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Exclusif l Visite au cœur de la prison de Perpignan avec le sénateur Jean Sol

Visite prison de Perpignan avec le senateur Jean Sol

Article mis à jour le 17 janvier 2024 à 17:43

Ce vendredi 9 juin, le parlementaire des Pyrénées-Orientales s’est rendu durant près de 4h au centre pénitentiaire de Perpignan. Le sénateur Jean Sol, qui avait déjà visité l’établissement en début de mandat, s’inquiète de la surpopulation carcérale et des difficultés d’accès aux soins pour les détenus. À l’issue de la visite, Jean Sol a tenu à saluer l’amélioration des relations entre le personnel pénitentiaire et la direction.

En ce matin de juin, le soleil est déjà brûlant lorsque avec Jean Sol, nous franchissons les portiques de sécurité du centre pénitentiaire de Perpignan. Candidat à sa réélection en septembre prochain, le sénateur des Pyrénées-Orientales a tenu à user de son droit de visite en prison pour arpenter les étages de celle de Perpignan, tristement connue pour sa surpopulation carcérale. Le centre pénitentiaire compte actuellement 744 détenus pour 529 places théoriques, soit un taux global d’occupation de 141% pour l’ensemble des secteurs maison d’arrêts et centre de détention (chiffres communiqués par la direction).

Derrière les murs de la prison de Perpignan

Entre les murs, nous sommes guidés par le directeur de l’établissement Dimitri Besnard, et la cheffe de détention. La prison de Perpignan regroupe plusieurs secteurs : un centre de détention pour les hommes définitivement condamnés ; et plusieurs maisons d’arrêt, pour les mineurs (seulement des garçons), pour les femmes, et pour les hommes. Le taux d’occupation pour la maison d’arrêt pour hommes est de 248%. Ce secteur réparti sur trois niveaux est dédié aux détenus en attente de procès ou condamnés à de courtes peines. Quant à la maison d’arrêt pour femmes, ce taux d’occupation s’élève à 196%.

Jean Sol dans la maison d’arrêt pour femmes de la prison de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

Malgré la surpopulation, y compris au quartier des femmes de Perpignan, des aménagements sont possibles. La responsable du secteur nous ouvre la cellule qui sera aménagée pour cette détenue en fin de grossesse. Dès son retour de la maternité, elle sera installée dans une cellule un peu plus grande avec son bébé. Hors dispositif spécifique, l’enfant pourra rester avec sa mère pendant les 18 premiers mois de sa vie.

Concernant la surpopulation record du centre pénitentiaire de Perpignan et alors que la norme voudrait que l’encellulement soit individuel, la totalité des cellules de l’établissement perpignanais sont doublées. Sans oublier, la nécessité d’installer des matelas au sol. Selon l’administration, au sein de la maison d’arrêt des hommes, entre 60 et 70 matelas supplémentaires sont rajoutés dans des cellules de moins de 9M2.

Les hommes derrière les 248% d’occupation de la maison d’arrêt de Perpignan

Nous nous attardons dans une des cinq cellules multiples de l’établissement, vestige d’un autre temps, ces sortes de dortoirs mesurent 18M2 et peuvent regrouper jusqu’à six détenus. Une table encombre l’espace central de cette minuscule pièce, contre les murs, trois lits superposés, quelques étagères, une télé, douche et WC. Depuis février 2022, un matelas a été rajouté pour le couchage d’un septième détenu. Ses affaires personnelles dans des sacs-poubelles noirs sont entassées dans un coin et durant la journée, son matelas est rangé sous un des lits. Les détenus de cette aile ont accès à la cour de promenade deux heures par jour et peuvent, sur demande, accéder à la salle de sport, à des ateliers scolaires ou culturels.

Sept détenus dans une des cinq cellules multiples de la prison de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

Le sénateur salue les personnes présentes, et s’enquiert du moral général. L’une d’elles, assise à la table et levant les yeux de son bouquin, répond « c’est pas toujours facile à sept… ». Tous racontent l’enfer des punaises de lit, cauchemar de tous les prisonniers partout dans la prison. Des parasites qui ne cessent de refaire surface, malgré les innombrables traitements chimiques mis en place par la direction.

Dimitri Besnard décline les mesures pour éradiquer ces parasites ; et le budget déjà alloué pour les six premiers mois de 2023. Les traitements ont déjà coûté près de 35 000€. C’est une entreprise privée qui est chargée de revenir régulièrement pour désinfecter les cellules. Afin de tuer les larves, la prison de Perpignan a acquis six congélateurs pour congeler les affaires des détenus concernés. Sans oublier, le travail constant de deux auxiliaires, ces prisonniers travailleurs, rémunérés pour passer des produits préventifs dans les cellules.

Mais rien n’y fait « Ça recommence ! Ils font ce qu’ils peuvent mais…», lance le détenu. Mais les punaises reviennent, encore et toujours, et avec elles les piqûres et les problèmes de peau.

Dimitri Besnard, directeur de la prison de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

Manque de moyens alloués aux prisons, ou politique pénale du tout carcéral ? 

Un autre homme, du haut du lit superposé salue l’écoute des surveillants avant d’évoquer les difficultés de la cohabitation « trop de monde en détention ça veut dire de la violence, point. » L’homme, la quarantaine passée, dénonce avec colère la politique pénale actuelle, et interpelle le sénateur : « vous êtes co-responsable de ça, la politique pénale est définie par le législateur… depuis des années on voit des politiques ultrasécuritaires(…) tout le monde est sur la même longueur d’ondes, il faut remplir les prisons. Et nous, on voit bien qu’il y a des gens qui rentrent pour rien du tout. »

Au fil des échanges, Jean Sol rappelle sa position. Évoquant les surveillants et la direction, il précise : « moi je suis pour donner les moyens à toutes ces personnes qui travaillent pour des conditions de détentions correctes… », « …humaines » corrige l’homme assis à table. Le détenu sur le lit insiste « vous êtes pour faire baisser le nombre de détenus ? On reste des citoyens quand même. » Le sénateur esquive « mais je n’ai pas la main moi là-dessus… » Le débat continue quelques minutes. Au moment de quitter la cellule, l’homme remercie le sénateur pour son écoute.

Le chantier des douches dans toutes les cellules s’ouvre à Perpignan

Cette question des conditions de détention est importante pour Jean Sol. « Il faut des moyens pour entretenir les cellules. » Le sénateur salue le projet de la direction d’engager des travaux pour faire installer une douche par cellule d’ici 2024. Certaines en seront équipées dès cet été. L’administration souhaite aussi créer de nouveaux parloirs avocats détenus, et vient d’achever la rénovation du quartier des mineurs et le sol du gymnase.

Cellule de la maison d’arrêt pour hommes de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

Concernant la surpopulation carcérale, le sénateur Les Républicains constate un léger mieux par rapport à sa dernière visite. Il y a cinq ans, les matelas au sol étaient plus nombreux qu’aujourd’hui, près de 100 au total. Jean Sol réclame cependant que « l’engagement du gouvernement de construire 15 000 places de prison supplémentaires soit respecté. » Dans les Pyrénées-Orientales, à Rivesaltes, un nouveau centre de détention est déjà acté et devrait sortir de terre en 2027. L’établissement pour détenus déjà condamnés à des peines supérieures à deux ans comptera 505 places qui pourront aussi être occupées par des prisonniers transférés d’autres établissements régionaux.

En attendant 2027, la direction énumère les décisions prises pour tenter de désencombrer les cellules. Du transfert de onze détenus vers une structure d’accompagnement vers la sortie par ici, de dix-sept autres dans le quartier de semi-liberté par-là, et le soutien du Parquet qui prend parfois la décision de différer l’application de certaines peines de prison.

Pour Jean Sol « l’idée ce n’est pas de construire des prisons à outrance mais de donner des conditions de travail satisfaisantes pour les professionnels et des conditions de détention adaptées pour les détenus. » Il se dit aussi favorable au développement de peines alternatives à la prison, comme les travaux d’intérêt général.

Jean Sol dans une cellule de la maison d’arrêt de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

L’accès aux soins compliqué pour certains détenus

Avec la surpopulation carcérale se pose aussi la question cruciale de l’accès aux soins des détenus. Une problématique qui intéresse tout particulièrement le sénateur qui, jusqu’à son élection en 2017, était directeur du service des soins à l’hôpital de Perpignan. À la prison de Perpignan, les détenus ont accès à deux services de santé. L’unité sanitaire en milieu pénitentiaire (USMP) pour les problèmes physiologiques est rattachée à l’hôpital Saint-Jean de Perpignan. Le service médico-psychologique régional (SMPR) pour les pathologiques psychiques ou les problèmes d’addiction dépend de l’hôpital psychiatrique de Thuir.

Les professionnels de santé de l’USMP font le plus souvent face à des soucis de stress, de troubles digestifs ou des problèmes dermatologiques. Malgré la surpopulation, l’infirmière présente ce vendredi 9 juin assure parvenir à répondre à la demande ; hormis pour les soins dentaires pour cause de manque de dentiste.

En revanche au SMPR c’est une autre histoire. Les soignants tentent de tenir au milieu d’une psychiatrie publique qui craque de toute part. L’infirmière qui seconde la cheffe de service résume : « on a de plus en plus de travail avec de moins en moins de moyens ». Dans ce service de douze lits, chaque infirmier prend en charge environ 220 patients. D’autant que « la surpopulation a un impact sur la santé mentale des détenus. 60% des personnes qui sortent sont en état de stress post-traumatique », assure la psychiatre Andrea Chbani-Huber, cheffe de service.

Les fenêtres des cellules vues depuis le couloir d’accès à la cour de promenade © Maïté Torres pour MIP

Du fait de l’hospitalisation de jour, aucun médecin n’est joignable la nuit, ni le week-end. En cas d’urgence, les infirmiers doivent faire appel au Samu. Une situation qui inquiète Jean Sol : « Je m’interroge sur cette absence d’astreinte médicale, et ces conditions de soin qui frustrent les personnels. Je pense qu’il faut que cela évolue. Et nous avons un travail parlementaire à faire pour améliorer la qualité des soins. » Malgré le manque de personnel, le service est parvenu à organiser des permanences chaque jeudi. Des journées où les détenus peuvent solliciter une consultation.

Par rapport à 2017, Jean Sol note une amélioration du climat social

Les conditions de travail des surveillants, et les rapports entre la direction et les personnels inquiétaient le sénateur. Lors de sa précédente visite, Jean Sol avait été sollicité par les syndicats. Ils déploraient un trop gros volume d’heures supplémentaires, et des soucis de planning. Le directeur, arrivé après la dernière visite du sénateur, semble avoir pris le problème à bras-le-corps. Malgré dix-sept postes de surveillant vacants, des brigades spécialisées ont été créées pour que les agents soient mieux formés aux problématiques propres aux différents secteurs. Dimitri Besnard cite l’exemple de ces brigades dédiées au quartier des mineurs ou disciplinaire. Les cellules du quartier disciplinaires sont réservées aux détenus sanctionnés pendant leur peine.

Les rythmes de travail aussi ont évolué, afin de diminuer le stress et la fatigue des personnels. Les heures supplémentaires restent plafonnées selon les recommandations nationales, aussi pour éviter une surcharge de travail. « Je sens une évolution dans la vision de cette nouvelle direction, avec une gestion davantage basée sur l’humain. Je leur rends hommage car ce sont des métiers pénibles. »

Le couloir du quartier disciplinaire de la prison de Perpignan © Maïté Torres pour MIP

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Alice Fabre