Article mis à jour le 7 juillet 2026 à 19:09
Le collège de Millas s’est changé en base arrière pour les colonnes de pompiers. Ils arrivent de toute la France pour affronter le feu hors normes qui dévore Ribéral et Aspres. Repos, inspection des véhicules, infirmerie… Reportage dans les coulisses d’une vaste organisation. Photos : Virginie Demorget
Tandis que Benoît Tessiot, chef du service logistique distribution, organise les navettes de ravitaillement en eau et nourriture vers les secteurs d’intervention, des pompiers, plus ou moins fourbus, s’attablent pour déjeuner.


La règle est simple. Avant le repos, il faut recharger les camions en eau, et faire le plein de carburant aux stations locales, pour être prêt à repartir à chaque instant. Ce n’est qu’ensuite que les sapeurs respirent enfin. Un gymnase a été converti en dortoir, que l’on ne traverse qu’en chuchotant, même si le sommeil semble lourd. Des espaces climatisés permettent de se rafraîchir. Des douches ont été mises à disposition.
Pompiers venus de Corse : « Nous avons pris la mer, nous sommes partis dimanche de chez nous »
Dans le réfectoire, les accents sont variés. L’une des tables accueille un groupe venu de Corse. S’ils proposent régulièrement leur aide, c’est la première fois dans l’histoire qu’ils ont été officiellement appelés par la métropole. Stéphane Gamant est le chef du groupe MIL 2B, pour « Module d’intervention lourd ». « Nous avons pris la mer, nous sommes partis dimanche de chez nous. »

La vingtaine de pompiers corses est arrivée par bateau à Toulon le lundi matin, avec les camions mais surtout deux engins qu’ils sont les seuls à posséder. Il s’agit des SIS2B ou Engins Lourd Progression. Ce sont tout simplement des chars d’assaut américains à chenille, aménagés et peints en rouge. Ils peuvent escalader des pentes à 45 % pour amener hommes et matériel dans les secteurs les plus escarpés. Seuls quelques rares élus sont habilités à les piloter. Le convoi a ensuite rejoint les Pyrénées-Orientales par la route. « Ça fait déjà un paquet d’heures ! »
Un accueil des habitants exceptionnel
Rompus aux incendies, les pompiers corses sont venus donner un coup de main du côté de Rodès. « Ce n’est pas accessible partout mais il y a aussi des pistes. C’est tellement vaste, il y a de tout. »
« D’habitude c’est nous qui accueillons les autres pompiers en Corse, alors c’est bien de venir et de rendre la pareille. Nous espérons qu’on fera encore appel à nous à l’avenir. Nous sommes habitués aux feux de forêt. »


Stéphane Gamant est particulièrement impressionné par l’accueil des habitants qui leur donne eau et nourriture sur le terrain. « C’est exceptionnel. Ils s’arrêtent, ils remercient. Nous, on se met à leur place, être évacué de sa maison ça doit être dur. » Le groupe a pu dormir, se doucher, et attend un déclenchement de mission pour repartir à l’assaut.
Des pompiers de Normandie enchaînent les feux : « Malgré la fatigue, vous êtes tellement pris dans votre mission, vous le faites »
Une table plus loin, des pompiers de Normandie partagent un repas. Ils ont multiplié les feux de forêt dans le Sud et comptent les rares heures de sommeil. La composition des colonnes est déjà établie deux mois à l’avance, pas question de se lancer à la dernière minute. Dans l’heure tout le monde peut alors être mobilisable. « Nous avons été appelés mercredi dernier pour l’Aude » raconte le capitaine David Boutoille, chef de colonne Normandie-Est. Après les environs Carcassonne, la colonne sacrifie son repos et part sur le feu d’Oupia dans l’Hérault où elle œuvre jusqu’à minuit, puis le lendemain.
« Les gars se posent un peu sur le terrain, mais ce n’est pas pareil. Ils ont envie de se laver, de se changer… On tient comme ça 24h. »
Ils partent ensuite en préventif à Narbonne avant d’être envoyé à Trévillach. « On a enchaîné. C’était impressionnant. Le moindre temps de pause qu’on peut prendre il faut le prendre, se reposer comme on peut dans les engins. On a des glacières mais dès qu’il fait chaud il n’y a plus de glace dedans. »
Beaucoup des pompiers de Normandie n’avaient pas encore d’expérience sur ce type de feu de forêt. « Ça va rester dans les mémoires. » Boissons sucrées ou énergisantes sont utilisées pour tenir. « On a passé la nuit sur le terrain. Le matin, alors que le feu semblait se calmer, le vent s’est levé. C’est là qu’on a fait toutes les défenses de points sensibles. On a défendu le centre d’Ille-sur-Têt. Malgré la fatigue, vous êtes tellement pris dans votre mission, vous le faites. » Le capitaine salue lui aussi la solidarité des Catalans. « J’ai trouvé ça remarquable. »
Des baignoires de glace pour refroidir les soldats du feu
Le gymnase annexe est devenu l’infirmerie. Le lieutenant Dubrey, avec ses médecins et infirmiers, a tout prévu pour être en autonomie sur le médical et le confort. « Le but est de gérer, sur une intervention qui dure, tout ce qui va être lié à l’alimentation et aux soins. La sécurité des agents, ce sont des agents qu’on peut remettre au travail dans de bonnes conditions, toute l’institution en bénéficie. »


Assez de bouteilles pour pouvoir fournir plusieurs litres d’eau à chacun des 700 pompiers, repas chauds avec un vrai apport de calories… « C’est important qu’ils puissent prendre une douche, avoir une tenue propre et se reposer dans de vrais lits. »
Parmi les soins, les traumas oculaires font l’objet d’une attention particulière. « On a beaucoup de corps étrangers dans l’oeil, sur lesquels on fait des rinçages. Cela peut être des cendres, ou des chocs avec des branches. » Les plaies au pied sont aussi cruciales. « Si le pompier se met à avoir mal, à boiter, c’est un gros handicap opérationnel. »
Pour les coups de chaud, fréquents, l’équipe dispose de baignoires de glace pour refroidir des corps qui montent à plus de 40°, ou encore de fauteuils dont on peut réfrigérer les accoudoirs. « Il faut les refroidir très vite. C’est lié à la chaleur et à l’effort. » Les fameuses « claies de portage », des sacs à dos renforcés qui contiennent des tuyaux enroulés, dépassent facilement les 30 kg. La dépense en énergie est considérable. En quelques heures de soins, le pompier ayant subi un coup de chaud peut alors être remis sur pied. « On est plus inquiets sur tout ce qui peut être d’origine cardiaque. Il faut être sûr que ce n’est pas davantage qu’un coup de chaud. » Le lieutenant doit aussi calmer les ardeurs d’agents qui fatiguent mais insistent pour retourner trop vite au combat. « Ils ont envie d’y aller, ils ne veulent pas lâcher la mission. »
Sous contraintes extrêmes, les véhicules doivent être inspectés quotidiennement
Devant le collège, le travail se mêle à la détente et à l’esprit de corps. Sous le soleil de plomb, les pompiers qui nettoient les véhicules s’arrosent allègrement. Quelques sourires s’échangent, contrepoint de légèreté à la lutte ardue, en lisière de feu. Tandis que des sapeurs enroulent les tuyaux ou nettoient les filtres à air à la souffleuse, Emmanuel, le chef mécanicien, inspecte les camions. « On vérifie tout ce qui est filtration, l’état des pneumatiques, les systèmes d’autoprotection en cas de prise de feu, donc tout ce qui est buse… Tout ça peut être mis à mal en une journée, voire en quelques heures. » L’idée est que les équipes ne soient jamais prises au dépourvu par une panne sur le terrain.





Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.
- Des véhicules et des hommes : dans les Pyrénées-Orientales, les pompiers fourbus soufflent entre deux rotations - 7 juillet 2026
- Des seaux contre un incendie hors normes : ces sinistrés d’Ille-sur-Têt luttent avec les pompiers pour sauver ce qui reste - 6 juillet 2026
- Evacués de communes des Pyrénées-Orientales : rassemblés à Thuir, les naufragés du feu se confient - 6 juillet 2026
