Le matrimoine conjugué au présent. C’est ce que les quatrièmes journées du matrimoine en Conflent proposent du 17 au 20 septembre prochain à Prades et Fillols. Avec pour thème cette année « Femmes, pouvoir, ruralités ». Radio, broderies et conférences exploreront la place que prennent les femmes dans les campagnes, hier mais surtout aujourd’hui.
Cet article est en accès libre, et nous voulons qu’il le reste. Mais après dix ans, Made In Perpignan est menacé. Sans le soutien de ses lecteurs, notre média ne passera pas l’année ➡️ Si vous le pouvez, faites un don.
« De manière un peu classique, célébrer le matrimoine, c’est mettre en avant des figures, souvent artistiques, de femmes invisibilisées. Évidemment, on ne se prive pas de le faire, mais pour nous, c’est aussi important de créer un lien entre ce passé et aujourd’hui », revendique Léonor Manuel, de l’association Beau Bruit, qui organise les journées du matrimoine avec, entre autres, le Collectif LaClé et le Foyer laïque de Fillols.
Un an de trajectoires audio
Les récits de femmes se construisent aujourd’hui, et avec leur propre méthode. Cette année, durant plusieurs mois, deux journalistes, Alice Fabre et Elodie Potente, ont travaillé avec les femmes du Conflent pour un projet de podcast. Trois rendez-vous depuis décembre dernier qui ont conduit à sept réalisations. Paysannes, enseignantes, journalistes, soignantes et bien d’autres sont passées devant le micro.
« Les participantes sont toutes venues avec l’envie de faire entendre les voix des femmes en ruralité, qu’on n’entend pas beaucoup, raconte Alice Fabre. Dans le thème ‘Femmes, pouvoirs et ruralité’, c’est le mot ‘pouvoir’ qui a causé le plus de soucis. Il y a par exemple un super podcast sur la transmission en ruralité. La participante est allée voir des femmes qui font le lien entre les gens, Une enseignante, une photographe ambulante, une responsable associative. Dans tout ça, femmes, ruralité, ok. Mais comment tu traites la question du pouvoir ? Qu’est-ce qu’on met derrière ? »
Un apéro-radio permettra d’en découvrir en partie le résultat le jeudi 17 septembre à Prades. « L’idée sera de faire un peu un parallèle entre le thème et ce que ça a fait aux personnes qui ont participé à cette expérience. Car ce sont aussi toutes des femmes qui vivent en ruralité et qui ont décidé de faire de la place à ce projet. » Les podcasts seront disponibles en intégralité lors du salon d’écoute le 18 septembre. « Mettre en valeur ce travail qui a été réalisé tout au long de l’année, représente le point d’orgue des journées du matrimoine », ajoute Léonor.
Un matrimoine rural encore à explorer
Pendant quatre jours, il s’agira de questionner le sexisme en bas de la rue de son village. « Comme ailleurs en France, on continue à avoir des lignes de fracture très importantes en termes d’égalité hommes-femmes », explique Léonor Manuel. Mais pour la quatrième édition, les organisateurs se sont penchés sur les spécificités du territoire rural. Notamment à partir du livre Des femmes qui tiennent la campagne de Fanny Renard et Sophie Orange.
« On voulait explorer comment ces questions d’invisibilité ou de pouvoir ont des particularités à la campagne, d’avoir un œil plus centré sur celle-ci. Et c’était aussi pour nous, d’une manière plus positive, mettre un coup de projecteur sur des femmes qui, aujourd’hui, ont une part importante dans la zone et qui sont parfois délaissées. »
Tisser l’avenir féministe du Conflent
Les journées du matrimoine en Conflent portent une approche participative. « L’événement s’est vraiment étoffé, avec comme grande ligne de conduite d’être très pluridisciplinaire. Aborder la question à travers une parole d’artiste, donc des spectacles, des concerts, mais aussi la réalisation de contenus, d’actions ou d’ateliers avec des habitants et des habitantes du Conflent. »
Cette année par exemple, la « broderie rebelle » s’est à nouveau invitée dans des ateliers. Le résultat : des cartes qui mettent en lumière la place des femmes dans l’espace public des campagnes. Elles seront exposées à Prades. Parmi les réalisations, un plan de la commune met en couleur les rues au nom de figures féminines. « Ça a été rapide à broder, sur les 230 rues de Prades, 4 portent le nom d’une femme. » Et pour ceux et celles qui voudraient mettre le fil à l’aiguille, un atelier broderie est également prévu le samedi 19 septembre.
Car pendant quatre jours dans le Conflent, l’idée semble bien de tisser et construire plutôt que de figer un constat. « On veut mettre en valeur les choses qui bougent petit à petit. Ça prend du temps parce que ça suppose des changements de représentation et d’échelle de valeur. Mais cela avance. » Et pour ce faire, le programme proposera de multiples pistes. Une conférence gesticulée sur le combat des femmes contre la politique nataliste de l’après-guerre, la projection d’un documentaire sur l’épopée de Françoise d’Eaubonne, pionnière du mouvement écoféministe en France. Et puis les chants, la danse et la fête, qui portent avec eux la joie des luttes féministes.
Le programme complet des journées du matrimoine en Conflent à retrouver ici.
Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.
- « Les femmes qui tiennent la campagne » célébrées pour les journées du matrimoine en Conflent - 11 septembre 2026
- La musique devient balade, pique-nique et aventure, quelles découvertes vous prépare le festival Jazzèbre 2026 ? - 9 septembre 2026
- Logements étudiants : Perpignan épargnée par la tension immobilière mais traversée par la précarité - 8 septembre 2026
