Article mis à jour le 20 avril 2026 à 21:51
Une vaste palissade sépare depuis peu l’église Saint-Jacques du reste de la ville. Si la mairie met en avant une mesure de protection du site, les riverains et les associations de préservation du patrimoine dénoncent une aberration sociale, esthétique et patrimoniale. Quant au diocèse, il botte en touche et regarde ailleurs.
Il fut un temps où semer la discorde était un péché. Celui dont les actes créaient division et désunion était moralement aussi condamnable que le menteur ou le voleur. À Perpignan, la discorde prend la forme d’une haute barrière. Celle-ci, longue de plusieurs dizaines de mètres, barre depuis quelques jours l’accès au porche de l’église du quartier le plus pauvre de France. Cette église du XIIIe est aussi le siège de l’archiconfrérie de la Sanch, célèbre notamment pour sa procession du Vendredi saint.
Interpellés par cette installation imposante, des riverains s’indignent en se demandant comment un tel aménagement a pu voir le jour. Made in Perpignan a posé la question à la mairie de Perpignan. De façon laconique, la ville explique qu’il s’agit d’une « mesure de protection du site ». Une protection contre qui et contre quoi ? Les services affirment que le parvis est « régulièrement occupé de manière inappropriée. Ces usages entraînant des dégradations du monument : tags, dépôts de déchets, nuisances nocturnes et incivilités répétées ».
Les acteurs se renvoient la balle, des riverains choqués
Sollicité, le diocèse se montre embarrassé. « La mairie est garante de la sécurité dans les lieux accueillant du public, tels que les lieux de culte. Nous faisons confiance aux dispositifs mis en place par la municipalité de Perpignan », indique la direction épiscopale. Relancée, elle indique que le curé de la paroisse « n’a pas été directement consulté » mais que « si la mairie a fait ces aménagements, c’est qu’elle avait de bonnes raisons de le faire ».
Les riverains quant à eux évoquent la présence régulière de personnes toxicomanes. « C’est une ‘piquerie’ à ciel ouvert à certains endroits », indique un habitant du quartier. Un autre explique que des personnes sans domicile sont régulièrement présentes sous le porche de l’église. S’il dit que des nuisances sont effectivement constatées, il est heurté par la mesure. « En tant que chrétien, je suis choqué de voir que l’on ferme une église. Symboliquement, c’est très dur… On monte des grilles. Et c’est un décor de ghetto ».

Un troisième évoque un quartier « complètement dépassé par la misère » et regrette que « la seule solution trouvée soit la grille. C’est monstrueux et d’une bêtise affligeante. Surtout que les personnes se sont finalement déplacées de 20 mètres. La réalité c’est qu’ils n’ont plus de toit et que, depuis, ils sont installés dans le canisite (espace aménagé pour permettre aux chiens de déféquer, ndlr) ».
Puisqu’il semblerait donc que c’est la misère que l’on ne saurait voir, des alternatives à la barrière ont-elles été étudiées, notamment en lien avec des acteurs sociaux ? Mystère. La mairie n’a pas répondu à cette interrogation.
« Un total manque de réflexion » sur le patrimoine
Enfin, à la question des motivations, s’ajoute celle des autorisations et des impacts. « L’architecte des bâtiments de France a validé ça ?! » interroge un riverain sur les réseaux sociaux. Contactée, l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine (UDAP 66) n’a pas répondu.
De son côté, l’Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais (Aspahr) fustige par la voix de son porte-parole, Olivier Poisson, un dossier « consternant ». « Ça détruit l’aspect de cette église, de ce porche. Un porche ouvert, c’est fait pour être un porche ouvert. Nous sommes ici face à un total manque de réflexion sur ce qu’est le patrimoine ». Selon l’Aspahr, à travers ce dossier, la mairie de Perpignan « prétend assurer la sécurité, alors qu’elle n’agit que sur l’image de sécurité ». Reste aussi la question de la pérennité de l’installation. D’après la mairie, la clôture en bois sera « provisoire » avant d’être remplacée par une autre, en fer forgé.
Un projet similaire a déjà vu le jour à l’église Saint-Martin de Perpignan, en 2024. Le procédé est le même : de vastes barrières empêchent depuis l’accès au parvis de l’église. Cette fois, le projet avait été conduit sous l’égide du diocèse et en raison de la présence, là aussi, de personnes SDF. La charité chrétienne, probablement…
- À Perpignan, la mairie barricade l’église Saint-Jacques et invoque « une mesure de protection » - 20 avril 2026
- Revue de presse du 19 avril 2026 : Ils ont parlé de Perpignan et des Pyrénées-Orientales - 19 avril 2026
- Débats, musique et marché de producteurs : la Confédération paysanne organise une fête engagée pour le futur des Pyrénées-Orientales - 17 avril 2026
