Vincent Macaigne au Théâtre de l’Archipel – “Je suis un pays” diffraction apocalyptique de nos mutations sociales

LECTURE

Acteur, metteur en scène et réalisateur, Vincent Macaigne présentait le week-end dernier à Perpignan sa pièce de théâtre “Je suis un pays” jouée par la Cie Friche 22.66Une évocation de la fin du monde démocratique et d’un désastre écologique bien loin du film catastrophe hollywoodien qui se clôturerait par un “happy end“. Fiction ou prémonition, cet OVNI théâtral bouleverse tous les codes. Exceptionnel par son format de 3h40 mais aussi dans sa mise en scène enragée, “Je suis un pays” a été joué devant une salle quasi-comble au Théâtre de l’Archipel.

Les boules Quies offertes avant le spectacle donnent le ton … Âmes sensibles s’abstenir. Des dialogues, basés sur un texte publié aux éditions Actes Sud, font étonnamment écho à la crise démocratique, écologique et sociale mise en lumière par le mouvement des Gilets Jaunes. Alors que pourtant, il a été imaginé au lendemain de l’élection de Donald Trump. Un président dont les paroles à l’instar de celles de Nicolas Sarkozy à Davos en 2010 sont parfois reprises in extenso. Et qui, hors contexte, participent ici à l’ambiance post-apocalyptique.

Avec Sharif Andoura, Candice Bouchet, Pauline Lorillard, Vimala Pons, Rodolphe Poulain, Hedi Zada, et Lou-Ann Bonavent. Avec la participation vidéo de Matthieu Jaccard et Éric Vautrin.

“Ne partez pas, je vous aime”

“Ne partez pas. Restez. Je vous aime. Regardez-moi bien… Aimez-moi. Le désastre est juste derrière, et il nous attend. Tant que nous serons là, ici même, là, à causer, notre fuite ne sera pas interrompue. Car oui, au-delà de tout cela, c’est bien d’une fuite dont il s’agit. Alors voilà, me voilà moi devant vous, moi seul, en fuite devant vous tous. Je vous aime. J’ai haï tout cela ; tous ces gens, mesdames et messieurs, qui prenaient l’éducation pour de la dignité et la dignité pour de la politesse. Protégez-moi, écoutez-moi. Quand je serai parti, ne dites rien, ne pleurez pas, il fallait le faire avant même de savoir qu’il fallait le faire, c’est tout. Nous avons rendez-vous avec le désastre, c’est vrai, c’est vrai, alors il faudra se souvenir de chaque détail et de chaque larme. Bientôt, le temps viendra où il faudra croire que tout cela fut sans importance, de pardonner et d’aimer, même un canon dans le cul et en pleine fuite, ce temps-là vient toujours. […]
Vous entendez le désastre s’approcher ? Il gronde. Il n’ose pas entrer ici sur la scène, se montrer et nous tirer à lui, nous emporter au loin. Ne partez pas. Je vous aime. Restez. Le désastre a peur des groupes, le désastre est lâche.
Je vous aime. Nous allons nous réinventer. Ayez confiance. Restez. Merci”.

Vincent Macaigne avait répondu au journaliste David Sanson.

♦ Peut-on résumer l’histoire ?

“Pas vraiment. Disons qu’il est question d’un monde en train de s’éteindre et de gens qui essaient de le sauver, mais qui le sauvent d’une manière naïve, parfois bête et drôle : une assemblée comme celles de l’ONU ou du G20 par exemple, avec tous leurs espoirs et leurs contradictions, burlesques et kafkaïennes… Les histoires, pour moi, sont un peu une excuse pour parler d’autre chose”.

♦ Je suis un pays est, dites-vous, un spectacle « d’avant-guerre »…

“J’ai l’impression que nous sommes devant de grands changements, peut-être positifs, mais aussi de grands troubles (mais nous ne savons pas encore ce que seront les changements positifs, ni les grands troubles). Je me disais cela récemment : il y a eu de grands metteurs en scène d’après-guerre, on a été élevé avec les œuvres de grands artistes qui faisaient le point sur la catastrophe. La Montagne magique de Thomas Mann est en ce sens un roman ultime, puisque c’est un roman sur l’avant-guerre qui a été fait après-guerre… Et en ce moment, j’ai l’impression que mon travail devient un travail « d’avant-guerre », c’est-à-dire d’avant une catastrophe. Il y a une espèce d’affolement dans mon travail, de grotesque ou même d’hystérie, des choses presque adolescentes, liées à cette chose-là qui va arriver, on le sent…”

♦ Le monde d’aujourd’hui serait donc en état « d’avant-guerre » ?

“On a été élevé dans un monde d’après-guerre. Nous avons étudié des metteurs en scène d’après-guerre, on a lu des romans, vu des films de gens d’après-guerre. On est rempli de choses qui sont déjà comme des membres morts de notre propre culture. Ce que je dis n’est pas péjoratif par rapport au travail des autres, mais, oui, je me rends compte petit à petit que j’ai grandi dans cette chose-là. Mais l’avenir, c’est autre chose. Il va falloir qu’on réussisse à créer du mouvement un peu ailleurs. C’est notre responsabilité.”

“Si on était normaux, on devrait tout arrêter, se réunir, réfléchir et parler ensemble, et essayer de reconstruire un système, un truc vraiment puissant. Ce qui est triste, c’est que tout le monde ou presque est d’accord là-dessus. Mais on ne fait rien pour l’instant, mais je sens que ça arrive. Le geste artistique, maintenant, ce devrait être de créer des lieux, physiques et numériques, et de nouveaux systèmes”.

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