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L’Association des sourds des Pyrénées-Orientales se mobilise pour garder son local

L'Association des sourds des Pyrénées-Orientales se mobilise pour garder son local

Article mis à jour le 6 janvier 2023 à 07:06

Basée à Claira depuis huit ans, l’Association des sourds des Pyrénées-Orientales (ASPO66) se mobilise pour garder son local. La mairie veut, elle, le raser pour y aménager un parking et un parcours de santé. L’ASPO66 a jusqu’au 17 février prochain pour libérer les lieux. Elle organise demain, samedi 7 janvier, une manifestation à ce sujet.

Une zone clé, en pleine entrée de ville, où se trouve le cimetière

La confiance est rompue entre la seule association de sourds des Pyrénées-Orientales, et la mairie de Claira qui l’accueillait jusqu’à présent. Et pour cause : un litige les oppose au sujet du local associatif et de son renouvellement de bail. L’ASPO66 – créée en 2002 à Perpignan – est basée depuis 2014 au 57 avenue de l’Agly. Une zone clé, en pleine entrée de ville, où se trouve le cimetière.

Le bail a débuté le 20 février 2014, sous décision de l’ancien maire Joseph Puig, et à titre gracieux. Il est, depuis, reconduit automatiquement et chaque année, de février à février. Et ce, sept années de suite.

Or, le 22 octobre 2021 via un premier courrier, le maire Marc Petit – aussi membre de la majorité au Conseil Départemental – annonce à l’ASPO66 son refus de reconduction annuel de bail. La date limite de départ était fixée au 17 février 2022. Soit un peu moins de quatre mois de battement pour l’Association.

Sept jours avant cette date limite, le 10 février 2022, la mairie accepte la demande de l’Association; et elle reconduit le bail pour un an supplémentaire au 57 avenue de l’Agly. Le déménagement obligatoire est donc reporté au 17 février 2023. L’objectif derrière ? Raser le local pour y aménager un parking – destiné surtout au cimetière – ainsi qu’un parcours de santé plus loin.


L’ASPO66 est le seul lieu à dispenser des formations qualifiantes en langue des signes

Marc Petit de développer : «Ce bâtiment a toujours été voué à être démoli. Qu’il ait été le local du club de football, de tennis, ou de l’Association des sourds. D’abord parce qu’il est illégal. Il a été construit sans autorisation préalable de l’Urbanisme. Ce n’est pas la seule erreur de ce type sur notre commune». Les mairies consécutives de Claira auraient donc, et selon l’actuel maire, signé un bail sur un bâtiment illégal.

Quoi qu’il en soit le torchon brûle. Les discussions entre les deux parties n’ont pour l’instant rien donné ; comme l’explique l’Association : «Aucune commune voisine ne peut, pour l’instant, nous assurer un local disponible pour y emménager. Marc Petit nous a bien proposé deux salles à Claira ; mais elles sont toutes deux très inadaptée à nos besoins. La première option est une petite maison de village. Elle ne peut pas accueillir nos cent quarante membres actifs, sans accès handicapé, ni parking. Sa deuxième proposition est le centre culturel. Il est déjà occupé par plusieurs associations. Nous ne pourrons pas avoir assez de créneaux pour nos formations qualifiantes en langue des signes ; en plus de nos stages intensifs et nos autres activités ouvertes à tous les membres.»

Sur sa pétition en ligne , l’ASPO66 rappelle que «depuis 8 ans, l’ASPO est le seul lieu dans le département qui accueille des formations qualifiantes en Langue des Signes Française; grâce à son partenariat avec Signethic, seul organisme de formation professionnel à pouvoir les organiser. (…) Les plannings sont calés jusqu’en Juin 2023.»

Marc Petit de répondre : «Concernant le centre culturel, ça fonctionne comme ça pour toutes les associations. L’ASPO66 demande un local très compliqué à avoir. Leur liste de besoins est longue et il faudrait qu’ils les revoient à la baisse. J’aimerais pouvoir leur proposer un autre lieu, répondant à toutes leurs exigences, mais malheureusement il n’existe pas.»

« Au lieu de raser tout notre local, il pourrait seulement récupérer notre terrain de pétanque »

Les négociations sont au point mort alors que la date limite approche. L’Association des sourds commente : «Nous sommes très inquiets. Nous avons proposé au maire de payer un loyer. Même ça, il a refusé. Non, il préfère un parking de cimetière ! Pourtant, lors de la dernière fête de la Toussaint, il n’y avait que cinq voitures sur un parking qui existe déjà à côté. Il a refusé toutes nos propositions qui vont en ce sens. On peut, par exemple, ouvrir notre parking les jours de cérémonie ou d’enterrement. Au lieu de raser tout notre local, il pourrait seulement récupérer notre terrain de pétanque – qui est grand et qu’on n’utilise que très rarement – pour y faire une douzaine de places déjà.»

Interrogé au sujet des propositions de l’ASPO66, le maire de Claira s’empresse de répondre : «La mairie est propriétaire des lieux. Il faut rester sérieux. Ce n’est pas à eux de nous dire ce qu’on peut reprendre ou pas. Il y a aussi des règles d’urbanisme à respecter. Il y a deux ans, lors d’un enterrement, des voitures étaient garées sur les trottoirs voisins, par manque de places, et les obstruaient. Une mère et sa poussette ont failli être percutées, par un conducteur, alors qu’elle devait un peu marcher sur la route. Elle a eu la peur de sa vie et est venue me voir. C’est dangereux. J’ai promis de sécuriser et d’embellir cette entrée de ville depuis ma campagne.»

D’un litige administratif à une bataille politique ?

D’après le premier édile, l’Association aurait refusé sa dernière proposition qui repousserait le départ à février 2024 : «Nous leur avons dit récemment, par mail, que nous sommes prêts à repousser d’encore une année. Nous avons mis en copie Françoise Fiter, vice-présidente au Département, et élue en charge du handicap.» Il conclut et apostrophe : «La politique s’en mêle beaucoup. De nombreux membres de l’opposition et des adversaires se retrouvent dans le dossier.»

L’Association des Sourds des Pyrénées-Orientales a demandé de l’aide à la Région. «Sans retour». Ainsi qu’au Département. «(Le Département) occupe un rôle de médiateur, un peu».

L’ASPO poursuit : «Les mairies de Perpignan et de Rivesaltes doivent nous contacter dès que des locaux se libèrent. Nous sommes en discussion avec elles. Mais il n’y a aucune date. Nous attendons la prochaine et dernière réunion avec Marc Petit ; mais nous n’avons plus aucun espoir. Il nous accueille sans interprète. C’est une bénévole entendante qui doit traduire avec son niveau. Elle n’est pas professionnelle. Et elle n’assistera plus à ces rendez-vous, car, le maire l’a critiquée quant à son niveau de traduction. Il lui a dit qu’elles étaient fausses !»

Pour exprimer leur colère, l’Association et ses soutiens manifesteront à Claira ce samedi 7 janvier, à partir de 10 heures depuis l’avenue de l’Agly. Trois cents personnes environ sont attendues. L’ASPO66 conclut : «L’APF France Handicap sera là pour nous soutenir. Ainsi que Agissons en Pays Catalan par exemple ; et toutes les associations de sourds d’Occitanie et des régions espagnoles voisines.» Affaire à suivre.

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Idhir Baha