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Molon Labe, Gunfighters : que signifient ces blasons portés par un policier aux propos sexistes et racistes à Perpignan ?

Article mis à jour le 5 octobre 2026 à 18:12

Les vidéos de ces échanges sont devenues virales sur les réseaux sociaux. « Si demain tu te fais agresser par trois blédards qui veulent te violer… » Au-delà de ses arguments douteux, un policier en intervention devant les lycées Maillol et Arago de Perpignan arbore d’intrigants blasons sur son uniforme. Le point sur leur signification et les milieux où ces symboles sont employés.

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La scène se déroule lors des rassemblements lycéens, le vendredi 2 octobre 2026. Made in Perpignan s’est procuré les versions longues, non coupées, des séquences vidéo virales. Aux abords du lycée Maillol de Perpignan, un policier en tenue d’intervention, une bande bleue sur le casque, s’adresse à des manifestants. La scène est filmée et plusieurs séquences sont envoyées à la rédaction. Sur les vidéos, aucun matricule RIO (Référentiel des Identités et de l’Organisation) obligatoire permettant d’identifier le policier n’est visible, que ce soit sur la poitrine ou le dos. Son insigne de grade semble indiquer qu’il est brigadier-chef.

Il s’adresse d’abord à une enseignante, en posant la main sur elle. « Arrêtez de me toucher » dit-elle. « Mais non madame, c’est très bien » répond-il. « Pourquoi ? » s’étonne l’enseignante. « Parce que ça me plaît. » Elle poursuit « ça fait partie de votre fonction d’avoir du plaisir à toucher des enseignantes ? » Il répond « exactement. » Une autre séquence le montre près du lycée Arago avec des lycéennes, qui se plaignent d’avoir été gazées. Il demande alors à la jeune fille si elle dira la même chose quand il gazera des « blédards » qui voudraient la violer.

« Le sexisme, la misogynie, le racisme décomplexé, on savait »

Nous avons retrouvé la professeure concernée, qui n’est pas à l’origine des vidéos. « Il était près de midi, devant la boulangerie en face du lycée Maillol » raconte-t-elle. « Il y avait énormément de gaz lacrymogène. » Selon la professeure, également co-secrétaire du syndicat Sud 66 Solidaires, elle se tenait à l’écart du cortège et les policiers empêchaient les enseignants de rejoindre les lycéens. « J’aurais voulu leur apporter de l’aide. Le policier avec les écussons a commencé par me dire qu’on n’en serait pas là si nous enseignions mieux… J’avais envie de lui dire qu’il ne serait pas là non plus, si on enseignait mieux… »

« Il a mis sa main sur mon épaule alors qu’on reculait déjà tous, il n’y avait pas besoin de ça. Et c’est là qu’il m’a dit que ça lui plaisait. »

L’enseignante, qui déclare avoir saisi l’IGPN*, évoque de nombreux policiers dénués de numéros RIO. « Il y a un sentiment d’impunité très fort. On sent une haine des profs. Le sexisme, la misogynie, le racisme décomplexé, on savait. Mais de voir que ça se dirige vers des professeurs, qui sont aussi des représentants de l’Etat, et vers des gamins, c’est assez fou. Tous mes collègues disent leur sidération. »

Des symboles courants dans les milieux d’extrême droite

Sur la poitrine du policier, à défaut de numéro RIO, deux écussons qui n’ont aucun lien avec l’uniforme policier règlementaire. Le premier représente un guerrier spartiate avec une inscription en grec ancien, Molon Labe. Cette phrase signifiant « Venez les prendre », attribuée à Léonidas quand il était sommé de déposer les armes, pourrait sembler anodine.

Dans son utilisation contemporaine, le Molon Labe est d’abord utilisé par le lobby pro-armes américain, avant d’être, comme l’explique le Washington Post, un slogan de la droite radicale. En Europe, son appropriation par les milieux d’extrême droite, identitaires et même néonazis est largement documentée. Génération Identitaire a ainsi utilisé l’imagerie spartiate. Pour ses partisans, le symbole de la résistance de Sparte face aux Perses illustre la résistance occidentale à un grand remplacement fantasmé. Le Molon Labe constitue aussi ce qu’on appelle un « dog whistle » ou signe de ralliement discret pour les membres de l’ultradroite.

Des policiers motards dans un bar identitaire

L’autre écusson sur la poitrine du policier représente l’appartenance aux Gunfighters, un club de motards né aux Etats-Unis, réservé aux membres des forces de l’ordre actifs ou retraités. Une antenne du Gunfighters MC, ou chapter dans le jargon, a été créée il y a quelques années à Perpignan. S’agit-il de convivialité et de caritatif, comme plusieurs autres groupes de bikers ?

Le chapter de Perpignan se réunissait au bar identitaire d’ultradroite « 7.59 » à Canohès, qui abrite aussi des militants Reconquête ou encore des conférences d’Egalité et Réconciliation, le mouvement du polémiste négationniste Alain Soral. Les membres des Gunfighters s’y affichaient à visage découvert sur les réseaux publics, avant de s’établir du côté d’Argelès-sur-Mer.

Les forces de l’ordre ont-elles le droit d’afficher ces symboles ?

Au-delà des idéologies que peuvent ou non recouvrir les écussons, un policier peut-il afficher ses appartenances alors qu’il est en service ? Là aussi la question est documentée. L’article 113-18 du RGPEN** prohibe explicitement tout signe ou insigne d’appartenance associative, politique etc. Plus restrictifs encore, d’autres articles précisent que la tenue du policier et les insignes sont fixés par arrêté ministériel. Tout ce qui est arboré doit être prévu par la réglementation.

En 2018, le journal Libération via son format Checknews s’interroge sur ces écussons, et en particulier le Molon Labe. Le ministère de l’Intérieur, questionné, confirme alors l’interdiction en assurant que l’écusson ne devrait pas figurer sur l’uniforme d’un CRS, et ajoutant que le cas « a été signalé à la cellule disciplinaire CRS. Des sanctions sont possibles. Ce qui est sûr, c’est que l’insigne disparaîtra. » Huit ans plus tard, l’insigne semble avoir la vie dure.

Interrogée que la question, la préfecture répond ce lundi 5 octobre : « Plusieurs sources ont signalé le comportement d’un policier ayant arboré des insignes et tenu des propos incompatibles avec le port de la tenue. Ce signalement a été pris très au sérieux. Le policier a été identifié. Une enquête administrative pré-disciplinaire a été immédiatement engagée à son encontre. »

*IGPN : Inspection générale de la police nationale
**RGPEN : Règlement général d’emploi de la Police nationale

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