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Collages politiques à Canohès : pourquoi la mairie RN a porté plainte contre un collectif féministe

Carla Muti, la maire (RN) de Canohès, a porté plainte en son nom et en celui de sa commune contre le collectif féministe antifasciste « Les Gisèles ». La raison ? Un collage d’affiches réalisé dans l’espace public fin juin. Quelques mois plus tôt, pour un collage de soutien à un groupuscule d’extrême droite dissous, l’élue avait condamné publiquement, sans déposer plainte.

Un collage qui laisse des traces. A Canohès, le collectif féministe et antifasciste « Les Gisèles » a procédé à un affichage nocturne dans la nuit du 22 au 23 juin. Différents slogans ont été retrouvés dans plusieurs endroits de la commune. Les messages ciblaient notamment la maire, Carla Muti, élue pour la première fois en mars dernier avec l’étiquette Rassemblement national (RN). Sur les réseaux sociaux, les Gisèles ont revendiqué ces collages dans une « commune devenue RN » et abritant « le bar identitaire 7.59 ». 

Les slogans écrivaient notamment : « + de 69 ; – de 7.59 », « Carla Mutée » ou « Carlamité »… Face à ces messages qui la mettent nommément en cause, l’édile a décidé de porter plainte. Contactée par Made in Perpignan, elle explique : « Il y a des collages un petit peu partout à mon encontre, nominatifs, moqueurs et désobligeants ». Carla Muti a donc décidé de doublement porter plainte, « pour outrage à élu » en son nom. Et « au nom de la municipalité pour affichage sauvage et pour les désagréments occasionnés ».

« Révolutionnaires sous couvert d’anonymat » 

Carla Muti déplore des attaques personnelles. « Je ne vois pas trop en quoi c’est très révolutionnaire que d’aller attaquer une personne directement. Ce n’est pas comme ça qu’on défend des idées. En plus, elles (Les Gisèles) font ça sous couvert d’anonymat. C’est bien facile ». En tant que maire, elle regrette également d’avoir dû mobiliser les ressources communales pour effacer ces collages.

« Ça coûte à la collectivité de devoir constater et nettoyer. Mais c’est aussi du temps perdu, parce qu’on paye les agents pendant ce temps-là, durant lequel ils ne sont pas sur autre chose ». 

Carla Muti entend afficher sa fermeté : « ce sont des affichages sauvages, pénalement répréhensibles, c’est interdit. Je pense qu’il est nécessaire de systématiquement porter plainte ».

« Systématiquement porter plainte »… mais pas contre le 7.59 ? 

Un discours fort qui interroge. Depuis son élection, Carla Muti a été confrontée à d’autres collages et en particulier à un autre impliquant des membres du bar identitaire 7.59, ouvertement d’ultra droite. Ce lieu détenu par une association se définit comme un « bar patriote, créé par les nôtres, pour les nôtres ». 

Le 4 avril dernier, soit quelques semaines seulement après les élections municipales remportées par Carla Muti, une affiche de soutien au groupuscule « Le Bloc montpelliérain », dissous le 6 mars 2026 par le ministère de l’Intérieur, avait été trouvé sur un pont de Canohès. 

Ce pont avait déjà été utilisé comme support d’affichage par des membres du 7.59 et d’autres groupuscules avant l’élection de Carla Muti. Un collage en hommage à « Jean-Marie Le Pen éternel » avait été revendiqué par Unité Sud. Avant un autre collage soutenant le « 7.59 pour 1000 ans », une référence au Troisième Reich.

Interrogée sur le collage en soutien au Bloc montpelliérain, intervenu après son élection, Carla Muti fait part de son agacement. « Vous allez encore me parler de l’extrême droite et du 7.59, ça commence à m’agacer. Que ce soit les uns ou les autres, ça me pose problème de façon égale. Pour ce collage, j’avais fait un signalement au préfet et j’avais aussi demandé à mes services de nettoyer. »

Le 7.59 ne trouble pas « l’ordre public »

La maire de Canohès déplore également les suspicions dont elle serait l’objet. « Je ne vais pas passer mon temps à me défendre de choses pour lesquelles je n’ai rien à voir. Vous comprendrez bien que, de par mon parti politique, il y a des gens qui vont faire un raccourci rapide et dire que je cautionne ».

Pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir déposé plainte ? « Je connais la personne qui tient cette association. Je lui ai téléphoné. Je lui ai dit ‘tu arrêtes' ». Le collage en hommage au Bloc montpellierain constituait pourtant bien, lui aussi, un affichage sauvage. Et il a nécessité la mobilisation de la police municipale, le nettoyage par les services techniques et donc coût pour la collectivité. Carla Muti fait la distinction avec Les Gisèles. « Là, on m’attaque directement, donc je porte plainte. »

Et concernant le 7.59 en lui-même pour lequel elle estime être souvent interpellée, Carla Muti répond qu’à « ce jour, je ne peux pas dire qu’ils troublent l’ordre public, rétorque Carla Muti. Donc sur quel motif les ferais-je fermer d’un point de vue préfectoral, alors qu’ils ont fait un collage ? »

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Sébastien Leurquin