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Recul de la presse papier : dans les Pyrénées-Orientales les points de vente entre abandon et mutation

enseigne buraliste

Chute des ventes, manutention des invendus, nouvelles habitudes de lecture… Si certains diffuseurs de presse abandonnent les journaux, d’autres continuent d’y croire. Tous constatent que le métier change.

« Bonjour, un café et un Cash ! » Au commerce Mermoz, à Perpignan, les journaux ont disparu des rayons depuis quelques semaines. Une décision récente pour son gérant, qui ne regrette rien. « Ça fait trois semaines que j’ai arrêté la presse. J’ai moins de travail. Et je ne me suis jamais senti aussi bien. »

Pendant des années, la presse a rythmé ses matinées. Réception des colis, mise en rayon, retrait des invendus, préparation des retours : un travail quotidien qu’il estime entre une heure et une heure trente par jour. « Sur tout ce que je recevais, je ne vendais que 20 % des titres. Les 80 % restants, c’était de la manutention. » Pour lui, le problème n’est pas seulement la baisse des ventes. C’est aussi le temps consacré à une activité devenue peu rentable. « Quand je regarde ce que me rapporte la presse à l’année et que je divise par le nombre d’heures passées dessus, je ne travaille même pas à 8,30 euros de l’heure. »

« La presse, tu l’aimes ou tu la détestes »

Son témoignage reflète une tendance nationale. Entre 2000 et 2022, les ventes de la presse ont reculé d’environ 80%, le nombre de points de vente est passé de 32 000 à environ 18 400. Pourtant, sur le terrain, tous les acteurs ne partagent pas le même diagnostic. « La presse, on l’aime ou on la déteste », résume Philippe Palma, président régional du Syndicat national des diffuseurs de presse. Depuis son point de vente d’Albi, il continue de défendre une activité qu’il juge indispensable à l’équilibre économique de nombreux commerces. « Quand les buralistes arrêtent la presse, ils perdent 40 % de flux », assure-t-il. Selon lui, plusieurs commerçants revenus sur leur décision après avoir supprimé leur rayon presse lui ont donné raison.

« J’en ai vu qui ont enlevé la presse. Quatre mois après, ils sont revenus nous voir : ‘Vous pouvez nous la remettre ?’ »

Le Tabac presse Le Waldes à Perpignan propose un service d’épicerie, de souvenirs, de photos d’identité, de banque, de colis, de cartes téléphoniques… en plus du tabac et de la presse.

Entre le découragement exprimé par certains diffuseurs et l’optimisme affiché par leurs représentants, une certitude demeure : le métier évolue. Héritée de la loi Bichet de 1947, l’organisation de la distribution repose sur un principe simple : garantir la présence de tous les titres sur l’ensemble du territoire afin de préserver le pluralisme de l’information.

Un système parfois difficile à comprendre pour les commerçants, confrontés aux piles d’invendus et aux quantités reçues. « La presse n’est pas une activité commerciale », rappelle Gilles Almon, dépositaire de presse à Béziers. « L’éditeur reste propriétaire de la marchandise dans les magasins. Il n’y a changement de propriétaire que lorsque le lecteur achète le journal. » Un fonctionnement particulier qui explique aussi la logique des retours. « C’est un système qui n’est pas simple, mais qui a le mérite d’exister. »

La nécessité économique de se diversifier

Les quantités et les titres des commandes sont régulés. Malgré une souplesse accordée en 2024 sur le choix des cahiers-jeux, les commerces poursuivent leur transformation. À Mermoz, l’espace laissé vacant par les journaux a été réaménagé. Deux mange-debout ont été installés et l’activité est redirigée vers les cafés et les jeux à gratter. « Les clients disent que c’est mieux depuis que j’ai retiré tout le meuble des journaux. » Une évolution que l’on retrouve dans de nombreux établissements où les jeux, les colis, les produits de proximité ou la restauration légère occupent progressivement une place croissante. Pour Gilles Almon, cette diversification est devenue une nécessité économique. « Il y a eu le plan de transformation des tabacs qui a poussé les buralistes à se diversifier. La presse a besoin d’avoir son modèle économique et de s’en sortir. »

Dans les Pyrénées-Orientales, la presse conserve néanmoins une place importante dans le réseau des buralistes. 98 des 130 buralistes vendent encore de la presse en 2026. Grâce aux dispositifs d’aide à la modernisation et au fonds de transformation négocié avec l’État, 22 % du réseau départemental a déjà engagé des travaux ou développé de nouveaux services. Pour autant, « Tabac, Jeux et Presse » demeurent, selon Christine Barrière, le socle historique de l’activité.

Éviter les zones blanches

Pour les acteurs de la filière, l’enjeu dépasse désormais la seule question des ventes. Il s’agit aussi de maintenir un maillage territorial et un accès à l’information dans des communes parfois dépourvues de tout point de vente. À Villeneuve-de-la-Raho, Gilles Almon regrette ainsi la disparition du dernier diffuseur. « Il y a 4 000 habitants et on n’a plus un point de vente de presse. C’est une aberration. » À l’inverse, un commerçant de Cerbère s’est récemment rapproché du dépôt pour réintroduire la presse dans sa commune.

« Ça fait quatre ans qu’il n’y avait plus de presse à Cerbère. »

Le rôle du dépositaire consiste justement à identifier ces zones blanches et à tenter de recréer une offre, parfois sous la forme de simples rayons installés dans une épicerie ou un commerce multiservices.

Cette mission de proximité, Gilles Almon l’a mesurée l’été dernier lorsque le dépôt de Béziers a été détruit par un incendie. Les quotidiens ont pu être livrés dès le lendemain et les magazines quelques jours plus tard. « Si on arrête d’alimenter les points de vente, on les ferme les uns après les autres », résume-t-il. Pour lui, la presse conserve une fonction qui dépasse sa seule dimension économique. « Il faut du lien social aussi dans les campagnes. »

Les journaux occupent aujourd’hui moins d’espace qu’autrefois dans les commerces, mais les professionnels continuent de défendre un réseau qu’ils considèrent comme essentiel à la vie locale. Entre cafés, jeux, colis et services de proximité, les points de vente cherchent une nouvelle place dans le quotidien des habitants sans renoncer complètement à leur vocation première.

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Virginie Demorget