Mauvaises herbes ou véritables torches ? Alors que le risque incendie s’installe durablement dans les Pyrénées-Orientales, le débroussaillement s’impose comme indispensable à la sécurité civile. Mais au cœur des réglementations, les particuliers s’y perdent parfois. Les pouvoirs publics se structurent pour consolider la stratégie.
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Température élevée, vent et végétation sèche composent le cocktail parfait pour les incendies. Pour prévenir les feux, l’un des axes majeurs est donc d’en supprimer un ingrédient en débroussaillant. Enlever la végétation à proximité des habitations pour éviter que les flammes ne se propagent. Sur le papier, rien de sorcier. En pratique, c’est toute une mécanique de pédagogie, de prévention, et de contrôle.
Diminuer les incendies, protéger les bâtiments
Le débroussaillement peut éviter la propagation d’un feu mais surtout protéger les habitations et les routes, ainsi que les pompiers en cas d’intervention. « C’est un intérêt à double sens : éviter que les feux s’échappent des zones urbanisées et celles dans lesquelles il y a la présence de l’homme, à l’origine de 9 feux sur 10. Et à l’inverse, lorsqu’il y a un feu, éviter qu’il n’atteigne les habitations », explique Rémi Savazzi, expert incendie à l’Office national des forêts (ONF).
« Les retours d’expérience ont montré que la majorité des maisons qui étaient impactées par les feux, ce sont des maisons qui n’étaient pas ou mal débroussaillées. »
Et sécuriser les alentours de son habitation n’est pas une option. Des obligations légales de débroussaillement sont en vigueur dans les territoires vulnérables. Pour ce qui est des Pyrénées-Orientales, une majorité du territoire, répertorié sur une cartographie, est concernée. L’ONF opère au nom de l’État toute l’année pour prévenir le risque. En 2025, il revendique avoir réalisé 11 000 contrôles de bâtiment. « L’État oriente les contrôles vers les sites les plus à risque, comme les campings, des quartiers très exposés », détaille Rémi Savazzi. Dans 30 % des cas seulement, les bâtiments sont conformes.
Une démarche de contrôle »progressive »
« L’idée n’est pas de verbaliser pour verbaliser mais de mettre en place des contrôles progressifs. Il y a d’abord une phase de sensibilisation puis on revient six mois plus tard. » Une première étape durant laquelle les agents jugent déjà des efforts des particuliers, qui peut déjà aller jusqu’à la verbalisation en cas de mauvaise volonté. « Mais on reste indulgents. On revient encore plus tard pour vérifier que ça a été fait. Il faut y aller progressivement. Ça sert à rien de buter les gens qui vont être face à quelque chose qu’ils comprennent pas et qui vont avoir encore moins envie de faire. » Durant le feu de Trévillach, le débroussaillement et les deux ans et demi de contrôle ont été salvateurs pour la commune de Montalba-le-Château, comme l’explique sa maire Marie Martinez à Franceinfo. « Toutes les maisons qui avaient fait leur obligation légale de débroussaillement ont été sauvées. »

Le débroussaillement est obligatoire dans un périmètre de 200 mètres des forêts exposées aux risques d’incendie. Dans cet espace, selon le code forestier, dès lors qu’il existe un bâtiment, une habitation ou une voirie, la zone doit être débroussaillée dans un périmètre de 50 mètres. Dans les Pyrénées-Orientales, les maires peuvent l’étendre à 100 mètres. Pour un particulier, cela signifie qu’il peut être obligatoire d’aller débroussailler chez son voisin. La procédure est alors d’envoyer un courrier. En cas d’autorisation ou d’absence de réponse, il faut prendre en charge la parcelle. En cas de refus, l’obligation de débroussailler repose sur le voisin en question.
Débroussailler sans raser
Viennent ensuite l’art et la manière. Et le débroussaillement ne veut pas dire coupe rase. Il s’agit bien de retirer les herbes, espacer les arbres les uns des autres, et retirer les basses branches. En bref, la forêt doit pouvoir repousser, même après votre passage. Ces modalités sont fixées par arrêté préfectoral. Le ratissage doit être effectué, les arbres peuvent être conservés s’ils sont distants les uns des autres, et ne doivent pas surplomber un bâti, les haies doivent respecter certaines dimensions, etc.
« On ne demande pas aux gens de créer un désert autour de chez eux, détaille Rémi Savazzi. Le débroussaillement n’est pas là pour supprimer la forêt. »
Des obligations parfois lourdes face au manque de moyens
Un travail essentiel mais physique et parfois coûteux. « Si on habite en lisière d’un lotissement ou si on est en mas isolé en plein milieu de la forêt sans voisins avec qui on se partage l’obligation, ce n’est pas la même chose. Et puis effectivement, quand on est jeune et en pleine possession de ses moyens et qu’on peut faire une grosse partie soi-même, c’est plus facile que quand on est âgé et qu’on n’a pas d’autre choix que de le faire faire. » Une prestation annuelle que tous les porte-monnaie ne peuvent pas se permettre. Des solutions émergent sur le territoire. Au micro d’Ici Roussillon, le maire de La Bastide, Daniel Baux, propose par exemple une nouvelle taxe pour financer le débroussaillement des forêts, inspirée du modèle GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) qui a permis la création des syndicats de bassins mixtes.
Miser sur la prévention plutôt que de payer les conséquences. C’est aussi ce que prône l’association Les Sentinelles des Albères, qui s’est construite au lendemain du feu de Saint-André, en 2023. « Les communes, surtout les petites, n’ont pas toujours les moyens de faire appliquer les obligations », regrette Yann Soubielle, son coprésident. Les sentinelles plaident pour une police rurale déléguée aux communautés de communes qui prennent en charge les contrôles.
« Le fait est que maintenant il y a beaucoup plus de zones qui sont explosées. Les terrains qui étaient agricoles hier sont aujourd’hui des friches. Parce qu’il y a certains terrains qui ne sont plus exploités depuis 30 ans » Pour lui, le débroussaillement doit être couplé à une redynamisation agricole.
Ne pas attendre que la maison brûle
Au-delà des responsabilités individuelles, le problème semble bien structurel, ce qui n’empêche pas de compter sur chaque citoyen. « Quand on achète des parcelles à une zone agricole ou forestière, il faut être conscients de cette obligation », prévient Yann Soubielle. Pour Rémi Savazzi, il est important d’alerter les maires en cas de difficultés.
Et surtout, l’enjeu est de maintenir la vigilance tout au long de l’année. « Les gens prennent conscience qu’il y a besoin de débroussailler quand il y a des feux pas loin de chez eux. Dès que ça se calme, on sent qu’il y a un peu de relâchement aussi. Or le débroussaillement, c’est tout le temps », explique l’agent de l’ONF. Car la prévention se joue avant la catastrophe, en particulier au printemps. Alors pas besoin de se jeter sur les outils maintenant. Les étincelles qu’ils provoquent pourraient d’ailleurs créer l’effet inverse. Néanmoins, le risque incendie s’anticipe dès l’automne qui arrive.
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