Article mis à jour le 5 juillet 2026 à 20:52
Le feu parti samedi de Trévillach a changé de dimension. En début de soirée ce dimanche 5 juillet, le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de la Mothe, a ordonné l’évacuation de l’ensemble du massif des Aspres, à l’ouest de Perpignan, après que les flammes ont franchi la route départementale 66 vers le sud, malgré le dispositif déployé pour les en empêcher.
Plus de 5 000 habitants d’une vingtaine de communes sont progressivement acheminés vers des lieux d’accueil, dans un massif de moyenne montagne aride et difficile d’accès par voie terrestre. Retrouver notre direct ici.
Mise à jour ce dimanche 5 juillet à 20h30 : Ille-sur-Têt à son tour évacuée.
Une ligne de défense fixée à la RD66, emportée par des conditions extrêmes
Depuis le début de l’intervention, les secours poursuivaient un objectif précis : empêcher le feu de franchir la route départementale 66 vers le sud et de basculer dans les Aspres. Pour tenir cette ligne, un dispositif conséquent avait été mobilisé : environ 700 sapeurs-pompiers, 200 véhicules et neuf moyens aériens (canadairs, hélicoptères bombardiers d’eau, avions DASH et largages de retardant), renforcés par cinq colonnes venues d’autres départements et un détachement roumain.
Les points les plus vulnérables de la lisière faisaient l’objet d’une vigilance renforcée : feux tactiques allumés pour casser la progression du front, colonne positionnée entre Rodès et Bouleternère, hélicoptère bombardier d’eau maintenu en réserve pour traiter d’éventuels sauts de flammes. Ce sont pourtant ces secteurs qui ont cédé.
En cause, une conjonction de facteurs météorologiques extrêmes décrite par les services de l’État lors des points presse du 5 juillet : une canicule avec un pic proche de 38 °C, une tramontane soutenue et surtout un taux d’hygrométrie inférieur à 10 %, jamais observé dans ce secteur selon le contrôleur général des pompiers Éric Belgioïno, directeur du SDIS 66. Cette sécheresse de l’air rallumait les lisières y compris derrière le passage des canadairs, réactivant sans relâche les flancs droit et gauche. Le feu a fini par traverser la RD66 à hauteur de Bouleternère et de Rodès, rendant l’évacuation du massif inévitable.
Une évacuation progressive, commune par commune
Décidée « dans le bon ordre » et par zones géographiques, selon la proximité de la lisière, l’évacuation concerne les communes de Caixas, Castelnou, Camélas, Saint-Michel-de-Llotes, Corbère, Corbère-les-Cabanes, Casefabre, Bouleternère, Boule-d’Amont, le prieuré de Marcevol, Tarerach, Montalba-le-Château, Oms, Montauriol, Tordères, Llauro, Taillet, Taulis, Prunet-et-Belpuig et Sainte-Colombe-de-la-Commanderie. À Caixas, dont les habitants ont été prévenus par téléphone, une salle d’accueil a été ouverte à Thuir. À Montalba-le-Château, quelque 150 personnes sont orientées vers Bélesta. Les habitants déplacés sont répartis entre plusieurs communes du département, parfois éloignées du secteur menacé.
Ille-sur-Têt, 5 500 habitants, à son tour évacuée
Nouveau cap dans la soirée de ce dimanche 5 juillet : la commune d’Ille-sur-Têt, jusqu’ici mobilisée pour accueillir les habitants des villages voisins, est désormais elle-même concernée par l’évacuation. Dans un communiqué, le maire Alain Fabresse a ordonné l’évacuation de la ville, forte de quelque 5 500 habitants, en application des directives de la préfecture des Pyrénées-Orientales. La population est appelée à quitter son domicile dans le calme, à n’emporter que le strict nécessaire (papiers d’identité, médicaments, téléphone, effets de première nécessité) et à couper gaz et électricité avant de partir.
Les personnes sans moyen de transport ou nécessitant une assistance sont invitées à se signaler aux secours ou à rejoindre le point de rassemblement de la salle La Catalane. L’édile demande de ne pas encombrer les axes de circulation, de ne pas regagner les habitations sans autorisation et de s’informer uniquement via les canaux officiels. Avec cette décision, ce sont désormais plusieurs milliers de personnes supplémentaires qui viennent grossir le bilan des évacuations.
Des sapeurs-pompiers à bout de forces
Le préfet a insisté sur l’épuisement des quelque 700 sapeurs-pompiers encore mobilisés, engagés sans relâche depuis la nuit de samedi et déjà éprouvés par les incendies de Canet-en-Roussillon et de Sainte-Marie-la-Mer les jours précédents. Il a appelé les entreprises du département à autoriser leurs salariés sapeurs-pompiers volontaires à rejoindre les secours, et souligné que les moyens nationaux, sollicités sur plusieurs fronts dans le sud de la France, sont aujourd’hui plus difficiles à mobiliser. Pour donner un ordre de grandeur, il a comparé le sinistre à un grand incendie survenu dans les Aspres en 1976.
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