Dans le cadre de ses pouvoirs parlementaires, la sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, Lauriane Josende, a sollicité une visite de la maison d’arrêt pour femmes de Perpignan, le 23 janvier. Dans un contexte de surpopulation carcérale maximale, la sénatrice a voulu constater les conditions d’incarcération des détenues. Cette visite devrait déboucher sur le lancement d’une mission d’information parlementaire.
Pour entrer en prison, il faut d’abord franchir l’enceinte extérieure. Une fois passés les hauts murs et les contrôles de sécurité, un dédale de couloirs avale le visiteur. Les grilles claquent. Les sons stridents se répètent. Des portes s’ouvrent, d’autres se ferment. Très vite, le monde extérieur paraît loin et un système à part se dévoile.
En entrant dans l’aile qui abrite la maison d’arrêt pour femmes, un premier élément saute aux yeux : des bassines sont posées au sol à intervalles réguliers. L’administration pénitentiaire indique qu’il s’agit d’un moyen de lutter contre une infestation de puces. Plus loin, de vieux matelas jaunis et usés jusqu’à la corde sont posés contre un mur décrépi. La prison de Perpignan n’a même pas les moyens de faire comme si tout allait bien.

Lauriane Josende, sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, avait pourtant annoncé sa visite. Un déplacement inscrit dans le cadre de son rôle de Secrétaire de la commission des lois et membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. « Le but n’est pas de mettre en difficulté l’administration pénitentiaire mais bien de comprendre les conditions d’incarcération des détenues ainsi que les difficultés auxquelles l’administration est elle-même confrontée », explique la parlementaire.
A l’heure actuelle, la maison d’arrêt pour femmes compte 67 détenues…pour 28 places. Le taux d’occupation est donc de 240% ! Parler de « surpopulation carcérale » est ici un euphémisme. D’autant plus lorsque la direction de l’établissement dévoile la réalité derrière les chiffres. Concrètement, cela signifie que trois femmes se partagent des cellules de 9m2 pensées pour détenir une seule personne. Des lits superposés occupent la totalité des cellules et la troisième prisonnière n’a donc d’autre choix que de dormir par terre, sur un matelas posé au sol.
Une prison en mode survie
« Aujourd’hui il faut être clair : nous n’avons pas les moyens à la hauteur des enjeux, regrette Richard Monteil, directeur adjoint. Quand on est confronté à de tels taux de surencombrement, on est obligé de laisser de côté certains critères, et de se focaliser sur ce qui est vital en termes de protection de l’intégrité de la personne. On va préserver la vie ». A Perpignan, c’est toute la prison qui est en mode survie.
Dans ce contexte, le personnel pénitentiaire fait comme il peut, avec les moyens qu’il a et surtout sans les bras qu’il n’a pas. Pour assurer la sécurité dans l’ensemble de la prison de Perpignan (hommes et femmes), 205 postes de surveillants sont requis sur le papier. Or en réalité, le taux de couverture n’est plus que de 76%. Autrement dit : alors que le nombre de prisonniers est près de trois fois supérieur au nombre de places, 25% des postes de surveillants ne sont pas pourvus. Dans un tel contexte, les répercussions sont palpables : « Promiscuité, frustration, problèmes de cohabitation entre détenues, conflits et violence, liste Richard Monteil. On essaye de faire en sorte que le système n’explose pas ».
Des inégalités femmes-hommes persistantes
En prison, les détenues sont moins nombreuses et contraintes aux marges. Si la maison d’arrêt pour femmes compte bien une bibliothèque, une petite salle de sport avec des machines d’un autre temps et une cour de promenade, les activités proposées aux détenues sont minimes. Questionnée, la direction met en avant la possibilité d’aller à l’école (au sein de la prison) ou de suivre les formations de couture et d’informatique. En revanche, elle reconnaît que les femmes n’ont pas encore la possibilité de passer leur permis de conduire alors que les détenus masculins, eux, le peuvent.
Au cours de la visite, il apparaît rapidement que les conditions de détention posent aussi des questions de respect de la dignité. Contrairement aux hommes, dont les cellules sont en cours de modernisation avec l’installation d’une douche dans la cellule (déjà effective dans la moitié d’entre elles) ; les femmes doivent se contenter (au mieux) de trois douches par semaine dans un espace dédié. La question des protections hygiéniques se pose également. Les détenues qui en ont la capacité financière peuvent « cantiner » (commander sur un catalogue) des protections hygiéniques de leur choix. Les autres doivent se contenter de la quantité et de la qualité des tampons et serviettes fournis par la prison. « L’incarcération est pensée pour les hommes, observe Lauriane Josende. Une femme a besoin d’un peu plus de respect de son intimité. Pourtant, les femmes sont moins pourvues que les hommes ».
La grossesse en prison : « on ne s’habitue jamais à voir un enfant en détention »
Souvent, la détention percute des problématiques sociales. Et parfois, celles-ci débouchent sur des situations aussi délicates que complexes. Au fil de la visite, l’administration informe la sénatrice que trois des 67 détenues sont enceintes. Deux d’entre elles, respectivement à quatre et sept mois de grossesse, ont été isolées des autres prisonnières. Elles se partagent une cellule plus spacieuse qui occupe le rôle de nurserie. Toutes deux expliquent avoir d’autres enfants, dehors. Elles disent aussi préférer ne pas les voir, même au parloir. « Je ne veux pas que ma petite fille de quatre ans me voit comme ça », lâche timidement Nadia qui doit accoucher dans deux mois.

Pour elle, la suite s’annonce très particulière. Pour le personnel pénitentiaire également. La loi prévoit en effet qu’une femme qui accouche en détention puisse garder son bébé avec elle jusqu’à ses 18 mois. L’enfant peut alors vivre en cellule, seul avec sa mère. Si la situation est très rare, elle demeure une réalité à laquelle la prison d’arrêt de Perpignan a déjà été confrontée. « Quand une femme enceinte est maintenue en détention, c’est que les faits reprochés sont graves et que la justice l’a décidé. Nous, on s’adapte comme on peut pour la prendre en charge au mieux, explique Richard Monteil. Mais, à titre personnel, on ne s’habitue jamais à voir un enfant en détention ».
C’est à cette réalité que Lauriane Josende est venue se confronter. « Je suis interrogative de l’état de nos prisons de manière générale, mais je tenais à venir spécifiquement visiter le quartier de la maison d’arrêt pour femmes à Perpignan, explique la sénatrice qui entrevoit déjà un travail plus large à mener. Il y a un rapport qui avait été fait par la délégation des droits des femmes mais il date déjà de 2009. Je pense qu’il y a matière à étudier ce sujet de manière beaucoup plus actualisée, c’est pourquoi je vais proposer à la présidente de la commission des lois de lancer une mission d’information parlementaire ». Un travail essentiel à mener d’urgence.
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