Après Parcoursup et Mon master, ce sont Le Bon Coin, la Carte des colocs et Gens de confiance qui se transforment en champ de bataille pour les étudiants. À Perpignan, où environ un tiers d’entre eux sont boursiers, trouver un logement décent dans son budget est parfois éprouvant. Si la cité catalane reste loin de la tension immobilière des grandes villes, elle doit composer avec ses propres contraintes. Photos © Etienne Girardet / Unsplash
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Lorsqu’il a posé ses valises à Perpignan, Kelyan s’est d’abord tourné vers les appartements de particuliers. Au fil des visites pourtant, son dossier est retoqué. « Les propriétaires ne voulaient pas me louer de bien, car mes parents n’ont pas de situation stable. » Gagner deux ou trois fois le loyer, avoir des garants, déposer rapidement son dossier… Les critères de logements sont toujours plus nombreux. Le marché est toujours plus concurrentiel. Kelyan a proposé d’utiliser la Garantie Visale, qui permet à l’État de se porter garant dans certains cas. Les propriétaires l’ont refusée. Il a fallu se tourner rapidement vers les logements du CROUS, destinés aux étudiants précaires. « Ce n’était pas mon premier choix », admet le jeune arrivant.
Perpignan fait exception dans l’accès aux studios du CROUS
Perpignan a cette chance qu’elle peut toujours loger les étudiants précaires dans ses cités universitaires. « Sur 1100 logements, l’essentiel sont des studios », explique Laurent Laroche, directeur du centre local des œuvres universitaires et scolaires (CLOUS), qui dépend du CROUS. « On a un taux d’occupation autour de 80, 90 %. Les mouvements d’étudiants vont se poursuivre au courant du mois de septembre. Mais chaque année, il est possible de déposer un dossier, et, dès lors qu’un étudiant remplit les critères habituels Crous, c’est-à-dire qu’il est boursier, pour faire simple, il a toutes les chances d’obtenir un logement. »
Perpignan reste donc loin des métropoles dans lesquelles les studios universitaires sont pris d’assaut. En effet, en Occitanie, seul un tiers des boursiers peut être logés en logement Crous. Et moins de 8% de l’ensemble des étudiants.
À Font-Romeu, des étudiants confrontés au logement saisonnier
Si l’université de Perpignan parvient à loger les étudiants qui en ont besoin sur place, c’est moins le cas dans son antenne de Font-Romeu. Malgré un projet de construction depuis plusieurs années, les étudiants de la station pyrénéenne doivent encore batailler pour se loger. « Ce sont des étudiants en filière sportive. Ils ont des activités en dehors de leurs cours qui les mobilisent beaucoup et donc qui supposent des trajets. En zone touristique, le logement peut être coûteux à certaines périodes de l’année. Il est aussi assez précaire. Souvent, ce sont des appartements saisonniers qui sont remis à disposition lors des vacances de courte durée. Donc les étudiants sont obligés de le quitter », détaille Laurent Laroche. Pour le moment, aucune date n’est annoncée pour un éventuel logement universitaire.
Et le parc privé n’est pas tendre avec les étudiants. En France, un tiers d’entre eux est en situation de mal-logement, selon l’association de consommateurs Que Choisir. Une précarité immobilière généralement combinée à des difficultés à se nourrir, qui ont explosé depuis la crise du Covid. Dans les Pyrénées-Orientales, où le taux de pauvreté atteint 22%, ce contexte économique affecte directement les étudiants. Le loyer est un poste de dépense majeur, et malgré l’aide au logement (APL), les jeunes doivent payer plus de la moitié de leur quittance. A cela s’ajoute le trou d’air au moment de l’installation. Il faut en moyenne attendre deux mois avant le premier versement de l’APL. Des semaines qui peuvent coûter cher, lorsque chaque dépense compte.
La moitié des étudiants de Perpignan vit chez ses parents
Les loyers du parc privé sont en moyenne 200 euros plus élevés que dans les logements CROUS. Alors à Perpignan, la solution est souvent de rester au domicile familial. À rebours des mouvements dans la région, où 6 étudiants sur 10 partent pour leurs études. Dans les Pyrénées-Orientales, plus de la moitié d’entre eux habite encore chez ses parents. Ce qui expose, selon l’Insee, à des risques fréquents de suroccupation au sein du logement. Sur Perpignan, on compte 24 % de situations de suroccupation, c’est-à-dire avec moins de chambres que nécessaire, et un espace pour réviser restreint.
Car ce sont aussi les conditions de vie et d’études qui se dégradent. C’est d’ailleurs ce que regrette Kelyan. « Les logements sont des passoires thermiques, on a eu très chaud cet été. » Il a relevé jusqu’à 43 °C dans son studio. Selon l’association Que Choisir, 40 % des étudiants déclarent souffrir d’inconfort thermique chez eux, trop froid l’hiver et trop chaud l’été. 46 % d’entre eux rencontrent des difficultés pour se chauffer partiellement et parfois totalement.
Si se loger est un défi, trouver un lieu de vie décent semble l’être encore davantage. Toujours selon Que choisir, les trois quarts des annonces en ligne pour des logements étudiants présentent des non-conformités.
Une piste pour renforcer l’attractivité de la cité universitaire ?
Paradoxalement, ce marché en tension pourrait être une opportunité pour l’université de Perpignan. « Je pense que c’est un argument que l’on peut mettre en avant. Il y a des possibilités de logement social par le Crous, qu’il y a proportionnellement moins ailleurs, peu de frais de transport, l’accès effectif au repas à 1 euro. Tout mis bout à bout, ça fait une offre étudiante qui est très compétitive financièrement. Même si, évidemment, quand on vient étudier, c’est en premier lieu pour des raisons académiques. » Pour Kelyan en tout cas, cette accessibilité est restée un critère de taille. « C’est ce qui m’a aussi conduit à choisir Perpignan. Il y a deux ans, je voulais aller à Montpellier. Je n’ai jamais trouvé de logement. Ça dépassait quasiment toujours les 700 euros de loyer. » À l’heure où le prix des études grimpe, les villes moyennes pourraient trouver une brèche en promettant un niveau de vie décent aux étudiants.
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