Alors que la Caisse d’Allocations Familiales fête ses 80 ans, l’organisme dresse pour les Pyrénées-Orientales son rapport d’activité 2025. Un bilan qui pointe à la fois les non-recours aux droits et la précarité du territoire.
« La France a une capacité à générer de la complexité forte » reconnaît Pierre-Marc Boistard, directeur de la CAF des P.O. « Nous sommes là pour essayer de rendre cette complexité plus acceptable. » Difficile à estimer, le non-recours aux droits, par méconnaissance ou crainte, pourrait approcher les 30 %.
« Nous avons des allocataires qui, par peur de se tromper et de devoir rembourser des allocations, vont renoncer au droit. »
La sécurisation des déclarations avec des formulaires préremplis vient alléger cette complexité. Pour Pierre-Marc Boistard, il s’agit aussi de s’appuyer sur les partenaires comme les maisons France Services et les associations, afin de mieux orienter. Il demeure encore beaucoup de méconnaissances. Au sein de la branche action sociale, les aides pour les départs en vacances et autres colonies sont par exemple très peu délivrées faute de demande, avec seulement 550 enfants bénéficiaires en 2025. Pensez à consulter votre compte CAF pour vérifier si vous avez droit à quelque chose !
Au total, 239 000 personnes dans les Pyrénées-Orientales, soit près de la moitié des habitants, ont une aide directe ou non de la CAF, et 113 700 ont un numéro d’allocataire. Un taux en augmentation, et pas uniquement pour des causes démographiques. Clairement, l’organisme est aussi un baromètre de la précarité.
Un taux inquiétant de familles monoparentales
Cette précarité s’observe dans le nombre comme dans la typologie des bénéficiaires. Parmi les allocataires avec enfants, on compte en effet 45 % de familles monoparentales, ce qui est nettement supérieur à la moyenne nationale.
Le montant mensuel moyen versé aux allocataires est de 585 euros par mois, toutes aides confondues. C’est près de 800 millions d’euros par an que verse ainsi la CAF des Pyrénées-Orientales. La moitié est consacrée à l’inclusion, c’est-à-dire le RSA, l’allocation adulte handicapé ou encore la prime d’activité. Des montants qui ont bondi de 4,55 % par rapport à l’an dernier, ce qui est très supérieur à la croissance démographique. Viennent ensuite, pour environ 160 millions d’euros chacun, les domaines du logement, avec entre autres les APL, et celui de l’enfance et de la jeunesse, avec les allocations familiales. Enfin, les allocations liées à la naissance et à la toute petite enfance ne représentent que 71 millions d’euros sur l’enveloppe.

La moitié des bénéficiaires du RSA ont plus de cinq ans d’ancienneté sur le dispositif et la durée tend malheureusement à s’allonger. Globalement, la précarité augmente et touche plus particulièrement les femmes et les enfants. Depuis le premier juin, des agents CAF auparavant polyvalents se spécialisent par type de situation : familles monoparentales, handicaps, naissances, séparations… « L’idée est d’approfondir notre connaissance du fichier allocataire, et de mieux nous adapter aux besoins, de donner accès à tous les droits. »
Enfin la CAF voit son budget « action sociale » augmenter. Il est porté à 51 millions d’euros contre 48 millions en 2024, finançant notamment des crèches, accueils de loisirs ou actions sur le logement.
Des fraudes « industrielles » qui sont désormais des crimes
Le directeur de la CAF fait également le point sur la lutte contre les fraudes. Il évoque des systèmes quasi industriels d’arnaque, avec des bandes organisées qui facturent l’équivalent de « kits » pour escroquer la CAF. Il s’agit souvent de fraude à la résidence, avec par exemple de faux conjoints pour déterminer une adresse en France. Une activité qui est désormais qualifiée de crime et plus sévèrement punie.
« L’an dernier nous avons qualifié 473 dossiers de fraudes, ce qui représente un préjudice de 6 millions d’euros. »
Les contrôles se font avec des algorithmes et du « data mining » ou exploitation de données pour mieux détecter les suspects potentiels, mais la direction assure qu’il y aura toujours une présence humaine pour les vérifications finales. Pour 1000 contrôles sur place des allocataires, et environ 25 000 contrôles sur pièces, on compte 435 532 contrôles automatisés. « L’essor de l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives » indique le rapport d’activité.
Le saviez-vous ?
Contrairement aux idées reçues, la CAF n’est pas un organisme public et ses salariés ne sont pas des fonctionnaires. C’est un organisme privé en charge d’une mission de service public. Il compte environ 280 salariés dans les Pyrénées-Orientales. La CAF 66 a été primée première CAF de France sur la qualité de la relation avec ses usagers.
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