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L’amande des Pyrénées-Orientales redore son blason au cœur d’une filière mondialisée

Espoir face à la déprise agricole, renouveau de la filière ou bien pari incertain ? Dans les Pyrénées-Orientales, les producteurs d’amandes doivent jongler entre rentabilité difficile et concurrence étrangère. Mais certains montrent avec ingéniosité comment y trouver son équilibre. Reportage.

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Ginette s’affaire depuis une semaine. Elle pince, secoue et dépouille les amandiers les uns après les autres. Ginette, c’est le nom de la machine de récolte du GAEC Les Vergers Bio de Steph et Niko, à Saint-Féliu-d’Avall. Et cette année, elle est sortie du garage en avance. « On a une dizaine de jours d’avance sur toutes les récoltes à cause de la canicule, explique Nicolas, exploitant. Pour les amandes, normalement, on ne commence pas avant la fin août. »

L’amande à la racine d’une exploitation

Sur son tracteur, il passe les arbres un à un. Le fruit tombe dans le parapluie de Ginette avant d’être séparé des branches et feuilles puis stocké. Pour le moment, c’est la mandaline qui est prête à être récoltée. Le reste des variétés viendra dans les prochaines semaines. Grâce à cette diversité et à un modèle de production et de distribution conçu par et pour eux-mêmes, les deux associés parviennent à faire de l’amande leur produit phare, qui fait partie du socle essentiel à la stabilité de l’exploitation. Le fruit représente potentiellement 20 % du chiffre d’affaires.

Après neuf ans ciblés sur l’amande, leur activité se diversifie toutefois. Cerises, nectarines, kakis, poires, pommes agrumes viennent s’ajouter au fruit sec. Onze hectares d’une production diversifiée. Chacune avec des rythmes bouleversés par les intempéries. La récolte de l’amande vient par exemple percuter celle de la pomme cette année. Mais un arbre après l’autre, le GAEC se consolide.

Une filière encore à tâtons

« Avec plusieurs fruits et plusieurs variétés de chaque fruit. On peut rebondir en cas d’intempéries. » Cet été par exemple, les fruits ont légèrement souffert de la chaleur, les amandes, elles, s’en sortent pour l’instant mieux. « C’est aussi la conséquence de la restructuration des arbres. Ils ont 40 ans. Quand on est arrivés en 2018, on les a taillés pour. Depuis, les années ont gagné en rentabilité. On ne va pas tarder à être en pleine production. » Les maraîchers ont préféré cette solution à celle, trop coûteuse, qui consiste à tout arracher et replanter. Un pari risqué mais réussi, à l’image d’une filière de l’amande qui tâtonne dans les Pyrénées-Orientales.

« Il y a une culture de l’amande qui a été oubliée ici. Avant, il y avait beaucoup d’amandiers pourtant, mais on manque parfois de référence. On regarde surtout du côté de la Provence. »

Aujourd’hui cependant, le fruit à coque est un espoir de diversification, dans un contexte de déprise agricole et d’une viticulture en crise. Au même titre que la pistache, l’olive ou encore la grenade. « J’espère que ces productions vont fonctionner, explique Julien Thiery, spécialiste viticulture de la Chambre d’agriculture. Mais ce sont des productions sur lesquelles on n’a pas ou peu de références technico-économiques. Souvent des petites filières où on passe rapidement du besoin à la surproduction. »

Les Américains mettent le fruit français à l’amande

L’amande du pourtour méditerranéen fait en outre face à la concurrence américaine. Alors que la France produit moins de 1000 tonnes par an, elle en importe 30 000. La quasi-totalité des amandes consommées dans l’hexagone, premier pays consommateur, vient de l’étranger, plus précisément de la Californie aux États-Unis. De la production en masse qui permet de faire baisser les prix en distribution. Difficile de s’aligner pour Steph et Niko, qui ont par ailleurs fait le choix du bio et du local en faisant casser leurs amandes à Rivesaltes.

Il y a quelques mois, le président de la Compagnie des amandes, premier producteur français, avait saisi l’Autorité de la concurrence. François Moulias dénonçait une « concurrence déloyale » des États-Unis. « C’est parce qu’ils produisent des amandes beaucoup moins chères, en utilisant des pratiques déloyales, qu’ils sont parvenus à inonder le marché », expliquait-il au micro de franceinfo.

Construire sa stabilité sans se brûler les ailes

Alors face aux amandes mondialisées, les producteurs assurent leurs arrières. Steph et Niko ont construit leur propre stratégie pour gagner leur vie grâce à un fruit à l’origine peu rentable. « On a construit une gamme apéritive qui fonctionne bien et que l’on fait nous-même. » À partir de septembre, les maraîchers sont aux fourneaux. « On déploie aussi une gamme sucrée, cette fois-ci avec un pâtissier, qui fait des pralines ou des amandes caramélisées. »

Autre choix majeur, Les Vergers Bio de Steph et Niko ne font pas partie d’une coopérative. Ils gèrent leur vente, ce qui leur permet de garder des prix rentables et de valoriser au maximum le fruit. De la coque, qui devient aux combustibles, au fruit. « Peu de nos fruits sont déclassés. » Un engagement qui se fait parfois au prix de la tranquillité d’esprit. « C’est quelque chose que l’on a toujours en tête. Comment ne pas perdre le fruit ? Est-ce qu’il faut embaucher ? À qui vendre ? » Leurs amandes sont pour l’instant vendues dans un réseau de proximité qu’ils ont construit, et dont le point de vente principal est la boutique Oh délices paysans, au Soler.

Si les deux agriculteurs réfléchissent à renégocier la vente de leurs éventuels excédents avec les grandes surfaces, ils semblent surtout avoir créé un écosystème à leur échelle pour que leurs amandes survivent dans les Pyrénées-Orientales. Face au mastodonte américain, leur réponse sera une culture à taille humaine. « C’est le dernier projet d’une vie », confie Niko.

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