En Afghanistan, la sécheresse affame des familles qui vendent leurs filles en mariage pour survivre. Au cœur de la violence des mariages d’enfants, Elise Blanchard raconte la complexité d’un pays où les fillettes subissent de plein fouet la misère économique et climatique. Son exposition est présentée à Perpignan dans le cadre du festival Visa pour l’Image.
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En s’installant en Afghanistan en 2021, Elise Blanchard découvre l’impact de la sécheresse sur le pays. Alors qu’elle se rend dans un camp de réfugiés, la majorité d’entre eux lui explique avoir quitté leur domicile suite à la sécheresse qui a sévi à partir de 2018. « Je m’attendais à ce qu’on me parle de la guerre, mais non, c’était la pauvreté, la sécheresse. Alors c’est un sujet que je me suis promis de faire en profondeur. »
Des nourrissons vendus en mariage
Elle découvre que les fillettes sont parmi les premières victimes. Vendues en mariage pour permettre aux familles de survivre. Dans la province de Badghis où 95 % de la population dépend directement des cultures pluviales et de l’élevage, près de la moitié des jeunes filles sont mariées avant leurs 18 ans. Parfois fiancées à un mois, les fillettes sont vendues pour permettre aux familles de payer leur dette et de se nourrir. Une situation qui les expose à des grossesses à la puberté et souvent à des violences domestiques.
« Je savais que ça existait. Mais ça a été particulièrement dur. J’avais couvert les violences domestiques, les frappes aériennes, la malnutrition, les morts de femmes et d’enfants par manque d’accès à une clinique ou à une sage-femme. Mais ce qui a été incroyablement difficile, c’est de voir l’impact psychologique sur ces fillettes. C’était un truc que dans leurs regards. »
La violence de l’Afghanistan vue de l’intérieur : « J’ai voulu montrer sa complexité »
« L’Afghanistan, c’est plein de douleurs pour les femmes et les filles », explique Elise Blanchard après y avoir vécu sept ans. « C’était ma maison. » Alors comment se positionner, entre un pays que l’on souhaite comprendre, et un régime taliban violent ? « J’ai voulu mettre en avant des sujets qui n’étaient pas forcément couverts, montrer la complexité de l’Afghanistan. En sachant que je ne comprendrais jamais tout. Mais j’ai voulu amener de la nuance, montrer tous les oxymores, toutes les contradictions qui composent le pays. » Une ambivalence qui traverse son livre Dans la maison d’un taliban, où elle fait le récit du quotidien qu’elle a partagé avec une famille talibane.

Voir derrière la photo de mariage
Pour cela, il est essentiel selon elle de raconter le sort de ces enfants dans leur ensemble. Ne pas décorréler un mariage d’une situation économique et climatique. « L’idée était de montrer tout le processus dans une seule expo. Montrer la sécheresse, les fillettes, les montrer avant de partir chez leur mari. Lorsqu’elles ont encore vraiment cette innocence d’enfant. Et aussi les montrer après, quand elles y pensent. C’était réellement inclure différents lieux, les villages, les camps de déplacés, les villes… un ensemble. Pas juste un mariage. »

De la même manière, elle insiste sur le besoin de sortir de l’image préconçue. Les hommes mariés, par exemple, ne sont pas forcément très âgés, parfois même mineurs. « Ce n’est pas dire que ce n’est pas un problème dans ce cas-là, mais c’était essayer de montrer qu’il n’y a pas un cas unique. » Plutôt que de suivre quelques familles, Elise Blanchard a d’ailleurs préféré en inclure le plus possible, pour exposer l’ampleur du phénomène dans sa diversité.
Les récits intimes d’une histoire commune
Au cœur de la série de photos, les fillettes. Des regards qui retiennent l’attention au milieu des images de paysages asséchés. « C’était rentrer dans leur intimité, les voir dans leur vie de tous les jours. Ce sont des filles qui jouent, qui ont des vies, qui vont étudier le Coran. J’ai passé beaucoup de temps avec elle. Et c’est comme ça qu’on voit l’impact psychologique.’ »

Les photos se gardent de pointer du doigt les parents, à qui Elise Blanchard accorde aussi une place. « Une mère me disait : ‘Comment est-ce que vous pensez qu’une mère puisse vouloir faire ça ? Une autre m’a dit : ‘J’aurais préféré la voir mourir que de l’imaginer vivre avec ce vieil homme.’ » Le souvenir aussi d’un père qui lui montrait les photos de ses filles vendues en mariage à 7 et 9 ans.
« Il n’avait pas l’argent pour aller les voir, et il s’est mis à pleurer. Voir un homme afghan pleurer, ça ne m’est pas arrivé beaucoup. Et il me disait : ‘J’ai dû sacrifier une de mes filles pour sauver le reste de la famille.’ »
Avec sa série, Elise Blanchard place le dérèglement climatique au cœur de Visa pour l’Image à travers des photographies où l’humain occupe l’objectif. Elle démontre plus que jamais comment les femmes et les enfants sont en première ligne.
La série « Afghanistan, les fillettes vendues pour survivre aux sécheresses » est à voir au Couvent des Minimes jusqu’au 13 septembre.
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