les exclus du numérique en France

Quelle place en France pour tous les exclus du numérique ? 

LECTURE

À l’heure du tout numérique, que pensent vraiment les Français de cette nouvelle vie 2.0 ? Sont-ils tous égaux face au développement du numérique ? Les bénéfices de l’inclusion numérique sont déjà connus mais qu’en est-il des difficultés ? Si certains profitent de ce boom du numérique, d’autres sont mis de côté.

♦ Les Français restent convaincus qu’il existe une fracture numérique dans notre pays

Les Français sont favorables au numérique, ils le perçoivent comme une chance. Le développement du numérique serait bénéfique pour toute la société notamment en ce qui concerne l’emploi. Ils considèrent que le numérique est aussi une chance pour les jeunes, les diplômés mais aussi les personnes appartenant à des catégories populaires.

Cependant, les Français sont convaincus qu’il existe une fracture numérique dans notre pays. Selon une étude de l’agence du numérique réalisée en 2017, 13 millions de Français utiliseraient peu Internet. Parmi eux, 6,7 millions ne s’y connecteraient jamais. Ce sont les exclus de l’inclusion numérique, une mise à l’écart parfois tout simplement géographique.

Ils n’ont qu’un accès limité voire inexistant aux outils numériques. Pour essayer de réduire ces inégalités, les 4 principaux opérateurs de téléphonie mobile ont accepté il y a bientôt deux ans d’investir au moins 3 milliards d’euros afin d’assurer une couverture du réseau téléphonique dans tout l’Hexagone, pour en finir avec les fameuses « zones blanches ». Parmi les 541 communes répertoriées en zone blanche en 2017, 89 étaient situées en Occitanie. En juillet de la même année, Emmanuel Macron avait annoncé que fin 2020, toutes les zones seront couvertes par un accès à Internet ou un réseau téléphonique.

Parmi les exclus de l’inclusion numérique, il ne faut pas non plus oublier les salariés ou les retraités qui n’ont jamais été sensibilisés ou formés à ce monde digital. 

  Car les exclus de l’inclusion numérique cumulent souvent plusieurs difficultés sociales

La parité n’est absolument pas représentée dans le monde du numérique. Trois fois plus d’hommes que de femmes travaillent dans le numérique. En moyenne, elles ne sont plus que 15% à s’orienter vers une filière informatique à l’université. Elles étaient le double il y a trente ans. De ce fait, une seule start-up une sur dix est dirigée par une femme contre une entreprise sur quatre. Pourtant, aux prémices de l’informatique, ce sont les femmes qui connaissaient le mieux ce domaine. Par exemple, elles étaient les seules à savoir programmer. Mais, peu à peu, les hommes ont pris leurs places. 

Bien que le téléphone mobile soit de plus en plus présent entre les mains des Français, environ un sur dix, âgé d’au moins 12 ans, n’est pas un internaute. Cela signifie que, même s’ils en possèdent un, ils ne savent pas utiliser leur outil numérique. C’est ce que l’on appelle l’illectronisme. Les populations isolées ou les seniors ne sont pas les seuls concernés. D’autres catégories socioprofessionnelles sont touchées. Plus inquiétant encore, 19% des Français adultes déclarent avoir renoncé à effectuer une tâche car il fallait utiliser Internet et qu’ils ne le pouvaient pas. Pourtant, de nombreux services publics essentiels nécessitent de se connecter à Internet. 

♦ Un parcours du combattant pour les personnes âgées voir parfois illettrées

Déclaration de revenus, demande de prime d’activité ou de carte grise, inscription à Pôle Emploi… Toutes ces démarches doivent être faites sur Internet. Les personnes les plus fragiles socialement, généralement les plus tributaires de ces démarches, sont aussi celles qui ont le plus de difficultés à les réaliser. Lorsqu’on sait que 500.000 Français vivent en zone blanche et plusieurs millions en zone grise, avec un débit limité, certaines démarches relèvent du parcours du combattant.

Et il n’est pas rare que des Français les abandonnent. Jacques Toubon, le Défenseur des droits, a demandé une hausse des moyens publics pour améliorer la couverture du territoire en haut débit et faciliter l’accompagnement (par une formation de base) des publics éloignés du digital. 

Pour contribuer à l’inclusion numérique de tous, des solutions sont donc envisagées. Mais cela semble insuffisant en particulier pour les personnes âgées et/ou isolées, pour des jeunes sans formation et/ou en recherche d’emploi et pour les citoyens en situation d’illettrisme.

Car aux difficultés d’accès liées au coût des équipements ou des abonnements s’ajoutent la mauvaise connaissance des opportunités que la navigation sur Internet peut apporter. Des individus peuvent être démotivés lorsqu’il s’agit d’utiliser un clavier. Eux, continuent de se rendre aux guichets pour faire leurs démarches lorsque cela est possible. Les acteurs publics, associatifs et sociaux devront travailler ensemble pour permettre à tous de profiter de ce monde digital.

♦ Des contre-exemples existent – Rencontre avec Hilda 85 ans 

Hilda originaire de Madrid habite à Perpignan depuis les années 70. Elle fait partie de cette génération qui n’a pas connu l’informatique alors qu’elle était dans l’emploi. Malgré tout, elle a fait la démarche de s’intéresser au numérique. “Surtout pour ne pas être déconnectée de mes enfants ou de mes petits enfants et pour connaître un peu leurs codes”, nous confiait-elle.

Grâce à des cours d’informatique, tantôt en particulier, tantôt via des associations, elle a réussi à appréhender ce nouvel univers totalement inconnu pour elle. Alors, oui, elle demande encore le soutien de sa fille pour ce qui est des démarches administratives. Mais son usage quotidien de la tablette et des réseaux sociaux montre une réelle aisance dans le domaine. Une aisance que ses amis de son âge voire plus jeunes lui envient. Aujourd’hui, Hilda, grâce à ses efforts peut rester en contact avec ses petits et arrière-petits enfants expatriés à l’autre bout du monde.

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