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Junior, de l’ASE jusqu’au ring, un espoir de la boxe se façonne dans les Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 24 juin 2026 à 10:35

Alors qu’il vient de remporter une compétition internationale, Junior, 18 ans, veut passer au stade professionnel. Le jeune boxeur, suivi par l’aide sociale à l’enfance (ASE) depuis son arrivée en France il y a trois ans, porte avec lui la voix de ces mineurs confiés à la protection de l’enfance.

Derrière ses victoires se dessine une trajectoire. Junior Djézone, 18 ans, combattant de boxe anglaise, vit dans les Pyrénées-Orientales depuis trois ans. A Perpignan, il bâtit sa carrière professionnelle. Alors que le jeune sportif a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance en tant que mineur non accompagné à son arrivée sur le territoire, il veut tracer une voie d’exemplarité. « J’ai vu que des jeunes s’identifiaient à moi. J’ai envie de transmettre que c’est possible de rêver sans limite. »

Dès son arrivée dans les Pyrénées-Orientales, la boxe en ligne de mire

Originaire du Cameroun, Junior arrive d’abord à Lyon. À sa demande, il parvient à être accueilli dans les Pyrénées-Orientales. « Je pensais atterrir à Perpignan. Je me suis retrouvé à Vernet-les-Bains. Il n’y avait que la montagne, la forêt et les oiseaux. Je me suis dit que ça allait être difficile pour la boxe. » Le jeune homme entame sa formation au sein de l’association d’insertion Alefpa, mais garde en tête les gants de boxe. Enfant, il pratiquait déja au Cameroun. Désormais, il veut poursuivre et approfondir sa préparation.

« Je savais qu’il y avait un coach que je voulais à Perpignan. J’ai appelé tous les jours pendant six mois. » Anthony El Kaïm, qui s’était promis de ne pas se relancer dans la préparation d’un compétiteur, cède devant la détermination de Junior. « Le jour où il a accepté de me voir, il n’y avait pas de bus. Je suis venu à pied »

« J’ai été convaincu par sa volonté. Une carrière, ça ne se fait pas en 6 mois, et il le savait. Un jeune qui fait sa journée de CAP, et qui prend une heure et demie de transport aller-retour, pour s’entraîner deux heures. Je n’en connais pas beaucoup », s’amuse Anthony El Kaïm.

Champion du monde 2007 en kick-boxing, le coach de Junior a aussi été président de la Fédération des sports de contact et disciplines associées. Sa carrière d’entraîneur l’a conduit jusqu’au staff de l’équipe de France. Pour Junior, la personne qui devait l’accompagner dans son projet ne pouvait être que lui. « Mes éducateurs voulaient m’emmener dans d’autres clubs. J’ai dit : ‘si ce n’est pas ce coach, je préfère continuer à courir dans la montagne.' »

Diplômes, formation, entraînements… construire une carrière sportive

Commencent alors les mois d’entraînement. Junior doit jongler entre son CAP Cuisine et ses trois heures de pratique quotidienne. Une fois le certificat en poche, il passe son diplôme d’éducateur sportif (Bpjeps) qu’il est actuellement en train de spécialiser en sports de combat. « J’arrive à trouver mon chemin avec le sport. »

Aujourd’hui en contrat Jeune majeur, qui permet d’assurer une transition aux jeunes suivis par l’ASE de leur 18 à 21 ans, il affiche une reconnaissance notoire envers le système français de protection de l’enfance. « L’ASE pour moi, ça a été un grand départ. » Une gratitude qui n’empêche pas d’être exigeant. Junior fait partie du Conseil des jeunes de l’ASE. Un groupe délégué pour porter la parole des enfants suivis par la protection de l’enfance.

« La France et l’ASE m’ont donné une chance de m’insérer. J’aime la France et ce qu’elle m’a apporté, donc je dois être honnête avec elle. »

Il y a quelques semaines, lors des assises départementales de l’ASE, il y expliquait le besoin pour ces jeunes de voir au-delà des étiquettes et des filières qu’on leur colle rapidement sur le CV.

Passer à la vitesse supérieure

Aujourd’hui, Junior veut consolider son avenir de boxeur. Première étape : se faire un nom. Il doit combattre, et gagner, pour intégrer le milieu. Cette année, il a participé à 5 tournois, et en a remporté 4. « Quand on a commencé en janvier, les gens ne connaissaient pas Junior, aujourd’hui on l’appelle par son prénom », se réjouit Anthony El Kaïm. Pour lui, un boxeur se construit aussi en dehors du ring. « Le combat, c’est la partie émergée de l’iceberg. »

La victoire des Ceintures, tournoi majeur de boxe amateur en Europe, il y a trois semaines, fait passer le sportif au stade supérieur. L’équipe avait misé gros sur la compétition. « On était tellement convaincu qu’il allait gagner. » Junior et son coach visent aujourd’hui vers le milieu professionnel et les compétitions qui vont avec. Et pour cela, c’est tout un tableau de combat qu’ils vont devoir composer. Avec une difficulté locale : le manque d’adversaires.

« Ici il y a peu de compétitions, on est obligé de compenser. On a des boxeurs de qualité mais pas le même volume. En région parisienne, Junior aurait 40 combats à son actif. »

Le jeune boxeur est pourtant bien ancré sur la scène départementale. Et à travers son parcours, Anthony El Kaïm espère qu’il sera porté par l’ensemble des pratiquants. « La boxe induit une grande mixité sociale et de la cohésion. C’est un sport individuel, mais qui se joue collectivement. » Une étape pourrait aussi devenir cruciale dans la carrière de Junior : la naturalisation, et avec elle, la possibilité de participer aux championnats de France, et peut-être, en cas de victoire, de porter le drapeau avec l’équipe nationale.

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