Ce lundi 28 septembre 2026, la Chambre régionale des comptes publie son rapport d’observation sur le centre hospitalier de Perpignan. Elle y détaille la trajectoire économique depuis 2019. Un document qui dessine les contours d’un établissement plus fréquenté, agrégateur des cas difficiles et aux multiples surcoûts.
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Entre 2019 et 2024, l’hôpital de Perpignan a vu son nombre de séjours augmenter de 18 %, passant de 46 335 à 54 830, tandis que le nombre d’équivalents temps plein des médecins n’a augmenté que de 10 %. La Chambre en déduit une « augmentation de la productivité médicale. » En d’autres termes, une charge de travail supérieure.
Quand l’hôpital traite les cas complexes
Cette hausse des séjours est en grande partie due à l’activité ambulatoire, un séjour ne signifiant pas forcément une nuitée. Le tout en dépit de la forte concurrence des cinq cliniques privées sur le territoire. La cause est explicite : les soins plus complexes aboutissent à l’hôpital. Urgences, pics saisonniers, poly-pathologies et prises en charge sévères non programmées, suivis chroniques, grossesses à risque…
A l’inverse, et c’est tout le paradoxe, l’hôpital perd des patients sur d’autres pathologies, par exemple en chirurgie ambulatoire et certaines activités de cancérologie. Ainsi une partie des chimiothérapies s’est déportée sur la clinique Saint-Pierre. Nous assistons davantage à une transformation qu’à une croissance homogène.
Hormis les cas lourds, on constate néanmoins une augmentation de la fréquentation pour la maison médicale de garde, qui propose en soirée des consultations généralistes. Le nombre de patients a bondi de 47 % entre 2019 et 2024, sautant de 38 274 à 56 322. Ici, on ne peut s’épargner la corrélation avec les déserts médicaux et les délais de rendez-vous en libéral, qui poussent des patients à considérer la maison médicale comme unique recours avant les urgences.
Les urgences, révélateur de la surcharge
Les urgences sont justement l’entonnoir qui définit une grande part de la saturation. En plus de leur propre activité, elles alimentent l’hospitalisation. Presque un patient hospitalisé sur deux arrive en effet par les urgences à Perpignan, ce qui est supérieur à la moyenne nationale. En 2021, le niveau le plus élevé de la fréquentation a été atteint, et n’a plus baissé depuis. On recense près de 59 000 passages par an. Le tout alors qu’entre 2019 et 2024 les effectifs médicaux des urgences ont chuté de 7 %. En clair, chaque urgentiste à temps plein doit traiter 275 urgences supplémentaires dans l’année depuis cette réduction de personnel… L’organisme de contrôle pointe même des périodes durant lesquelles les équipes ont été réduites de quasiment 40 %. La Chambre ajoute que la pression sur les urgences est partiellement contenue par la maison médicale de garde, dont le bâtiment est tout près.

L’Agence Régionale de Santé, en réponse au rapport, reconnaît ces tensions sur les urgences. Elle évoque un audit en 2025 et un plan construit sur la coopération entre établissements et la régulation du SAMU. L’idée est d’améliorer la fluidité en aval de l’entrée aux urgences.
Des surcoûts à maîtriser
Enfin, la Chambre régionale des comptes s’appuie sur les orientations budgétaires. Elle évoque des ressources qui progressent moins vite que les charges d’exploitation, et des surcoûts à limiter pour retrouver une marge d’autofinancement. La masse salariale est évoquée, mais aussi la sous-traitance. L’ARS répond en assurant avoir engagé, dès 2024, « des actions pour maîtriser le nombre des agents. » Barthélémy Mayol, le directeur de l’hôpital évoque des dépenses dues à une régularisation statutaire de 53 agents, mais aussi un recours accru au temps partiel thérapeutique.
Dans les augmentations de dépenses, on retrouve 21 millions d’euros d’achat de produits pharmaceutiques, ou encore une augmentation de 39 % des charges à caractère hôtelier et général, soit 9 millions d’euros supplémentaires.
En somme, le modèle d’investissement de l’hôpital est devenu dépendant de financements extérieurs. Une situation qui n’est pas irréversible. Le projet d’une filière cancérologie avec une ouverture en 2028 permettrait de regrouper des activités. Reste que ce projet de 31 millions d’euros est difficilement imaginable en autofinancement vu l’état des comptes, qui plafonnent à 10 millions de trésorerie. Barthélémy Mayol souhaite également développer la chirurgie ambulatoire. Les évolutions futures passeront probablement par l’emprunt. Le directeur se veut rassurant. « En 2025, plusieurs indicateurs financiers ont connu une évolution favorable et tendent à se stabiliser. Le déficit diminue. »
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