquer le plus gros point de deal des Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 24 avril 2026 à 13:46

Ce 22 avril, le préfet, le procureur et le maire de Perpignan et son adjoint à la sécurité avaient convié les habitants du quartier Saint-Gaudérique de Perpignan. C’est dans cette zone que se situe le point de deal du Champs de Mars, bien connu des consommateurs de stupéfiants et des riverains, mais aussi «premier problème d’ordre public» des Pyrénées-Orientales.

Objectif de la réunion : afficher la détermination de l’État à lutter contre le trafic de stupéfiants, mais aussi montrer les dispositifs et les moyens mis en place pour parvenir à mettre fin ou affaiblir considérablement ce « four ».

Le procureur entend « détruire le trafic et ses équipes » 

Devant une bâche siglée « Perpignan, ma ville en grand », Jérôme Bourrier, Pierre Regnault de la Mothe, Louis Aliot, Pierre Parrat et Louisa Yazid, respectivement procureur, préfet, maire, adjoint à la sécurité et commissaire de police faisaient face à une cinquantaine de riverains.

Le procureur Jérôme Bourrier a détaillé le principe du Groupement local de traitement de la délinquance (GLTD), présenté comme un dispositif judiciaire ciblé sur un périmètre précis et pour une durée limitée. «Sur le Champs de Mars en particulier, il y a une thématique majeure qui n’est pas un secret, que tout le monde connaît, c’est le trafic de stupéfiants», a-t-il déclaré. Dans cette cité HLM, coincée entre la gendarmerie et l’ensemble scolaire réunissant le lycée Lurçat et le collège Albert Camus, est installé un point de deal qui alimente l’ensemble du département en produits stupéfiants.

Reunion GLTD Groupe Local Traitement Delinquance Perpignan

Ce trafic génère « tout un tas de comportements qui y sont associés, d’incivilité, d’actes potentiellement de violence, de rodéos ». Sans promettre une disparition totale de la délinquance, Jérôme Bourrier a assumé une ligne offensive : «essayer de faire mal, c’est-à-dire d’apporter des réponses qui désorganisent, qui détruisent ce trafic et ses équipes».

«Le premier problème d’ordre public» des Pyrénées-Orientales

Le préfet Pierre Regnault de la Mothe a confié que ce point de deal est aujourd’hui «le premier problème d’ordre public dans le département des Pyrénées-Orientales». Le représentant de l’État a fixé un cap public et daté : «d’ici un an, il faut qu’on ait soit mis fin, soit très sérieusement affaibli le point de deal du Champs de Mars».

«Le 15 avril 2027, à mes yeux, il ne doit plus y avoir de point de deal au Champs de Mars, ou en tout cas plus grand-chose».

Un engagement qu’il reconnaît lui-même risqué, mais qu’il estime nécessaire pour donner une direction claire à l’action policière. Pour atteindre cet objectif, la préfecture promet de combiner les effectifs habituels de police avec des renforts mobiles, notamment des CRS et, ponctuellement, des gendarmes mobiles. La commissaire Louisa Yazid a aussi assuré que des moyens moins visibles seraient mobilisés, avec des policiers en civil et des opérations renforcées à différents horaires. Elle a indiqué que, sur le premier trimestre 2026, les services avaient déjà « augmenté d’un tiers le nombre d’interpellations » sur ce secteur.

Rodéos urbains, voitures ventouses, feux d’artifice, ces délits qui pourrissent le quotidien

Parmi les riverains présents dans la salle, la parole est timide. Mais quand la maire de quartier, Chantal Bruzi, évoque les conséquences du narcotrafic, les habitants acquiescent. Rodéos urbains, voitures ventouses, feux d’artifice ou bonbonnes de protoxyde jonchant le sol sont autant de faits qui pourrissent le quotidien des Perpignanais et Perpignanaises.

Claire Bauby Gasparian, de l’association Mieux vivre à Saint-Gaudérique, a interrogé les autorités sur le risque de déplacement du trafic vers d’autres secteurs du quartier. En effet, les habitants gardent en mémoire le point de deal Betriu, qui s’est disséminé depuis dans l’ensemble du quartier voisin de Saint-Jacques. Ce rebond est tout à fait possible selon le préfet. «Dès qu’on tape sur une tête, il y en a une qui ressort à l’autre bout». Mais il a défendu la nécessité de prioriser ce secteur, du fait de la proximité d’un lycée, de la caserne de gendarmerie et des habitations.

Le protoxyde d’azote, de plus en plus visible dans l’espace public, a aussi été cité parmi les préoccupations montantes. Le procureur a reconnu « un vrai sujet de santé publique et d’ordre public ». Il a rappelé que le produit reste, en l’état actuel du droit, légal, malgré un projet de loi en discussion. Le préfet a précisé avoir déjà pris un arrêté interdisant la vente, l’usage et la consommation de protoxyde d’azote dans le département, hors usages professionnels.

Louis Aliot, maire de Perpignan, a quant à lui indiqué que les services de la voirie de Perpignan ont récupéré, en 2025, pas moins de 7000 bouteilles de protoxyde d’azote sur la voie publique.

Faire parler les habitants, expulser les trafiquants, réhabiliter le quartier

Au fil de la réunion, un autre message a été martelé : sans signalements, sans dépôts de plainte et sans témoignages, l’action publique restera limitée. Jérôme Bourrier a encouragé les habitants à « oser déposer plainte », à « oser témoigner », en rappelant l’existence de l’audition sous X, qui permet dans certains cas de protéger l’anonymat des témoins. La police a également mis en avant la plateforme Ma Sécurité, censée faciliter les remontées d’informations à distance. Les autorités ont aussi détaillé d’autres leviers.

Le préfet a évoqué les possibilités ouvertes par la récente législation sur le narcotrafic : interdiction de paraître sur un point de deal, fermeture administrative de commerces en lien avec ces trafics, mais aussi expulsion de locataires de logements sociaux condamnés. La directrice générale de l’office HLM concerné a confirmé que deux procédures de résiliation de bail étaient déjà en cours et que d’autres pourraient suivre si des condamnations intervenaient pour des habitants du Champs de Mars.

En parallèle, la mairie et le bailleur social ont rappelé le chantier urbain engagé dans le cadre du Nouveau plan de rénovation urbain, avec des démolitions, reconstructions et travaux de réhabilitation annoncés sur le secteur. Pour les pouvoirs publics, la stratégie repose donc sur un triptyque : pression policière, réponse judiciaire accélérée et transformation du cadre de vie. Reste à savoir si cette convergence affichée ne sera pas une énième opération place nette. Le GLTD suffira-t-il à faire reculer durablement un trafic installé depuis des années ? Si la majorité des habitants étaient satisfaits par la tenue des annonces, rendez-vous est fixé en avril 2027 pour constater si la determination des forces de l’ordre a été plus forte que celle des narcotraficants.

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