Ce vendredi 24 juillet, la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales a présenté les signataires d’un « Pacte pour l’avenir des territoires méditerranéens ». Derrière l’urgence affichée après les incendies du début de l’été, les organisations agricoles entendent surtout accélérer plusieurs dossiers qu’elles défendent parfois depuis des années : stockage de l’eau, simplification administrative, assouplissement de certaines normes environnementales ou encore développement du pastoralisme.
Cet article est en accès libre, et nous voulons qu’il le reste. Mais après dix ans, Made In Perpignan est menacé. Sans le soutien de ses lecteurs, notre média ne passera pas l’année ➡️ Si vous le pouvez, faites un don.
Les principaux syndicats agricoles du département sont à l’origine de ce pacte. Leur ambition est désormais de porter ces revendications à l’échelle régionale et nationale. Avant d’évoquer les solutions, Fabienne Bonnet, présidente de la chambre d’agriculture, dresse le constat : 4 900 hectares ont brûlé. 307 exploitations ont été touchées, dont 180 directement sinistrées. Huit réseaux d’irrigation sont aujourd’hui hors service.
Les flammes ont détruit 146 hectares de vignes sur les secteurs d’Ille-sur-Têt et de Bouleternère, affectant ainsi une vingtaine de vignerons, ainsi que 160 hectares de vergers. Pour Bruno Vila, président de la FDSEA, les pertes dépassent largement les seules parcelles incendiées. Le manque d’eau ou l’impossibilité d’accéder aux récoltes ont également engendré des pertes.
Une première estimation chiffre les dégâts à 30 millions d’euros, concernant les exploitations viticoles et arboricoles. Elle comprend les parcelles détruites, les récoltes perdues ainsi que les trois années nécessaires pour retrouver une culture productive. Les exploitations maraîchères et d’élevage n’y figurent pas encore. Selon Plein Champ, média du Crédit Agricole, 8,7 hectares de maraîchage, 98 hectares de prairies et 310 hectares de surfaces pastorales ont également brûlé. Leur coût reste à évaluer.
Ne plus « réparer et attendre »… mais avec quelles nouveautés ?
Face au dérèglement climatique, le pacte promet de ne plus « réparer et attendre » les prochaines catastrophes. Une formule qui laisse espérer des propositions inédites. Pourtant, au fil des prises de parole, ce sont surtout des revendications déjà connues du monde agricole qui ressurgissent, désormais renforcées par le traumatisme des incendies.
Laurianne Tournier, présidente du syndicat des vignerons, défend le développement de l’agriculture par le tourisme, notamment à travers l’œnotourisme. David Loiret, représentant des Vignerons indépendants, plaide pour un meilleur accompagnement des innovations agricoles.
Le message qui revient le plus souvent est ailleurs : accélérer les procédures administratives, accusées de « retarder de cinq à dix ans des projets jugés indispensables. » Même constat pour Enzo Rodriguez, des Jeunes Agriculteurs, qui appelle à « ne pas être dans l’attentisme ».
L’eau, encore et toujours
Sans surprise, la sécurisation de la ressource en eau reste la priorité. Le Plan Résilience Eau, lancé en 2024, prévoit plusieurs projets de stockage ou d’aménagement hydraulique dans les Pyrénées-Orientales. Pour Fabienne Bonnet, « il faut dépassionner les débats ».
La présidente de la chambre d’agriculture cite les projets des Aspres ou de la vallée de l’Agly, qui garantiraient selon elle une agriculture plus résiliente et participeraient, par ricochet, à la protection des habitations contre les incendies.
Elle élargit même la réflexion à l’ensemble du littoral méditerranéen, en évoquant le prolongement d’Aqua Domitia et de son réseau alimenté par le Rhône, un projet évoqué de longue date.
Éco-buage : moins de contraintes, malgré le risque incendie
Une autre demande récurrente : assouplir les règles encadrant l’écobuage. Dans les Pyrénées-Orientales, il est interdit pour les agriculteurs entre juin et septembre ainsi que les jours où le vent dépasse 40 km/h. Depuis 2019, une déclaration en préfecture est obligatoire pour les particuliers. Ces règles ne répondent pourtant pas uniquement à des objectifs environnementaux. Mercredi encore, le préfet rappelait que près d’un incendie sur deux dans le département est provoqué par un écobuage.
Les représentants agricoles estiment pourtant que les contraintes actuelles empêchent d’entretenir suffisamment les espaces et souhaitent retrouver davantage de souplesse. Ils demandent une augmentation des surfaces concernées : passer de 300 hectares par an aujourd’hui, contre 1 000 auparavant, à un un objectif de 2 000 hectares. Une manière, disent-ils, de faire revivre les « pratiques agricoles ancestrales ».
« Le nettoyage des abords des rivières est nécessaire afin d’empêcher les feux de traverser. »
Les rivières sont aussi invitées dans le débat. Les représentants agricoles réclament un entretien plus important de leurs berges afin d’empêcher les flammes de les franchir. Le constat n’est pas faux : le feu a traversé la Têt cette année comme en 2023. Mais lorsque l’incendie est capable de parcourir près d’un kilomètre d’un seul bond, la capacité des seules berges à contenir des incendies devenus hors normes peut être interrogée. Les berges sont-elles condamnées à choisir entre la jungle et le bulldozer ? D’autres approches existent. Au Canada, la gestion des rivières repose davantage sur le cas par cas : on retire les embâcles problématiques, mais on conserve une partie du bois mort et de la végétation, considérés comme des alliés des cours d’eau plutôt que comme des déchets.
Le pastoralisme, de pratique bucolique à outil de prévention
Les organisations agricoles souhaitent également créer des ceintures de protection autour des habitations grâce au pastoralisme.
« On ne veut pas de paysagistes qui font pare-feu », résume l’un des intervenants.
L’objectif est de replacer l’élevage au cœur des politiques de prévention des incendies, alors que cette pratique a longtemps été considérée comme une activité davantage patrimoniale qu’un véritable outil de gestion du risque. La chambre d’agriculture propose de jouer les intermédiaires entre les éleveurs et les propriétaires des terrains situés en périphérie des zones habitées.
Les normes environnementales sont jugées trop nombreuses, trop lentes ou mal adaptées aux réalités méditerranéennes, elles sont désignées comme l’un des principaux freins à l’action.
Un pacte qui recycle aussi des revendications anciennes
Le calendrier annoncé se veut rapide. Les propositions évolueront au fil des rencontres avec les chambres consulaires, les élus locaux et, espèrent-ils, la ministre de l’Agriculture. Le message adressé à la presse est clair et martelé : montrer que le monde agricole est mobilisé.
Le pacte présenté vendredi apparaît ainsi autant comme une réponse aux incendies que comme une tentative de remettre au premier plan des revendications anciennes. Les catastrophes climatiques offrent aujourd’hui un argument supplémentaire pour défendre des projets déjà portés depuis plusieurs années. Reste à savoir si l’urgence invoquée débouchera sur autre chose qu’une accélération de dossiers déjà connus, ou si elle permettra réellement de repenser l’adaptation de l’agriculture méditerranéenne face à un climat qui, lui, ne ralentit pas.
Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.
- Incendies, sécheresse : la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales veut transformer l’urgence en accélérateur - 27 juillet 2026
- Être ou ne pas être un festival de théâtre de qualité, au cœur du Fenouillèdes - 22 juillet 2026
- L’auto-entreprise poursuit son essor en Occitanie, mais reste un modèle fragile - 17 juillet 2026
