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« Un moment utopique » : le festival de théâtre 543 cultive sa particularité dans le Haut-Vallespir 

Le festival 543 parvient à faire venir plus de 2000 spectateurs à Coustouges, un village d’à peine 90 habitants. Pour sa septième édition, qui démarre ce vendredi 31 juillet, il espère connaître le même succès que les années précédentes. Dans un contexte global marqué par des coupes budgétaires drastiques dans la culture, le défi est de taille. Entretien avec Carine Gonzalez, chargée du développement et de la production du festival. Photo © Michèle Constantini.

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Un projet à part. Dans un territoire reculé. Avec un public varié. Et porté par une philosophie un peu barrée qui mêle exigence artistique et accessibilité. Créé en 2020, le 543 mêle théâtre, musique, cinéma et cirque. Sa programmation se déploie à Coustouges, mais aussi dans plusieurs villages du Haut-Vallespir. Le festival défend une création ancrée dans le territoire, en associant artistes professionnels, amateurs et habitants. Après sept ans d’existence, son avenir reste malgré tout fragile. 

Le festival a réuni 2 010 spectateurs l’an dernier, dans un village qui compte moins de 100 habitants. Quel est son public ? 

Notre objectif était d’abord de faire un festival pour les habitants et les habitantes du territoire. Ce public se développe, avec des fidèles, mais aussi grâce aux actions que nous menons chaque année en dehors du festival. Nous avons par exemple travaillé avec les élèves de l’école de Saint-Laurent-de-Cerdans, de la maternelle au CM2. Il y a aussi chaque année un travail avec des amateurs locaux. 

En parallèle, un public venu d’ailleurs se développe et se fidélise. Pour certaines personnes, le festival devient même un motif de séjour dans le Haut-Vallespir. Nous accueillons des spectateurs venus de toute la France, ce qui nous étonne encore beaucoup. Je pense qu’ils viennent d’abord pour la qualité artistique, puis ils découvrent un territoire. Ils apprécient aussi de retrouver cette exigence dans une ambiance très conviviale et détendue. Le 543 offre une ambiance de village, où les spectateurs se sentent accueillis, loin des codes parfois un peu policés de certains lieux culturels.

Pour L’Ours – Dossier n°01846, un spectacle choral consacré à l’inscription des fêtes de l’Ours au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, vous avez interrogé des habitants et des élus du Haut-Vallespir. Comment leur parole a-t-elle été transformée en spectacle ?

Les personnes ont d’abord été interviewées individuellement. Ensuite, Violaine Schwartz, qui est écrivaine, a travaillé à partir de cette matière pour tisser un fil. Le choix a été fait de ne pas raconter directement les fêtes de l’Ours, mais l’épopée collective qui a conduit à leur inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Les personnes interrogées ont ensuite pu relire le texte. Il fallait être certains d’avoir bien compris leurs propos et de rester fidèles à cette aventure, d’autant que le sujet peut être délicat. 

Il s’agit vraiment de mettre en lumière des histoires du territoire. Les fêtes de l’Ours ont parfois été présentées comme les fêtes d’un territoire reculé, peuplé d’habitants un peu arriérés. Ce travail permet de donner une autre légitimité à ce territoire et à ce qui s’y fait.

Le festival maintient des tarifs allant de la gratuité à 5 euros, tout en rémunérant des artistes professionnels. Sur quel modèle économique repose-t-il ? 

Le tarif à cinq euros est un tarif militant. C’est un véritable acte politique, d’autant que nous proposons du théâtre de création. Il ne s’agit pas seulement de payer un cachet le soir de la représentation. Il y a tout le travail de préparation et de répétition en amont. La première année reposait beaucoup sur le bénévolat. Petit à petit, nous avons cherché à rémunérer l’ensemble du temps passé par les comédiens et les comédiennes. Mais le festival repose aussi sur l’engagement des artistes. Pour la création de L’Enfant, le Dragon et pire encore, une dizaine de personnes seront sur scène, avec deux musiciens, pour seulement sept jours de répétition. C’est très peu.  

Les principales ressources viennent de l’argent public, mais il y en a de moins en moins. Nous avons perdu 7 000 euros de subventions de l’État. La Région, le Département et la communauté de communes restent constants, mais certains fonds que nous avions obtenus étaient des fonds d’amorçage, impossibles à mobiliser chaque année. Le modèle économique n’est donc pas stable et les financements publics diminuent. Nous cherchons des mécènes et nous lançons des appels aux dons. Une boîte à dons permet aussi aux personnes qui le souhaitent et qui le peuvent de donner davantage que les cinq euros demandés. Mais la billetterie et les dons représentent moins de 10 % du budget. 

Nous ne récupérons pas non plus les recettes de la buvette et de la restauration. Le comité des fêtes tient la buvette et conserve les recettes. Le bistrot de pays prépare les repas et garde également les siennes. Et c’est très bien ! Pour nous, il est important que le festival profite à ces acteurs locaux et que nous habitions ensemble le village. C’est un projet un peu utopique, qui essaie de maintenir ses valeurs, mais qui reste économiquement très fragile. Tout le monde le tient à bout de bras.

La dimension transfrontalière peut-elle devenir un axe de développement du festival ? 

Nous l’avons fait l’année dernière, avec une représentation à Maçanet de Cabrenys en Catalogne Sud. Mais développer des projets en catalan et à l’échelle transfrontalière demande un travail supplémentaire. Il faut rechercher des textes, les traduire, trouver des partenaires et prendre le temps de construire quelque chose ensemble, tout en respectant la langue et la culture catalanes.

Cette année est une année de restrictions. Nous avons retiré une journée au festival et réduit le nombre de répétitions. Cela ne se voit peut-être pas beaucoup dans la programmation, mais nous avons serré les vis partout. Nous reprendrons certainement ce travail transfrontalier l’année prochaine, peut-être sur un rythme d’une année sur deux. Il existe des financements pour la coopération transfrontalière, mais ce n’est pas un eldorado. 

Monter ce type de projet prend énormément de temps et transformerait aussi le travail mené à l’année par le festival. Le temps consacré à la coopération serait forcément pris sur d’autres actions, notamment celles conduites avec les écoles ou les habitants.

On présente souvent la culture comme un moyen de redonner de la vie aux territoires ruraux. Qu’est-ce que l’expérience du 543 vous a appris ? 

Je viens du développement local avant de m’être orientée vers la culture. Le 543 a été pour moi un terrain d’observation de la rencontre entre les deux. Mon idéal, ce sont des propositions artistiques de qualité en milieu rural, mais sans être prétentieuses ou surplombantes par rapport à la population. Il faut associer les habitants, les considérer, tout en conservant une véritable liberté artistique. Il ne s’agit pas seulement de proposer ce que l’on sait attendu pour attirer du monde ou gagner de l’argent. J’aimerais que ce soit un modèle d’avenir, avec beaucoup d’humanité. 

Après sept éditions, nous voyons que cela fonctionne. Lorsque les artistes arrivent en résidence, nous organisons un pot d’accueil avec les habitants. Depuis trois ans, nous partageons aussi une fête de clôture. Pendant ces moments-là, nous habitons ensemble le village. Les différences de nationalité, d’origine sociale ou de handicap s’effacent. Il y a une véritable ouverture aux autres. Des habitants de Coustouges qui ne bougent peut-être pas beaucoup rencontrent des Parisiens venus au festival. Les artistes échangent avec le public et les spectateurs se rencontrent entre eux. C’est une expérience très différente de celle d’une salle de spectacle classique. 

Cette aventure repose aussi sur l’implication de la municipalité. Depuis le début, quelles que soient les équipes, les élus ont été très investis. Nous travaillons avec eux pendant l’année et ils participent concrètement à l’organisation. C’est précieux. Franchement, lorsque je vois ce qui se passe pendant le festival, cela me donne espoir en l’humanité. 

Le festival 543 

Du 31 juillet au 2 août 
Trois jours de festival 18 rendez-vous. 
Infos et programme complet : festival543.fr  

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Sébastien Leurquin