Article mis à jour le 29 juillet 2026 à 15:23
Ceinturer les zones d’habitation grâce au pastoralisme pour les protéger du feu. Le vœu de la préfecture des Pyrénées-Orientales est pieux, et la méthode a déjà prouvé son efficacité. Mais derrière elle, c’est toute une filière qui demande à être accompagnée pour se structurer, après des années de déprises agricoles. Photo d’illustration © Ekrem Osmanoglu – Unsplash.
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Chevaux, chèvres et moutons pourraient bien être cruciaux dans la lutte contre les feux, qui se multiplient depuis quelques semaines partout en France. Dans les Pyrénées-Orientales, l’incendie de Trévillach est encore frais dans les mémoires, et les solutions s’esquissent. Le préfet a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour expérimenter des « ceintures de protection » autour des communes vulnérables aux feux. Il s’agit de dessiner des cercles sécurisants autour des villes et villages. Le plus large est un cercle de pâturages. L’objectif : que la présence de troupeaux en pastoralisme, c’est à dire mobile, permette de maîtriser la végétation et sa densité aux abords des zones résidentielles.
« On n’installe pas des agriculteurs sans garantie de revenu »
« On se réjouit de cette prise en compte du pastoralisme, reconnaît le co-porte-parole de la Confédération paysanne des Pyrénées-Orientales, François Douville. Mais il faut aussi soutenir le modèle. » Pour lui, il est aujourd’hui trop risqué de s’installer sans garantie de revenu. La Confédération s’accorde sur ce point avec la chambre d’agriculture.
Le pâturage est déjà sollicité pour créer des zones de défense des forêts contre les incendies (DFCI), où les pompiers peuvent se replier en cas de feux. L’État sollicite les éleveurs pour créer ces tampons de sécurité. Aujourd’hui, il n’est plus question de zones en forêt, mais plutôt, à grande échelle, de ceintures de pâturage autour des espaces d’habitations, dans des parcelles abandonnées et défrichées, fruit de la déprise agricole. « On se retrouve avec des espaces non entretenus en périphérie des lieux habités, ce qui crée un risque d’incendie auparavant inexistant, car il était géré par l’économie », expliquent les services de la Chambre d’agriculture.
Des parcelles en friche difficiles à identifier
Installée dans une commune du Fenouillèdes, Marny, qui réalise des pensions pour chevaux, peine parfois à faire valoir son activité auprès des collectivités et des particuliers. « On a des secteurs dans lesquels les zones se sont divisées d’héritier en héritier. Les communes ne savent plus vraiment à qui cela appartient. Donc même si elles envoient un courrier pour inciter à débroussailler, elle ne vérifie pas, donc ça reste en friche. » L’éleveuse craint que ces zones ne partent en fumée.
« Là, je prie pour qu’il n’y ait pas d’incendie parce qu’on sait qu’il y a de la broussaille partout autour du village. »
Après les premières semaines caniculaires de l’été. Marny a bien vu une prise de conscience générale dans son entourage. « Les gens m’ont finalement appelée. Mais en plein mois de juillet. Moi, j’ai un parcours, et il se prépare à l’avance. Mes chevaux ne sont pas des machines que l’on appelle et qui débroussaillent. Et puis sous 45 degrés, ce n’est pas possible pour eux d’être sur des parcelles au soleil. Il faut que le secteur soit mangé fin juin, début juillet, et que les chevaux repartent en forêt. » Samantha, installée à Caixas avec brebis et chèvres, explique comment la mise en place d’un pare-feu demande du temps. « J’installe des parcs en filet. Si on ne fait que pâturer sur un chemin, les chèvres ne vont manger que ce qu’elle préfère. Pour qu’elles mangent tout, il faut qu’elles restent longtemps au même endroit. »
Une météo propice aux broussailles
Cette année plus que les autres, il a plu jusqu’au printemps dans les Pyrénées-Orientales. Provoquant la pousse des végétaux peu avant la première vague de chaleur qui les a asséchés. La fenêtre de tir pour le défrichage était étroite. Le pastoralisme ne peut alors prendre en charge les friches que s’il se structure en amont. « Le pastoralisme, c’est super mais pas magique, enchérit Julie, éleveuse de chèvres près de Mosset. Les animaux mangent petit à petit. La broussaille ne disparaît pas du jour au lendemain. »
« Il faut un maillage du territoire. Techniquement, ce n’est rien de spectaculaire. Il faut identifier les parcelles, les proposer à des agriculteurs. Tout le monde fait le même constat pour ce qui est de la déprise agricole. Et c’est un choix politique », revendique François Douville.
Ces parcelles sont précieuses pour les éleveurs de troupeaux en pâturage. En matière de revenus agricoles, il est souvent question de la PAC, Politique agricole commune, qui rémunère les agriculteurs. Dans le cas du pastoralisme, les éleveurs doivent attester des zones qu’ils débroussaillent. « Je dois signer des contrats pour pouvoir pâturer dans certaines zones. Mon activité en dépend directement », explique Marny.
Les sols des Pyrénées-Orientales peu valorisés
Plus une parcelle est « riche », plus il y a intérêt à y installer son troupeau. Ce qui bloque dans les Pyrénées-Orientales, c’est justement le type d’espace valorisé. « La PAC paye les céréales et l’herbe grasse. Mais on en possède peu. Si on veut que ce soit bénéfique à la fois pour les villages qui ont besoin de ceintures de sécurité, et pour les agriculteurs et agricultrices, il faut que les spécificités du territoire soient subventionnées », détaille Julie. En d’autres termes, les éleveurs du département pâturent des plantes peu primées, ce qui peut décourager les installations et l’organisation d’un système de pâturages. « Notre territoire est hyper spécifique, en bord de Méditerranée, et pas du tout représentatif de ce que subventionne la PAC. »
« L’agriculture méditerranéenne n’est pas reconnue par la PAC », résume François Douville de la Confédération paysanne.
L’Union européenne reconnaît toutefois les difficultés propres à chaque territoire, à travers, les indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN). Elles prennent en compte les spécificités des zones montagneuses et « défavorisées ». « Les critères d’ICHN ont récemment été modifiés et prennent moins en compte la plaine, détaille François Douville. Sa suppression dans certains espaces a fait remonter les troupeaux en montagne. » Les éleveurs ont grimpé en altitude pour bénéficier de cette valorisation, délaissant les zones proches des villes et villages.
Pour contourner les difficultés de rémunération, certains pensent à vendre la prestation de débroussaillage. C’est le cas de Samantha aux alentours de Caixas, qui propose aux particuliers d’installer des parcs pour défricher un terrain. Elle pourrait également intervenir le long d’une route départementale pour la rendre moins vulnérable au feu. « Ça compte comme une prestation de service. » L’éleveuse voulait d’ailleurs s’installer et s’inscrire à la chambre d’agriculture à ce titre, ce qui n’a pas été possible. Elle doit aujourd’hui produire de la viande pour être administrativement agricultrice. Pour la FDSEA des Pyrénées-Orientales et la Chambre d’Agriculture, ce modèle n’est en effet pas la priorité. « On ne veut pas des paysagistes qui font pare-feu. Il faut que les revenus viennent de la production », explicitait récemment le président du syndicat agricole Bruno Vila.
Quel budget pour débroussailler les Pyrénées-Orientales ?
Les espoirs portent alors sur les négociations en cours en ce moment à l’échelle européenne pour une nouvelle politique agricole commune. Elle serait mise en œuvre en 2028. En parallèle, la chambre d’agriculture a chiffré la création d’une ceinture de protection d’un kilomètre autour des zones urbanisées des Pyrénées-Orientales : 8 millions d’euros par an. Une donnée qui a surtout vocation à porter le sujet au national et dans les piles de dossiers du ministère de l’Agriculture. Et à mettre en face du coût des incendies, qui reste à ce stade indéterminé pour ce qui est de celui de Trévillach.
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