#TestéPourVous – « La journée survie à Tautavel »

Dans la lignée de Koh-Lanta et autre Man Vs Wild, les équipes du Musée de Tauravel organisent tous les mardis de l’été des journées survie abordées sous l’angle scientifique. Une activité à pratiquer en famille ou entre amis. L’occasion pour tous de comprendre mais aussi de tester les méthodes des hommes préhistoriques pour allumer le feu, chasser à l’aide d’une lance ou encore créer son propre outil tranchant.

[Vidéo] réalisée par Mélanie Escach. Crédit photo Stéphane Ferrer Yulianti.

Voilà donc notre petit groupe d’une dizaine de « survivants » bien décidés à emboîter le pas à notre ancêtre Arago 21, surnommé l’Homme de Tautavel car découvert sur la commune du même nom dans la Caunes de l’Arago.

Cyrille Calvet, responsable du service médiation au musée, et Maéva Anfossi nous accueillent au musée avant de nous conduire sur une plage en bord de rivière. C’est sur ce lieu baigné de soleil et dont l’ambiance musicale est assurée par les nombreuses cigales, que nous allons pratiquer notre première activité.

Le pouvoir du feu
Car oui les hommes préhistoriques, après avoir très longtemps mangé de la viande crue, ont découvert le feu par accident. Selon certains spécialistes, les premières traces d’utilisation du feu par l’homme remonteraient à -790.000 ans. Toutefois sa domestication daterait que de -400.000 ans. Cette domestication du feu marque un tournant dans l’évolution de l’homo erectus. Il n’est plus dépendant des feux provoqués par les orages ou les volcans, et peut désormais utiliser le feu pour cuire ses aliments, fabriquer des pièges pour chasser, se protéger du froid ou éloigner les animaux sauvages de son campement.

Cyrille et Maéva ont la lourde tâche de nous démontrer qu’il est possible d’allumer un feu, sans allumette ou briquet. Du plus jeune des participants âgé de 7 ans, à la plus âgée (46 ans), nous sommes tous bouche bée devant la dextérité de Cyrille. Une démonstration ponctuée par un discours très documenté sur les modes de vie primitifs, de traits d’humour ou de questions aux enfants, qu’il ne parvient pas à coller, tellement le sujet les passionne.

Concrètement Cyrille utilise deux méthodes pour allumer son feu, démontant au passage plusieurs légendes sur le sujet parfois véhiculés par des aventuriers fort médiatiques.

La première méthode consiste à faire surgir une étincelle en frottant un caillou d’un autre minerai du nom de marcassite. Cyrille donne aux enfants un moyen mnémotechnique pour ne pas oublier son nom : « Pensez au nom des petits des sangliers…qui sont les M… », laissant le mot en suspension pour que les enfants aient le temps de réfléchir. Ces derniers ne tardent pas à s’écrier « les marcassins ». À noter que ce moyen mnémotechnique est aussi valable pour les adultes… Encore faut-il quelque chose qui va s’enflammer au contact des étincelles surgies du frottement des deux pierres. Cyrille nous présente l’amadou, de son nom scientifique Fomes Fomentarius, un parasite des arbres feuillus surtout des hêtres. Il s’agit d’un champignon qui forme de larges coupoles marrons sur l’écorce des arbres. Cyrille nous montre un spécimen puis récupère quelques fragments de son contenu. Un matériau qui au toucher ressemble à du coton ou à une mèche de lampe à pétrole et de couleur orangé. Il emplit un coquillage d’une quinzaine de morceaux et frotte les deux pierres à proximité. Après deux ou trois tentatives, nous voyons immédiatement une fumée blanche se dégager du petit tas d’amadou.
Cyrille Calvet fabrique alors, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, une sorte de nid avec de l’herbe sèche, un nid qui va accueillir ce minuscule tas de braises (pas plus grand qu’un pouce). Il y insère délicatement les braises d’amadou qu’il recouvre de poudre de paille. Il prend délicatement dans ses mains le nid auquel il a inséré les braises d’amadouvier et souffle dedans pour faire surgir le feu sous les yeux émerveillés de l’assistance captivée par tant de maîtrise. Un feu qui nous réchauffera et sur lequel nous pourrons cuire le lapin que nous aurons chassé nous même.

La deuxième méthode, celle que nous pratiquerons, consiste à faire tourner un bâton sur une planchette de bois à l’aide d’un archer. L’archer est fourni par l’équipe « survie » mais Maéva nous explique qu’un simple bâton recourbé et un lacet pourraient faire l’affaire. Nous voilà donc partis par petits groupes pour allumer notre propre feu. Nous nous répartissent les rôles, qui de nous 4 tiendra la planchette pour éviter qu’elle ne bouge, qui fera tourner l’archer et qui tiendra le bout de bois pour éviter qu’il ne parte en prenant garde à ne pas subir la brûlure du frottement. Une fois le tas de sciure incandescente obtenue, il nous faudra nous armer de patience et de stratagèmes pour souffler dessus et allumer notre premier feu dans un grand cri de joie.
Parmi les cinq groupes c’est celui formé par Jordi 7 ans et sa maman qui ont été les plus prompts à réussir ce challenge !

Après cette activité que nous avons tous réussie avec plus ou moins de brio, il est déjà l’heure du repas. Heureusement, nous n’avions pas besoin du feu pour les pique nique confectionné par nos soins. Nous avons donc mangé froid, petit rappel à l’époque pour l’homme n’avait pas domestiqué le feu. Nos conditions de vie en cette journée étant tout de même loin d’être aussi éprouvantes. Nous nous sommes mis à la recherche d’un coin d’ombre sur le bord du Verdouble dans lequel nous nous sommes aventurés pieds nus. Petit conseil : n’oubliez pas de mettre des chaussures prévues à cet effet. Nos pieds de citadins ne sont guère adaptés aux cailloux du fond des rivières.

Apprentissage et maniement des lances et propulseurs
« Avant la découverte du propulseur, le chasseur ne pouvait qu’attaquer des animaux inoffensifs car il attaquait au corps à corps. L’utilisation du propulseur lui permet de s’éloigner et de convoiter des animaux plus dangereux », nous explique Cyrille pour nous présenter l’une des activités de l’après-midi. Nous avons tous essayé le maniement du propulseur sur un lièvre dessiné dans une cible à une dizaine de mètres. Certains d’entre nous auraient certainement plus de mal que d’autres à trouver de quoi manger pour le repas du soir ! Le plus ancien propulseur découvert date d’environ -17.500 ans. Le site Hominidés.fr précise : « De nos jours, cette forme de chasse est encore utilisée par des chasseurs australiens et dans quelques populations d’Amérique du Sud. En Europe, on assiste à un regain d’intérêt pour ce type d’activité qui est considéré comme un sport par des mordus du propulseur ». Tous les ans depuis une vingtaine d’années, les équipes de Tautavel organisent, durant le mois d’avril, le « Championnat du monde de tir aux armes préhistoriques ». Une soixantaine de participants de tous horizons viennent concourir pour le titre suprême.

♦ Création de son outil préhistorique
De retour autour de Cyrille à écouter doctement son explication sur les différents outils créés par nos ancêtres pour pouvoir survivre. Nous sommes hypnotisés par la création d’un grattoir pour dépecer la peau de la bête que nous ne chasserons jamais. Car certes, majoritairement citadins, nous n’aurons pour la plupart jamais l’occasion de chasser un animal vivant. Mais nous sommes subjugués par l’ingéniosité déployée par Homo habilis, erectus, neanderthalensis ou Homo sapiens pour créer des outils qui leur faciliteront la survie. Après la démonstration, nous partons en quête de nos propres pierres pour fabriquer notre bi-face. Malgré nos recherches et notre habileté toute relative, ce sont les outils fabriqués par Maéva et Cyrille que chacun d’entre nous remporterons à la maison en guise de trophée et de souvenir de cette journée survie à Tautavel.

♦ Visite libre du Musée de Tautavel
Après cette journée riche d’apprentissage et de fous rires, nous sommes tous invités à poursuivre la découverte avec la visite libre du musée. L’occasion d’observer une partie 360.000 objets dont 149 restes humains découverts par les fouilleurs en plus de 50 ans d’excavation. Redécouvrir notre reportage « Immersion dans la peau d’un fouilleur ».

Renseignements et réservations auprès du Musée de Tautavel, par téléphone au 04.68.29.07.76 ou par mail contact@450000ans.com Coût de la journée 22€ par personne, groupes de 10 à 20 personnes.

 

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