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L’enquête publique est ouverte : deux retenues pour arroser les vignes des Aspres

Article mis à jour le 18 octobre 2026 à 14:09

Voilà près de quinze ans que l’on songe à doter le territoire si sec des Aspres d’un ou plusieurs bassins pour stocker de l’eau. Depuis ce lundi 12 octobre 2026, le projet connaît un coup d’accélérateur avec l’ouverture de l’enquête publique. Photo JC Milhet / Hans Lucas.

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Aspres signifie aride. « Déjà après le feu de 1976, raconte Stéphane Mestres, maire de Thuir et président de la Communauté de communes des Aspres, des voix citoyennes s’élevaient contre la sécheresse. C’est quelque chose qui est ancré, ici. » Mais jamais ce secteur des Pyrénées-Orientales n’a si bien porté son nom que ces dernières années. Des nuages de poussières ont volé dans les vignes. Certaines, trop peu rentables, ont été arrachées. Le niveau des nappes est au plus bas.

En cause, le dérèglement climatique mais aussi des prélèvements bien trop importants au regard de la ressource. En particulier depuis le remplacement, il y a trentaine d’années, de parcelles de vignes par de l’arboriculture plus gourmande en eau.

Retenue n’est pas bassine

Les deux retenues collinaires prévues ne sauveront pas l’eau potable. La bonne nouvelle, c’est que ce ne sont pas des bassines, dans le sens où elles ne pomperont pas dans les nappes. Mais, comme l’expliquait le directeur du syndicat des nappes de la plaine du Roussillon, Hichem Tachrift, elles sont destinées à irriguer en grande partie ce qui ne l’était pas. Par conséquent, elles ne vont que très peu réduire les prélèvements. Les nappes en crise resteront en crise tant qu’on ne régule pas davantage les forages. En revanche, les retenues pourraient bien sauver une agriculture locale.

Le projet mise sur le canal de Thuir, qui récupère de l’eau dans la Têt entre Ille-sur-Têt et Vinça. Près de la déchetterie de Thuir, une station de pompage puisera jusqu’à 10 % environ du débit de ce canal, si le minimum réservé le permet.

« L’eau de ce canal, on la voit passer mais on ne la retient pas, et elle va se jeter à la mer, regrette Stéphane Mestres. Sans compter que chez nous, les pluies sont drues et limitées. Pouvoir les retenir permet de les utiliser plus longtemps. »

Arroser 350 hectares de vignes

Des tuyaux enterrés amèneront ensuite cette eau jusqu’à un premier bassin à Sainte-Colombe-de-la-Commanderie. Puis à un second à Terrats, le long de la Canterrane. Ce choix de diviser en deux bassins vise à limiter l’impact environnemental. Depuis les retenues, un réseau de conduites permettra ensuite d’irriguer environ 350 hectares tout autour de Terrats. A ce jour, près de 400 parcelles et 32 exploitants ont été recensés. Il s’agit de productions à faible consommation, surtout des vignes, mais possiblement aussi des oliviers et amandiers, avec un maximum de 1000 m3 cube par hectare et par an, au goutte-à-goutte. Au total, les deux bassins pourraient représenter environ 120 000 m3 d’eau, dont une petite partie serait réservée à la lutte contre les incendies,

Le projet coûtera plus de dix millions d’euros, mais l’État, qui le retient parmi une liste de priorités, pourrait le subventionner fortement. « Le préfet a aussi demandé ce que ça coûterait de ne rien faire, avec la poursuite de la déprise agricole, les pertes d’emploi… Sur trente ans, cela coûte bien plus cher de ne pas agir. » Stéphane Mestres souhaite que les campagnes d’arrachage ne soient plus liées à des baisses de rendement.

Des versions alternatives écartées

Il était initialement question d’alimenter les retenues des Aspres via un tuyau tiré depuis le lac de Villeneuve-de-la-Raho, ou encore avec une dérivation dans le projet de conduite entre Vinça et Villeneuve. Ce type d’alimentation n’est plus à l’ordre du jour immédiat.

Même chose pour des panneaux photovoltaïques flottants sur les bassins, un temps proposés, ou encore sur la possibilité de les alimenter par les eaux usées. Même épuré de ces options, le projet sera long à mettre en œuvre, avec les différents recours possibles et les travaux conséquents. Stéphane Mestres ne l’espère pas livré avant 2029.

Vers une transformation plus large des paysages et activités rurales

« Quand il y a des arrêts d’activité, c’est la garrigue qui prend le dessus. » Et qui dit garrigue dit combustible pour les incendies. Stéphane Mestres milite pour un retour de l’élevage, vertueux pour débroussailler. Quant aux plantations d’ornement, il compte revenir à des essences méditerranéennes moins sensibles au feu et plus économes en eau. A la place du pin, des caroubiers, des oliviers…

« Si le réchauffement climatique se poursuit, notre modèle c’est l’Andalousie, voir le nord du Maroc. Le désert gagne quand il n’y a pas d’eau. Il faut réfléchir à ce qu’on fait avec le peu que nous avons, retenir au maximum l’eau sans continuer à bousiller les nappes. »

Pour le président de la communauté de communes, l’enjeu est même touristique, avec un risque de déficit d’image autour de la menace d’incendie. Un expert missionné par le gouvernement doit prochainement se rendre sur place, et cela pourrait déterminer le montant des enveloppes débloquées. Les rapports déjà délivrés par les différentes instances émettent quelques réserves techniques, qu’il faudra affiner. La Mission Régionale d’Autorité environnementale (MRAe) a également pointé le manque de connaissances sur la pluviométrie, l’enneigement et les débits à l’horizon 2050. L’enquête publique est à retrouver ici jusqu’au 10 novembre.

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