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Boutiques vandalisées à Perpignan : la colère des commerçants après les violences du 17 octobre

Ce samedi 17 octobre, les manifestations ont dégénéré à Perpignan avec la présence de casseurs en marge des cortèges qui s’en sont pris à des magasins. Au moins six commerces ont été vandalisés et pillés. D’autres ont subi quelques dégâts, comme des graffitis, sans oublier les manques à gagner. Des voix commencent à s’élever contre l’impréparation face à ces débordements.

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Nadia Kharbouch est élue au commerce pour la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) et commerçante au centre-ville de Perpignan. Elle évoque ces magasins de vêtements de marques qui ont été vidés, les vitrines des Galeries Lafayette brisées, et d’autres dégradations. Pour elle, rien de symbolique dans ces violences, juste du vol de produits bien spécifiques et attractifs. « Six commerces ont été complètement dégradés, en plus du mobilier urbain, des voitures… »

Pour Nadia Kharbouch, c’est un coup de massue supplémentaire après des années économiquement difficiles. « Il y a une désaffection du centre-ville, on n’a pas besoin d’avoir en plus ce type de mouvement. Surtout le samedi en entrée de saison, qui est une grosse journée commerciale. »

« On s’est barricadé, je leur ai donné de l’eau »

Elle raconte comment, après une interdiction de se rassembler le matin place République, des pilleurs s’y sont invités l’après-midi. Le tout dans un manque d’informations sur les déplacements.

« On était un peu soulagés que la manifestation du matin n’ait pas eu lieu. Le coup est tombé à 14h, ça a été vraiment soudain, avec de la violence, des gaz lacrymogènes partout. Il y a eu deux vagues. »

Les commerces ferment dans la précipitation. Les arrivées de casseurs ne sont pas annoncées par les forces de l’ordre ou la préfecture mais par les commerçants entre eux qui captent des mots d’ordre dans les cortèges. « Il y a eu de grosses défaillances. » Elle évoque la terrasse du Café de la bourse prise d’assaut, et les nuages de gaz. « J’ai récupéré des clients dans ma boutique, près de la mairie, qui s’étouffaient. On s’est barricadé, je leur ai donné de l’eau. »

« Rentrez tous dedans, on va tout casser »

Hélène Colls tient une enseigne fromagerie et traiteur sur la place République de Perpignan. « Cela fait 42 ans que je suis là et je n’avais jamais rien vu de tel » raconte-t-elle. « L’après-midi on a du baisser les rideaux et regarder, malheureusement, la parfumerie Séphora se faire piller. » Pour la commerçante, il n’y avait aucun dispositif de sécurité sur place au moment des dérapages. « Il n’y avait pas de policier, aucun CRS. Ils n’ont pas mesuré l’ampleur de ce qui arrivait. C’est une manifestante qui mettait des affiches qui nous avait dit ‘rentrez-tous dedans, on va tout casser’. »

Hélène Colls rejoint la colère de ses confrères, inquiète de nouveaux dégâts en cas de manifestation le samedi 24. « Le préfet a intérêt à réagir vite, car des commerçants du centre ville, il n’y en aura plus beaucoup. On a des loyers, des crédits, on travaille avec du stress, et il faut en plus protéger nos employés. »

Des appels à constituer des groupes de défense entre particuliers

« Le problème est qu’on est en train de parler de gens qui vont très certainement vouloir se défendre et se faire justice eux-mêmes » s’inquiète Nadia Kharbouch. « On va assister à d’énormes dérives, je pense que ce n’est pas une solution, il faut encore faire confiance aux autorités compétentes et calmer le jeu. »

Précisément, des appels à former des groupes privés de sécurité se multiplient sur les réseaux sociaux. Une page Facebook « Protection des commerçants de Perpignan » suggère de mobiliser pour chaque boutique une dizaine de bénévoles de « solidarité citoyenne », quand la protection des pouvoirs publics est insuffisante. Il est précisé que les équipes de soutien aux commerçants ne doivent pas être armées et rester pacifiques. Difficile cependant d’imaginer qu’on puisse garantir l’absence de confrontation. Le responsable d’un pressing de Perpignan prend moins de pincettes. « Les personnes honnêtes et pacifiques vont-elles devoir se former et s’armer ? » interroge-t-il en suggérant « une nouvelle forme de résistance ».

Faut-il sanctuariser le centre-ville ?

En attendant les prochaines mobilisations, les commerçants touchés commencent à évaluer les dégâts. « Les assurances ne répareront jamais l’intégralité, craint Nadia Kharbouch. Cela demande des formalités très longues et très lourdes. Il y a la marchandise qui manque, les dégradations et les journées de fermeture. » Des frais qu’il faut avancer sur une trésorerie déjà morose. « Et même les commerces non touchés sont aussi des victimes, car il y a une terreur de circuler en centre-ville, et la clientèle ne sera pas au rendez-vous. »

L’élue au commerce souhaite interdire les manifestations sur le cœur de Perpignan. « Le centre-ville doit être une bulle à protéger, avec un périmètre défini de protection. Nous demandons l’interdiction pure et simple du rassemblement en centre-ville. »

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Philippe Becker